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Marilyn Manson : "Antichrist superstar"
Ballad of a thin man

samedi 16 avril 2005, par Marc Lenglet

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C’est l’histoire d’un petit gars qui voulait réussir. Au commencement était un groupe dont l’idée de base consistait à affubler ses membres d’un patronyme dual, représentatif de la beauté et du glamour d’une part, du vice et de la violence de l’autre, en une parfaite symbiose des rêves et des cauchemars de l’Amérique blanche. Malgré une causticité efficace, le groupe stagne musicalement dans la vase de l’underground, coincé dans un vacarme industriel primaire et lourdaud. Leur imagerie malsaine et leurs idées subversives parviennent pourtant à capter l’attention du pape de la musique industrielle américaine : Trent Reznor de Nine Inch Nails.

Ce dernier s’enferme dans son studio personnel avec le groupe pour plusieurs mois d’enregistrements apocalyptiques. Quelle a pu être l’influence réelle de Trent Reznor sur le résultat final ? Nul ne le saura jamais, l’homme n’ayant pas pour habitude de s’étendre sur ses idées et ses actions. Quant à son jeune protégé, on aura eu largement le temps depuis lors de constater chez lui une faculté de tirer la couverture à lui et de réécrire en permanence sa propre légende. Quoi qu’il en soit, lorsque Antichrist superstar paraît, c’est le commencement d’une des carrières rock les plus subversives et controversées qui débute réellement.

Bien entendu, Antichrist superstar n’est pas qu’une simple accumulation de morceaux percutants. On se trouve ici face à un concept-album remarquablement bien pensé, qui tangue souvent insidieusement du côté de l’autobiographie et de l’auto-propagande, de la même manière qu’entre Brian Warner, l’homme, et Marilyn Manson, l’entité rock, la frontière se fera toujours plus floue. Antichrist superstar se pense comme une réflexion qui emprunte tout autant à Ziggy Stardust qu’à Nietzsche, à Anton LaVey qu’à Kant, à la Bible qu’à la psychanalyse. Manson joue les entremetteurs pour mêler son propre parcours à celui, plus universel, de tous ceux qui ont rejeté en bloc les confortables vertus du conformisme pour mener leur barque à terme en dépit des obstacles.

Primitivement, Antichrist superstar peut donc se concevoir comme le récit symbolique de l’ambition dévorante d’un jeune homme ingrat, déterminé à prendre sa revanche sur le destin à travers le star-system. Un sujet largement exploité dans l’univers rock, qui tournerait court si Manson ne poussait pas son exploration beaucoup plus loin. Chaque chanson se veut une métaphore, au sens biblique du terme, d’un questionnement général sur la société contemporaine. Le mépris envers les Beautiful people mêlé d’un désir presque maladif de les rejoindre, reflète ainsi l’expression du dégoût d’une certaine Amérique hygiéniste et satisfaite d’elle-même, en pâmoison devant les symboles de réussite (amour, gloire, beauté et villa avec piscine) mais indifférente, voire hostile à tous ceux qui sortent de cette norme, volontairement ou pas. En filigrane également, on découvre l’évaluation de la place du "beau" dans la société. Brian Warner se grime en créature difforme et livide, à l’apparence écoeurante pour tous. Est-ce à dire qu’il est "laid", car non conforme à l’interprétation communément admise de la beauté ? La métamorphose est enclenchée, l’antéchrist, l’antithèse des normes en vigueur, prend son envol en dépit des pressions, rejetant dans les limbes le concept récurrent du worm, la larve, le non-éveillé demeuré dans l’abrutissement béat de la soumission au dieu conformiste.

Et justement, quelle est la place de Dieu dans tout cela ? Ah, Dieu, le sujet idéal pour déclencher un raz-de-marée hystérique au pays des pères fondateurs. Le raccourci facile a consisté à faire de Manson un sataniste de comptoir, manipulant en dilettante les pentacles et le nombre de la bête. Ce dernier ne fait pourtant que reprendre à son compte les questions posées au cours des derniers siècles par les plus célèbres tenants de l’athéisme. Mais c’était sans doute déjà trop pour les bastions du christianisme littéral, qui manifestèrent bruyamment et useront de tous les moyens en leur possession pour réduire au silence ce séide de l’Erèbe. Peu importe : de telles réactions étaient prévues, calculées pour servir au mieux les intérêts d’un homme suffisamment intelligent pour se tirer d’affaire, même dans le cas d’un effet pervers dramatique comme sa mise au pilori suite au drame de Littleton.

Manson EST l’antéchrist, tel qu’il le conçoit. Il est au sommet, ayant travesti ou perverti tous les symboles, toutes les valeurs, tous les idéaux inculqués par l’Amérique capitalo-bigote. Cette réussite, il ne la doit à personne. Le Rock Freak de cauchemar qui hante les nuits de chaque foyer de l’Amérique bien pensante a été créé de toutes pièces par la seule volonté du nouveau Dieu, lui-même. Tandis que Brian Warner pourrit lentement sous l’épiderme squameux de Marilyn Manson, ce dernier devient l’Übermensch nietzschien, celui qui crée ses propres valeurs en s’affranchissant de celles du troupeau, le solitaire au dessus de la masse, impitoyable envers les faibles. A ce sujet, on pourrait gloser à l’infini sur la réelle sincérité qui motivait Marilyn Manson, sur le crédit qu’on pouvait accorder à ses déclarations d’intention sur "la provocation et l’excès comme vecteur d’éducation à une pensée autonome". L’homme a prouvé qu’il était diablement intelligent, doté d’une réelle sensibilité artistique (qui ne se révèlerait réellement qu’à la sortie de The golden age of grotesque mais aussi dévoré d’ambition, cynique et habile manipulateur d’opinion (ce qui, personnellement, renforce mon estime pour lui). Manson initie un phénomène de masse, mais que peut-il attendre de la masse qui, à 99%, s’arrête sur le côté brut et provocateur et n’y voit qu’une possibilité offerte sur un plateau d’argent de manifester une rébellion aussi puérile que provisoire ? Manson se prostitue, se donne en spectacle, pratique la surenchère, offre au public le spectacle décadent qu’il attend, mais n’est pas dupe. Ses "fans" ne sont qu’un moyen aisément contrôlable d’atteindre ses propres objectifs, la gloire et la reconnaissance... Avant la réflexion sur la mort et l’inéluctabilité du néant qui clôture la démonstration.

C’est entendu : Antichrist superstar est basé sur un concept nettement plus intéressant qu’il n’y paraît de prime abord. Cependant, il reste avant tout une œuvre musicale, et un concept, aussi intéressant soit-il, mérite logiquement une toile sonore adéquate pour susciter l’intérêt. C’est là que le bât blesse. Fondamentalement, le tout reste très classique, et on ressent clairement un travail de production qui se veut percutant et persuasif, sur base d’une recette porteuse : des riffs sanguinolents comme un coup de tronçonneuse, une rythmique destructrice, des samples variés, âcres ou glougloutants, mais qui tablent tous sur la diffusion d’un malaise persistant, et un chant qui consiste en des logorrhées haineuses et répugnantes, certainement dues à une alimentation à base de verre pilé. Il y a de très bons moments certes, plus sainement brutaux que réellement admirables (1996, The reflecting God, l’incontournable The beautiful people bien sûr), mais qui ne font finalement que répondre aux normes des immémoriales explosions de colère aveugle que tout bon album de metal en rogne contre l’existence est censé véhiculer. D’autres pistes creusent insidieusement dans un ténébreux registre mortuaire, qui semble gagné par une putréfaction galopante (l’étrange Cryptorchid mais aussi la piste cachée en final). Original, mais minoritaire et pas toujours convaincant.

Malheureusement, sur la durée, le tout demeure assez primitif, brutal et sans grandes nuances. On est très loin du travail d’orfèvre démoniaque des albums de Nine Inch Nails. Antichrist superstar est conçu pour fonctionner et accrocher le révolté de base, fût-ce au prix d’un délicat paradoxe vis-à-vis de son propos intellectuel. La messe est dite : Antichrist superstar est basé sur une idée réellement captivante, qui mérite sincèrement une étude approfondie de la part de tous ceux qui estiment que Marilyn Manson n’a jamais été qu’un provocateur de seconde zone, à peine digne d’un Alice Cooper des mauvais jours. Mais musicalement, il n’est au final qu’un album surfait à tous points de vue... tout comme pouvait l’être la prétendue nocivité de son géniteur.



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Marc Lenglet





Il y a 45 contribution(s) au forum.

paqueteria urgente
(1/12) 4 février 2013, par paqueteria urgente
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(2/12) 1er février 2013, par kanalverstopfung kosten
Marilyn Manson : "Antichrist superstar"
(3/12) 27 novembre 2012, par 1
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(4/12) 15 octobre 2012, par Social Vivi
Marilyn Manson : "Antichrist superstar"
(5/12) 19 janvier 2006, par MOHAMED CHEMLA
> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"
(6/12) 11 septembre 2005, par ben
> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"
(7/12) 29 juillet 2005, par Le petit KVQ
> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"
(8/12) 18 avril 2005, par Ardea
> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"
(9/12) 16 avril 2005
> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"
(10/12) 16 avril 2005, par Kao
> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"
(11/12) 16 avril 2005, par Simon
> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"
(12/12) 16 avril 2005, par Carla Fourniret




paqueteria urgente

4 février 2013, par paqueteria urgente  [retour au début des forums]

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Marilyn Manson : "Antichrist superstar"

27 novembre 2012, par 1 [retour au début des forums]

J’aime juste Nine Inch Nails. Ils sont vraiment les meilleurs du genre.
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15 octobre 2012, par Social Vivi [retour au début des forums]

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Marilyn Manson : "Antichrist superstar"

19 janvier 2006, par MOHAMED CHEMLA [retour au début des forums]
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Un site à consulter absolument :

www.disparusdemourmelon.org

il est trés documenté.

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> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"

11 septembre 2005, par ben [retour au début des forums]

"habile manipulateur d’opinion (ce qui, personnellement, renforce mon estime pour lui)" >> Curieux critère d’estime...

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> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"

29 juillet 2005, par Le petit KVQ [retour au début des forums]

Bravo pour cette magnifique critique, éclairant avec justesse le concept d’"Antichrist Superstar"...
Cependant je crois que (vous n’êtes pas le seul mec à le faire) les clichés sur les fans de Manson (ados faussement rebelles, etc...) peut être vrai dans certains cas... Mais il faut faire attention à ne pas réduire ses nombreux fans à cette définition : moi-même ayant 12 ans, étant un grand admirateur du Révérend, ne m’arrête pas au côté violent et défoulant de sa musique... Je trouve que la musique est en elle-même géniale, se renouvelant à chaque album (heavy-punk pour "Portrait of an american family", un peu plus indus déjà pour "Smells Like Children" (pas un vrai album, donc transitoire), indus-gothique avec une grande influence de NIN dans "Antchrist Superstar", glam-rock à la T. Rex, Bowie, et New York Dolls pour "Mechanical Animals", metal-glam pour "Holy Wood", grand n’importe quoi indus-glam-retro pour "The Golden Age Of Grotesque")...
Mais les textes révèlent un grand songwriter...

Manson est selon moi un artiste à part entière, réussissant dans le cinéma (un peu), dans la musique, la peinture, etc...
J’adore..

et continuez, ce site est une merveille...

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> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"

18 avril 2005, par Ardea [retour au début des forums]

Pour tous ceux qui douteraient de la démarche philosophique et de la culture étendue de Marylin Manson, je ne saurais que trop conseiller l’interview, courte mais efficace, qui figure dans le bouquin "Plus célèbres que le Christ" par Yves Bigot, qui rassemble des interviews de personnalités rock que ce journaliste a pu faire au cours de sa longue carrière, une vraie somme ; je ne sais pas s’il est disponible en Belgique, mais il y a toujours amazon ;-)

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> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"

16 avril 2005 [retour au début des forums]

Un article très intéressant et argumenté qui donne envie de découvrir l’oeuvre de MM. Merci !

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> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"

16 avril 2005, par Kao [retour au début des forums]

(...) qui mérite sincèrement une étude approfondie de la part de tous ceux qui estiment que Marilyn Manson n’a jamais été qu’un provocateur de seconde zone, à peine digne d’un Alice Cooper des mauvais jours.

Va vraiment falloir que je m’y mette ? Franchement, c’est indispensable ? Je peux pas me contenter de mes 33T d’Alice Cooper (d’accord, ceux de mon père ...), des singeries d’Ozzy Osbourne, de mes albums de Bowie et des indigestes séminaires de Lacan ? Enfin bref de tout ce qui existait avant MM, symbole décadent de l’adolescence boutonneuse qui refuse - courageusement - de se tourner vers Kyo ?

Au fait, qui veut parier sur la prochaine reprise mansonienne ? Je mise sur "Relax" de Franckie goes to Hollywood ...

We are The Dead Of Night ...

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> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"

16 avril 2005, par Simon [retour au début des forums]

Quelques coquilles dans l’article, il faudrait corriger ça : par exemple à la fin, le "reste demeure", mais il y en a d’autres que j’ai la flemme d’énumérer ;)

Sinon l’article est intéressant mais me semble un peu emphatique pour pas grand chose ; je ne pense pas que Marilyn Manson soit un provocateur de seconde zone, pour l’avoir entendu (comme tout le monde dans Bowling for Columbine mais aussi en interview), c’est quelqu’un de très lucide et d’intelligent. Mais non seulement sa musique m’indiffère totalement (il faut dire que je n’aime pas le métal), mais toutes cette imagerie freak et faussement sataniste me parait plus tenir du marketing que de la philosophie de l’existence. Paradoxalement, ce qui provoque, ce qui choque fait vendre.
Après on peut comparer la démarche de Marilyn Manson a la démarche de l’homme Nietzschéen, c’est un point de vue ; mais ça me parait de la masturbation intellectuelle. Dieu, la beauté du laid, la monstruosité, l’antéchrist, c’est finalement un galimatias philosophico-mystique rebattu ; plutôt classique comme imagerie, non ? (et d’un mauvais gout certain, mais là encore il s’agit probablement de provoquer)

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    > Marilyn Manson : "Antichrist superstar"

    16 avril 2005, par Gérard Meanvussat [retour au début des forums]


    Là je suis d’accord. Je n’ai jamais vraiment écouté du MM, sa musique m’indifférant totalement, donc, certes, je parle sans savoir, mais oser faire quelconque comparaison entre lui et la pensée de Nietzsche, c’est légitime de se demander si c’est pas un peu exagéré tout de même.

    Excellente critique en passant, bravo.

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      > Marilyn Manson : "Antichrist superstar"

      16 avril 2005, par Marc Lenglet [retour au début des forums]


      Manson lui même n’étant pas le dernier des abrutis, il est tout à fait vraisemblable qu’il ait lu Nietzche, et ait tenté, sous une forme plus ou moins vulgarisé, d’injecter certains éléments des idées du penseur allemand dans ses chansons. Il est tout aussi certain que 95% du public ne s’y arrêtera pas. Ce qui est dommage, vu que les quelques tendances philosophiques de Antichrist superstar sont la seule chose que l’on puisse lui trouver d’intéressant.
      Je n’ai pas dit non plus qu’on se trouvait en face d’un transcription exhaustive d’AInsi parlait Zarathoustra, mais il y a tout de même quelques éléments intéressants, dans sa politique conquérante comme dans ses écrits, qui méritent une petite réflexion.

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      > Marilyn Manson : "Antichrist superstar"

      7 mars 2006, par Gueule d’ange [retour au début des forums]


      Si tu lis son roman ( Long hard road out of hell ) tu verras que Manson lui même cite un passage de l’antéchrist de Nietszche, or la comparaison entre ce philosophe et Manson est non seulement légitime,mais aussi fondé. Donc, pour reprendre tes propos, la prochaine fois : assure toi que tu le sais avant de parler ...

      Critique merdique et inutile en passant, bravo.

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> Marilyn Manson : "Antichrist superstar"

16 avril 2005, par Carla Fourniret [retour au début des forums]

chouette, encore un article rentre-dedans, vivement que les fans de Manson rappliquent ici !

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