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Marc Almond : "Tenement Symphony"
Non-stop ecstatic dancing

samedi 18 octobre 2008, par Jérôme Delvaux

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Au pays de Frédéric François comme dans celui de Patrick Bruel, Marc Almond n’est bien souvent connu, dans le meilleur des cas, que comme le chanteur de Soft Cell (le groupe de Tainted love, ça vous dit quelque chose ? Mais si, ce vieux tube new wave que Marilyn Manson a repris et dont le clip a beaucoup tourné sur MCM...). C’est un beau gâchis car, si Soft Cell est très loin de se limiter à ce tube (déjà une reprise à la base), la discographie solo de son chanteur est une vraie malle aux trésors.

Entamée dès 1982, c’est-à-dire dans la foulée de la sortie du premier album de Soft Cell, le cultissime et indispensable Non-stop erotic cabaret, la carrière solo de Marc Almond est riche d’une grosse quinzaine de disques. On y dénombre une série de petites perles comme l’inénarrable Mother Fist and her five daughters (n’est-ce pas un titre joliment imagé ?) paru en 1987 sous le nom de Marc Almond & The Willing Sinners. Son LP le plus connu du grand public reste toutefois The stars we are, sur lequel figure son plus grand succès : Something’s gotten hold of my heart, une reprise du vieux crooner Gene Pitney, chantée en duo avec ce dernier. Le single a été numéro 1 du hit-parade britannique en 1989 et, chose rare, a même eu plus que quelques échos par chez nous (je me souviens qu’une de mes tantes, pourtant d’ordinaire pas du tout in, en avait acheté le 45 tours...).

Nettement moins connu dans nos contrées, Tenement Symphony, son album de 1991, est à la fois le sommet artistique de sa carrière et un des highlights de la pop électronique au sens le plus large du terme. L’album aligne tout simplement bombe sur bombe ! Meet me in my dreams, en ouverture, est une collaboration de Marc avec The Grid, le duo electro/dance formé par le producteur Richard Norris et Dave Ball, le claviériste/compositeur de Soft Cell. Et c’est précisément du Soft Cell moderne (lisez du Soft Cell sans aspérités et délesté de ses aspects les plus sulfureux) qu’ils nous proposent en guise d’habillage sonore. C’est catchy, dansant, et Almond y ajoute une partie de chant affectée dont lui seul a le secret. On prend les mêmes et on recommence, deux plages plus loin, avec I’ve never seen your face. L’ambiance est cette fois plus sombre et tristounette, sensation encore accentuée par l’interprétation tout en sensibilité (pleurnicharde, diront certains) de Marc. Certaines séquences de ce morceau influenceront considérablement Moby (on a par moment l’impression d’entendre des samples de Go, qui ne sortira qu’un an plus tard). Entre ces deux featurings de The Grid, on retrouve Beautiful brutal thing, véritable tube en puissance dont on ne peut que sincèrement regretter qu’il ne soit pas sorti en single. Almond y fait cohabiter rythmes électroniques hyper dansants et romantisme ; bel exercice de style s’il en est. Deux autres titres, Vaudeville and burlesque et Champagne, ont été écrits suivant exactement le même procédé : une explosion de beats tonitruants entre lesquels le chanteur vient poser sa voix de crooner androgyne. Le résultat est tout bonnement irrésistible.

Commence ensuite la Tenement Symphony à proprement parler : six titres, majoritairement des reprises, avec ce petit génie de Trevor Horn à la production. Après un court Prelude instrumental, place à Jacky ! Jacky, c’est une reprise de La chanson de Jacky de Jacques Brel, l’une des plus grandes idoles de Marc (avec David Bowie). Il lui avait déjà consacré un album entier (Jacques) deux ans plus tôt, mais il revient à nouveau visiter son répertoire à sa manière, c’est-à-dire avec des synthés en cascades et un texte traduit de façon très approximative. Les puristes de Brel détestent, d’autres dont je suis saluent l’originalité de la démarche.

Suivent la très efficace What is love ?, co-écrite par Trevor Horn et Bruce Woolley (un de ses acolytes dans les Buggles), puis Trois chansons de Bilitis, un court intermède éthéré emprunté à Debussy et qui sert d’intro à The days of Pearly Spencer, le single phare de l’album. Reprise par Marc, cette chanson de David MacWilliams, un obscur chanteur folk irlandais, atteindra la quatrième place des charts britanniques, ce qui en fait son deuxième plus gros succès hors Soft Cell après Something’s gotten hold of my heart (si l’on excepte la reprise de I feel love de Donna Summer en duo avec Bronski Beat, qui s’était classée troisième en 1983). Gros succès commercial donc, et amplement mérité, tant les mélodies sont belles et les refrains entraînants. Sans même parler de la production, absolument parfaite avec des violons dirigés par Anne Dudley d’Art of Noise et Trevor Horn en personne à l’orgue Hammond. The days of Pearly Spencer, c’est en fait ce genre de tracks insidieux qui vous trottent dans la tête des heures durant que vous le vouliez ou non... My hand over my heart, troisième titre co-écrit par The Grid, referme l’album de bien plaisante manière avec sa synth-pop céleste et un Marc toujours en grande forme vocale.

Du petit pervers frisé qui hantait les back-rooms en bouffant des ecstas comme des smarties à l’élégant chef d’orchestre de Tenement Symphony, on peut dire qu’il sera passé par toutes les phases, Marc Almond. Ce provocateur outrageant est devenu au fil des années un artiste rangé et propre sur lui. A l’écoute de Tenement Symphony, il n’y a aucun regret à avoir. Avec des mélodies très fortes, un chant qui communique des émotions et une production n’ayant rien à envier à celle d’un Violator, pour citer un disque électro emblématique de la même époque, ce disque est la porte d’entrée idéale dans l’univers de cet artiste incontournable de la fin du siècle passé.

Alors, icône gay, Marc Almond ? Non, icône tout court !



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Jérôme Delvaux





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Marc Almond : "Tenement Symphony"
(1/2) 18 octobre 2008, par HB
Marc Almond : "Tenement Symphony"
(2/2) 18 octobre 2008, par Special Agent Dale Cooper




Marc Almond : "Tenement Symphony"

18 octobre 2008, par HB [retour au début des forums]

Faites attention quand même Jérôme : vous n’ignorez pas que contrairement au mien, généralement définitif, votre statut d’hétéro est réputé plus vacillant et moins durable, l’âge venant !..

Cette farce liminaire pour dissuader de trop mauvais quolibets.

Moi qui vient ici plutôt pour métalliser ma culture (mon dieu l’étendue de mon désastre !) je suis bien heureux à chaque fois de tomber sur vos chroniques qui rafraîchissent en les flattant mes 25 ans. Et plus j’y pense, plus je crois que le mot le plus important dans votre slogan c’est "années 80" -avec du proto 80’s et du post 80’s dedans.

"Days Of Pearly Spencer" (67 ou 68), j’en ai un souvenir de colonies de vacances !.. il est probable que nombre de ces monos chevelus écoutaient sans le savoir de la pop proto-gay...

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Marc Almond : "Tenement Symphony"

18 octobre 2008, par Special Agent Dale Cooper [retour au début des forums]

T’es gentil mais Go de Moby, c’est l’un des thèmes de Twin Peaks avec du beat, hein, rien de Marc Almond là-dessus !

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