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Martin Newell : "The off-white album"
Pop dans un jardin anglais

mardi 30 mars 2010, par Boris Ryczek

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Secret bien gardé des fondus de pop anglaise, Martin Newell pratique le difficile métier de jardinier, dans un pays qui accorde une grande attention à son gazon. Il s’avère aussi un poète, auteur-compositeur de plusieurs albums surprenants, dont cet opus réalisé en 1995 avec l’aide de quelques musiciens d’XTC.

The off-white album est d’abord le disque d’un fondu de musique. Très marqué par les années 60, Newell convoque les Beatles, les Beach Boys, la pop baroque, mais n’oublie pas de rendre hommage à ses contemporains (Some girls are bigger than others), et s’autorise quelques écarts vers d’autres genres : sur la ballade celtique The blue beret ou sur Queen Phillys of Collchester, avec son solo de guitare à la Mick Ronson. C’est finalement à une promenade dans l’histoire de la pop qu’est convié l’auditeur.

Mais une promenade faussement tranquille... Newell sait en effet manier ses cisailles pour tailler des vestes au star-system (The world Of Dandy Leigh) ou pour dénoncer l’inutilité patente de l’ONU lors des massacres de Srebrenica (The blue beret). Surtout, il se livre, avec beaucoup de discrétion, à l’aide de bribes autobiographiques convoquant des rencontres étranges, des réconforts inattendus, des amitiés pudiques, des paroles étranges, entendus dans des bus. De Call me Michael Moonlight, qui ouvre le disque, à The girls who lived in the flat upstairs, on reconstitue ainsi la trajectoire d’un homme qui semble avoir beaucoup galéré, avant de finir dans son jardin. Mis en musique, ses souvenirs délivrent leur saveur la plus précieuse : celle de l’impression, de la rêverie.

C’est finalement un univers intérieur que révèle The off-white album, grâce à des touches vernies par un art subtil de l’arrangement. Un inventaire finalement complet de ce qu’un homme peut donner à entendre dans cet art mineur, mais très dense qu’est la chanson. Il fait partie de ces disques auxquels on revient longtemps, à la fois pour prendre des nouvelles de ce good ol’ Martin et pour voir si, quelque part dans le paysage, il n’aurait pas glissé un détail, laissé de côté par nos oreilles inattentives.

Un grand disque mineur, immédiat, mais plus spécifiquement destiné aux auditeurs sachant prendre le temps de revenir.



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Boris Ryczek