Pop-Rock.com



Lloyd Cole : "Lloyd Cole"
Nuits blanches à Seattle

lundi 6 septembre 2010, par Albin Wagener

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Republica : "Republica"
Jessamine : "The long arm of coïncidence"
Ministry : "Psalm 69 - The way to succeed and the way to suck eggs"
Tears For Fears : "Raoul and the Kings of Spain"
Martyn Bates : "Stars come trembling"
Primus : "Pork soda"
Tin Machine : "Tin Machine II"
INXS : "Full moon, dirty hearts"
PJ Harvey : "To bring you my love"
Noir Désir : "666 667 Club"


Une cigarette à moitié entamée, un verre de whisky en face de vous. Vous ne savez pas exactement où vous en êtes, une espèce de quiétude sombre plane dans votre cœur. Tout ce que vous ressentez est écrit et interprété dans cet album, le premier opus solo de Lloyd Cole, enregistré en 1989 à New-York après la séparation de son groupe The Commotions. Un rêve nord-américain entre une balade en voiture et de l’alcool blanc, entre un cœur à prendre et une séduction futile.

Le premier album de Lloyd Cole est un chef-d’œuvre, une pépite pour chercheurs d’or musical, un album simple, solitaire et indémodable. Comme une sorte de Lou Reed écossais qui aurait arpenté la Route 66 avec mélancolie et cynisme, Lloyd Cole ira enregistrer ce petit bijou outre-Atlantique, bien décidé à montrer définitivement qu’il est un songwriter doué et qu’il peut avoir du succès même sans The Commotions. Le groupe a pourtant inondé la deuxième moitié des années 80 avec un son tout à fait atypique, sorte de pendant folk des Smiths.

Si l’album s’ouvre sur le paisible Don’t look back, comptine pour voyageurs éprouvés et locataires de motel, le crooner de sa majesté enchaîne avec le sombre et désabusé What do you know about love ?, dans lequel le blues se dispute à la pop/rock la plus dégingandée. Plus loin, on trébuche sur des rêves de spleen furtif, entre un Downtown brûlant et haletant et un cynique Loveless dans lequel Cole, comme un Chris Isaak ténébreux et désenchanté, scande à propos d’un amour cahoteux : "You lie in the heat of a summer haze and turn it into a winter’s tale, you pull down the blinds and shut out the sky and do what you can to turn the whole thing grey". Autant dire qu’on ne rigole pas toujours, mais que ce bleu à l’âme va se développer en filigrane tout au long de l’album. Bob Dylan et Elvis Costello sont dans un bateau qui coule, en quelque sorte.

Tantôt triste, tantôt éveillé, Lloyd Cole interprète d’une main de maître cet album semblable à une promenade décomplexée un jour de pluie. Le troublant No blue skies, sans doute un des meilleurs singles écrits durant les années 90, paraît presque être la quintessence de l’album : des notes nostalgiques et noires, des guitares humides et presque désintéressées et des mélodies imparables sur lesquelles notre dandy pose sa voix avec cette nonchalance attristée qui lui est typique, plus très loin de ces groupes qui se réclament de l’Ecossais, comme les Tindersticks.

L’opus contient également des morceaux bien plus rock, comme l’écorché I hate to see you baby doing that stuff ou le coup de grâce Mercy/Killing, qui clôt ce trésor comme un orage qui éclate enfin après tous ces nuages gris amoncelés pendant l’album. Ceux-ci n’ont pourtant rien à envier à des morceaux aussi brillants que Sweetheart, hymne blues-rock au refrain imparable au cours duquel Cole scande "I want my photographs back and my barcelino, keep the cartier babe i wouldn’t give you the time of day, born a lady to the last perfumed stationery, does it make you feel good to make me feel ordinary ?". Mal rasé, cheveux mi-longs et regard effronté, Lloyd Cole parait décrire les choses comme un romancier, attablé dans un bar, observant les gens et sa propre vie en attendant que ça se passe, silencieux et cynique, quelque part entre un Neil Finn mécontent et un Steinbeck citadin. Comme si toutes ces chansons avaient été jetées sur un coin de table, devant un café froid, dans un petit bar de New-York. Comme dirait Cole lui-même : "There’s no looking back when there’s no sense of time"... Alors oubliez tout ça, amassez les bons et les mauvais côtés, et tentez une plongée avec cet album. Mais avec un verre de whisky, toujours.



Répondre à cet article

Albin Wagener





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Lloyd Cole : "Lloyd Cole"
(1/2) 7 septembre 2010
Lloyd Cole : "Lloyd Cole"
(2/2) 6 septembre 2010




Lloyd Cole : "Lloyd Cole"

7 septembre 2010 [retour au début des forums]

Vraiment un très chouette article. Merci Albin.

[Répondre à ce message]

Lloyd Cole : "Lloyd Cole"

6 septembre 2010 [retour au début des forums]

Ce Lloyd Cole là n’est déjà plus ma came !
’Mainstream’ le 3ème album avec les Commotions n’est déjà plus aussi excitant et spontané que les 2 premiers.
’Rattlesnakes’ et ’Easy Pieces’ restent les oeuvres majeures de Lloyd Cole and The Commotions.

[Répondre à ce message]

    Lloyd Cole : "Lloyd Cole"

    8 septembre 2010, par Phil Danstachambre [retour au début des forums]


    J’aime beaucoup Mainstream, il y a de très bonne choses dedans:Jennifer she said, Rusty, My bag...
    Je connais moins Rattlesnakes, et quand à Easy Pieces, pour pouvoir se faire une opinion, faudrait peut-être qu’ils pensent à le réediter.
    Sinon effectivement, il y a très peu d’artistes solo autrefois en groupe, qui soient vraiment exitants.
    A part peut-être Peter Gabriel, qui est quelqu’un de très créatif, tous ont perdu quelque chose.
    Morrissey, Phil Collins, Fish, Sting, aucun n’a réussis à faire aussi bien qu’avec son groupe.

    [Répondre à ce message]