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Lou Reed & John Cale : "Songs for Drella" Je t’aime... Moi non plus. mardi 8 février 2011, par |
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« Tu préfères Lou Reed ou John Cale ? » Telle est la question piège qui m’a été posée il y a quelques jours… Spontanément, j’ai répondu « Les deux ! ». Et face à l’incrédulité de mon interlocuteur, j’ai ajouté « C’est comme si tu me demandais de choisir entre mon père et ma mère, c’est trop cruel ».
En y réfléchissant a posteriori, je ne parviens effectivement pas à départager ces monstres sacrés de la scène alternative new-yorkaise des sixities. Lou Reed et John Cale. Le dépravé et le dandy. Le guitariste et le bassiste. L’un accro à l’héro, l’autre en permanence défoncé à la coke (du mois quand ils étaient jeunes et inspirés...). Mes disques préférés du Velvet Underground sont les deux premiers, The Velvet Underground & Nico et White light/White heat, les seuls où ils sont réunis. Les deux suivants, The Velvet Underground et Loaded, même s’il s’agit de bons albums, je les vois avant tout comme des disques de Lou Reed. Le grand Gallois n’est plus là pour soigner les arrangements, ajouter son violon désaccordé ou son piano déglingué par-ci par-là… Et surtout exacerber leur rivalité de compositeurs et d’arrangeurs, avec pour résultat de stimuler à l’extrême leur créativité. J’en discute à l’instant sur Facebook avec un journaliste de Classic 21. Bien que grand fan des deux musiciens, il m’explique préférer Lou Reed car, humainement, John Cale serait, selon lui, « un sale type ». Il l’a interviewé il y a quelques années et il garde de lui le souvenir d’un vieil arrogant, antipathique et prétentieux. « Le genre de mec à qui on a très vite envie de coller une droite » (sic). Il me dit que Cale s’est amouraché d’une sublime panthère noire de 25 ans à peine et, du coup, commence à beaucoup s’intéresser au rap, au hip-hop et autres prétendus arts de la rue. « La street culture, man, c’est-ce qui m’inspire aujourd’hui », qu’il dit. Puis, il envoie balader ledit journaliste parce que celui-ci a l’outrecuidance de vouloir revenir sur la conception d’un de ses albums précédents (en l’occurence son live enregistré à Bruxelles, au Palais des Beaux-Arts...). Cale a fait préciser au préalable que si le mot Velvet était prononcé, cela signifierait la fin immédiate de l’entretien - cela situe le personnage -, mais il n’avait pas été indiqué qu’il était aussi formellement interdit de parler de sa carrière solo antérieure à l’objet dont il faisait la promo... Bref, vous situez le gugusse. A contrario, Lou Reed serait un mec poli et disponible... Pourtant, d’autres sources journalistiques (Lester Bangs en tête) parlent aussi de Lou comme d’un enfoiré de première catégorie : arrogant, ne répondant pas aux questions et prompt à insulter ses interlocuteurs ou à claquer la porte si quelque chose lui déplait. Mais après tout, who cares ? C’est écouter leurs disques qu’on veut faire, pas aller bouffer chez Alexandre avec eux, pas vrai ? Et leurs disques, hé bien, parlons-en. Par chance, Cale n’a encore jamais concrétisé cet intérêt pour la street culture black du Bronx dans un album. Par chance, vraiment ? Non, soyons bons joueurs, il ferait sans doute ça très bien. Car il faut le lui laisser : John Cale est capable de surprendre dans presque tous les registres. Quand il il s’aventure dans une reprise d’Elvis (Heartbreak Hotel, sur Slow dazzle, en 1975) déclamée quasi en spoken-words, ou qu’il fait de la pop funky en duo avec Brian Eno (Wrong way up, 1990), personne ne l’attend là mais tout le monde s’incline car c’est original, inspiré et sincère. Et puis, bien sûr, il y a cet album-concept hommage à Andy Warhol, en duo avec Lou Reed. Totalement mythique car tout simplement inespéré. Rendez-vous compte : vingt-deux ans après leur violente séparation (et malgré un come-back d’un soir), les deux frères-ennemis du Velvet Underground se retrouvaient en studio. Songs for Drella est sorti en 1990. Ce disque m’a toujours attiré mais j’ai attendu un dimanche matin ensoleillé de janvier 2008 pour enfin me le procurer. Ne riez pas, c’est à la brocante du viaduc Herrmann-Debroux que je l’ai déniché, tout à fait par hasard (à 6 euros, la bonne affaire). Mais lorsqu’ils se retrouvent pour rendre hommage à Warhol, leur mentor et mécène, c’est tout de suite une autre affaire ! Comme s’ils étaient des rivaux en compétition - et, au vu de leur parcours, c’est sans doute ainsi qu’ils voyaient les choses -, les deux artistes livrent tout simplement le meilleur de leur créativité ; leur substantifique moelle, comme dirait l’autre. A la première écoute, j’étais sous le choc de la découverte de ce petit trésor de minimalisme, où l’on entend jamais plus de deux instruments par chanson (le piano et une guitare, le plus souvent). Je l’ai écouté en boucle pendant des semaines en me demandant, un peu honteux, comment j’avais pu passer à côté pendant si longtemps. J’y relevais des paroles qui me parlent beaucoup (« There is only one good thing about a small town : you know that you want to get out », sur Smalltown), d’autres qui réussissent l’exploit de m’émouvoir (celles de Hello it’s me, où Lou Reed explique à Warhol, avec qui il était fâché, combien il lui manque). Et puis, l’album recèle des mélodies simples mais pourtant tellement belles qu’elles me donnent juste envie de rejouer vingt fois de suite la même chanson. Style it takes, par exemple, qui place Warhol dans la position du narrateur, est l’un de ces petits joyaux qui, écouté dans les bonnes conditions, donne tout simplement la chair de poule. Mais j’en ai déjà trop dit. Songs for Drella n’est pas un album qui se raconte, c’est un album qui se vit. Et c’est l’illustration d’une très belle histoire d’amitié : une photographie en noir et blanc, un peu jaunie mais vers laquelle on retourne toujours avec la même émotion. |
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Il y a 5 contribution(s) au forum. Lou Reed & John Cale : "Songs for Drella"
(1/4) 8 février 2011 Lou Reed & John Cale : "Songs for Drella"
(2/4) 8 février 2011, par spock27 Lou Reed & John Cale : "Songs for Drella"
(3/4) 8 février 2011, par MarcD Lou Reed & John Cale : "Songs for Drella"
(4/4) 8 février 2011 |
Lou Reed & John Cale : "Songs for Drella" 5 août 2011, par yann91 [retour au début des forums] Ma petite contribution au forum quelques mois après (mieux vaut tard...). Le sujet m’intéresse bougrement (énorme fan du Velvet, le plus grand groupe de rock de tous les temps !). Je ne parlerai pas des bonhommes en tant que tel (j’ai effectivement entendu dire que Lou Reed était un mec difficile, pour ne pas dire un sale con), même s’il semble s’être bien calmé avec l’âge (bientôt 70 printemps pépère !) et sa rencontre avec Laurie Anderson qui adoucit les moeurs. Regardez ses interviews des années 70 et 80 sur YouTube ou Dailymotion, gare aux questions couillonnes, le Lou peut être mauvais ! (mais quel sens de l’humour, si on aime l’humour noir et grinçant reedien). Musicalement, je connais moins l’univers de John Cale, mais il est clair que son apport sur les deux premiers albums (VU & Nico et White Light / White Heat) Velvet était génial. Seule la rencontre entre le songwriter noir et fielleux et le musicien tourmenté avant-gardiste a pu accoucher du Velvet et en faire ce groupe unique. Reed a eu des hauts et des bas (il a fait quelques bonnes mer...), mais dans ses grandes heures je n’ai jamais rien écouté de tel : guitares entêtantes, arrangements grandioses (collaboration avec des grands : Ezrin, Katz, Bowie, etc.) ou style dépouillé minimaliste, voix grave et superbe (plus maintenant. Je l’ai vu aux Vieilles Charrues, il devrait arrêter !), textes ciselés qui claquent dans un accent purement new-yorkais, mélodies parfois superbes (on oublie trop souvent qu’il peut être un très grand mélodiste), ... je m’arrête là, vous aurez compris que je le considère comme un génie à qui l’on peut passer des excès de comportements ! Même "songs for Drella", sublime album, doit plus à la patte du grand Lou qu’à celle de Cale (il le reconnaissait dans les Inrocks à la sortie de l’album). Bref, mon coeur balance pour Reed, même si Cale est un excellent musicien inspiré, génial producteur (Nico, Patti Smith, etc.), capable de mettre son style et sa touche sur des reprises (magnifique interprétation de "Hallelujah" de Cohen) ou excellent collaborateur de duo (écouter "Ever" avec Alan Stivell, ode celte sublime).
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