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Manic Street Preachers : "The Holy Bible" La chute lundi 1er janvier 2007, par |
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Quatorze ans après le torturé et apocalyptique Empires and dance, un quatuor gallois réputé pour recycler des influences héritées du punk et du glam-rock, les Manic Street Preachers, choisit lui aussi de plonger du côté obscur du rock pour proposer une suite à l’imposant monument musical des Simple Minds. Puisque l’Histoire n’est qu’un éternel recommencement, les Manics choisiront d’aller plus loin dans l’exploitation des thèmes auto-destructeurs : cela se soldera par un album intense qui ne laissera pas le groupe indemne. C’est en effet après ce disque de 1994 que le guitariste et parolier Richey James disparaîtra mystérieusement dans la nature...
Bien évidemment, les influences de Bradfield, Wire, James et Moore les conduiront à utiliser la hargne des guitares pour confectionner la suite aux expérimentations froides et électroniques des Ecossais. Ainsi, les quatre Gallois présentent des brûlots excessivement enflammés, symboliques d’un esprit de révolte et de désir de changement. Cet état d’esprit ira très loin, puisque les quatre garçons n’hésiteront pas une seule seconde à adopter des uniformes militaires pour leurs photos de presse, James Dean Bradfield allant même jusqu’à jouer en cagoule de terroriste lors de concerts brûlants et terriblement marquants. Toutefois, l’analogie avec Empires and dance ne s’arrêtera pas aux thématiques que nous aborderons plus loin : les Manics n’hésiteront pas à utiliser la même police d’écriture (avec un symbolique "R" inversé, issu de l’alphabet cyrillique) et une image sobre sur fond blanc pour illustrer la pochette de l’album. Album européen, The holy bible permet enfin au talent de Wire et de James d’exploser dans des paroles au vitriol scandées par un Bradfield au mieux de sa forme, qui n’hésite pas à briser sa gorge sur un explosif Of walking abortion. Les thèmes utilisés par les Manic Street Preachers lorgnent principalement du côté de la politique, sans aucun consensus, et avec un sens aigu de la provocation pertinente. Précisément, Of walking abortion présente les portraits de dictateurs sanguinaires, alors que le très actuel Ifwhiteamericatoldthetruthforonedayitsworldwouldfallapart permet de pointer du doigt les vices et les hypocrisies d’un régime américain qui déclenche décidément des foudres sans concession - il faut dire à ce titre que les Manic Street Preachers n’ont jamais caché leur appartenance aux idéaux d’une gauche révolutionnaire et prolétarienne, et ils seront à ce titre le premier groupe de rock invité par Fidel Castro à jouer sur l’île de Cuba, quelques années plus tard, mais sans Richey James. Cette accointance politique, très présente sur The holy bible, permet alors de nous balancer à la figure un Revol sans honte, et de réveiller l’Histoire de l’humanité avec un cinglant Archives of pain, qui constitue sans aucun doute la pierre angulaire de l’album, la chanson autour de laquelle tournent toutes les tortures sombres et éreintantes laminées par les Manic Street Preachers.
Outre ces incendies politisés, Bradfield et ses comparses préservent une dimension plus intime et plus personnelle de leur rock écorché, représentée notamment par le tragique She is suffering, véritable critique de la course à l’esthétisme occidental, qui embrasse à la fois la chirurgie esthétique et la torture physique volontaire, développée dans 4st. 7Ib, triste et dramatique comptine sur une adolescente anorexique, décidée à s’affirmer dans une négation de soi absolument atroce, à en juger par des paroles crues et rudes : "days since I last pissed / cheeks sunken and despaired / so gorgeous sunk to six stone / lose my only remaining home". Ce rapport au corps et à l’esprit, corrompu jusqu’à la moelle par des idéaux occidentaux destructeurs et irrespectueux, est également fortement critiqué dans le formidable single Faster, un des plus percutants à ce jour. Ici, c’est les démons de l’adolescence qui sont brossés dans ce qu’ils ont de plus effrayants et de plus douloureux, bien loin de la glorification de la jeunesse pubère faite par la culture de consommation. Le seul morceau à peu près serein reste This is yesterday ; toutefois, à l’instar du Room d’Empires and dance, il cache derrière une mélodie apaisée une histoire de lassitude et de sommeil psychique face aux événements explorés par la tronçonneuse de cette Bible rock décidément bien surprenante, lassitude qui trouve son aboutissement dans le suicidaire Die in the summertime. Yes, monument acéré plus classique, se met en colère contre le règne de l’argent, qui va jusqu’à nous faire changer de sexe (en sachant que l’androgynie est une thématique récurrente dans le répertoire des Manics) et à vendre du plaisir sous des formes sordides. Deux morceaux restent cependant extrêmement proches musicalement de l’album des Minds : il s’agit de Mausoleum et de The intense humming of evil. Alors que le premier rappelle la base rythmique percutante de Forbes et McGee, le second joue avec un minimalisme bruitiste et quasi-industriel pour reproduire un son sale et garage, qui semble se mouvoir tel un fantôme visitant les restes des camps de concentration allemand, qui restent précisément le thème de la chanson. Un titre poignant, choquant et qui provoque un malaise extrême chez l’auditeur, accompagné de frissons très dérangeants - jugez par vous-même : "Six millions screaming souls / maybe misery - maybe nothing at all". Crade, indigné et violent, The holy bible va encore plus loin qu’Empires and dance, en explorant des démons qui iront même jusqu’à consumer les Manics eux-mêmes. Les problèmes personnels des différents musiciens détérioreront l’ambiance au sein du groupe et auront pour point d’orgue le départ de Richey James. Deux ans après cette ténébreuse Sainte Bible, les Manics, réduits à l’état de trio, sortiront Everything must go, sorte de grand ménage afin de pouvoir chasser définitivement les obscurs démons de ce The holy bible réservé à des oreilles averties. Par sa violence extrême, par ses thèmes blessants et son rock brut de décoffrage, cet album fait figure d’ovni dans la carrière des Manic Street Preachers et constitue tout simplement leur meilleur album. Un album indispensable dans toute discographie rock, une suite consumée et décharnée d’un Empires and dance dont le malaise était pourtant déjà suffisamment perceptible. |
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Il y a 1 contribution(s) au forum. Manic Street Preachers : "The holy bible"
(1/1) 7 février 2007, par Manubeach |
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