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Killing Joke : "Pandemonium"
Les mécaniques du désert

dimanche 17 avril 2011, par Vincent Ouslati

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Pas de Killing Joke sans un Jaz Coleman à la barre. Que ce bonhomme soit supérieurement allumé est un fait établi. Ses concerts sont de véritables messes occultes, il y officie, c’est un gourou qui harangue la foule, qui éructe ses psaumes à la face du monde, on le croirait possédé par d’obscures maléfices, ses yeux hallucinés roulant sous des sourcils broussailleux, voix claire ou cris gutturaux puis au gré des disques retour à tel ou tel tessiture de voix. Mais quoi que fut l’accoutrement, quelle que fut sa période, Coleman aura souvent mis sa folie à contribution de compositions impressionnantes. Pandemonium aura été un de ces pics de créativité nés d’un choc de neurones, qui sonne encore aujourd’hui comme un vaste et doux chaos.

Je dois tout d’abord vous prévenir, cet album est pour moi un "fucking very good album of the century", vous aurez donc droit à une interminable litanie de paroles dithyrambiques, que les allergiques de l’enthousiasme béat veuillent me pardonner...

Premier acte, aux sources de son pandémonium, Coleman est au plus mal, encore plus dingue (ou "habité" si vous préférez) qu’à l’accoutumée. Au début des années 90, il est convaincu que l’Apocalypse est proche et part l’attendre en Islande. Histoire d’occuper sa fin du Monde, il étudie la musicologie, et au cours de voyages apaisants pour son cerveau embrumé, tombe en pâmoison pour la musique orientale, notamment en Égypte où toutes ces grandes pyramides pleines de mystère l’inspirent particulièrement. N’ayant pas perçu de grandes différences entre l’Avant-Apocalypse et l’après, Coleman se dit que ça mérite bien un album pour en parler, il rameute sa secte et ils partent enregistrer en Nouvelle-Zélande, en Angleterre et même dans la chambre mortuaire de la Grande Pyramide de Gizeh, histoire de se faire mieux entendre du monde des Morts.
Cet album sera un savant mélange de thèmes arabisants et d’un métal indus de derrière les fagots appuyé par une rythmique de chasseur bombardier. Après ça, vous trouverez même du Rammstein un poil mou.

Pandemonium et son cor arabe en ouverture, puis ce duo basse-batterie, appuyé par la guitare de Geordie Walker. Indus européen et langueur orientale, interaction parfaite entre lourdeur et finesse. Et cette séance d’exorcisme, quelques notes angoissantes pour débuter puis une rythmique binaire , lourde, suffocante sur laquelle Coleman crie, crache, tousse, éructe, et entre deux crises de toux, psalmodie de sombres litanies.
Dès Millenium, l’on reprend ce mélange réussi de lourd-indus/léger-Orient, une des plus belles chansons de l’album, avec toujours cette rythmique parfaite et puissante, imparable. Autre merveille avec Communion, intro avec ce que je crois être des violons et une orchestration orientale, rapidement suivie de la toujours parfaite section rythmique métallique. Black moon apparaît de prime abord comme plus new wave, et plus accessible. J’apprécie moins cependant, plus quelconque même si ça reste de très bonne facture.

A s’agenouiller devant le Labyrinth accompagné de son intro complètement folle puis Jana qui lui succède, presque douce et permettant de respirer quelque peu. Whiteout, c’est le titre indus-techno de Pandemonium, du bourrin élégant, sympatoche. En fond on entend comme des didjeridou à certains moments, bizarroïde mais cet album est perclus de sons étranges. Survient Pleasures of the flesh, moins rentre-dedans que le reste de l’album, ce qui n’est pas trop difficile vu le niveau d’ensemble.
Conclusion à la hauteur du monument, Mathematics of chaos. Etant donné que je ne peux plus mettre "splendeur, merveille, joyau incomparable" ou autres qualificatifs pesants, je vais seulement dire que c’est bien, mais IMMENSÉMENT bien. Cette perle vous fout en transe, avec ces beats quasi techno, la multitude de sons parasites qui enjolivent le tout, et Coleman qui,... enfin faut écouter, moi je raconte mal.

Ecoutez Pandemonium, c’est un ordre.



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Vincent Ouslati





Il y a 5 contribution(s) au forum.

Killing Joke : "Pandemonium"
(1/4) 23 avril 2011, par Initiative Zarma
Killing Joke : "Pandemonium"
(2/4) 20 avril 2011, par Enogoom Wil Amar
Killing Joke : "Pandemonium"
(3/4) 17 avril 2011, par Gours
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(4/4) 17 avril 2011, par Nobuko




Killing Joke : "Pandemonium"

23 avril 2011, par Initiative Zarma [retour au début des forums]

J’ai beau être un inconditionnel de la Blague qui tue depuis leurs débuts et jusqu’à leur dernières production, je soutiens mordicus que cet album et le suivant (Democracy) sont les moins intéressants du groupe.

Autant le virage "Proto-Indus" de l’album précedent "Extremities, Dirt & Various Repressed Emotions" est d’une rare intensité, autant cet album, comme son successeur est juste banal et artificiellement musclé.

Là ou les compositions et le jeu des musicos vous rentraient dans le lard avec "Extremities" ce sont ici les effets de (post)production qui donnent une fausse impression d’agressivité à un album qui s’avère lourd et mou du genou une fois dépouillé de ses artifices technologiques.

Bon ça reste un Killing Joke, ce n’est donc pas totalement mauvais, mais le fait que le chroniqueur compare cet album à du Rammstein est à mon sens très symptomatique.

Le seul point vraiment positif c’est que cette parenthèse Indus aura remis le groupe un peu sur le devant de la scène alors qu’il était commercialement à la ramasse depuis 1985.

Merci donc aux kids de 10-12 ans qui ont bandé à l’époque sur cet album boursoufflé, ça aura au moins permis à la l’orchestre du pere Coleman d’avoir un avenir.

Mais si vous voulez avoir une une idée de ce qui fait la spécificité de ce groupe, cet album et le suivant sont totalement à éviter (Ainsi que dans une moindre mesure, les 2 Albums de la période "Depeche Mode testostéroné" qui restent acceptables mais pas indispensables.)

Ça laisse tout de même 10 galettes exceptionnelles.

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Killing Joke : "Pandemonium"

20 avril 2011, par Enogoom Wil Amar [retour au début des forums]

Jaz coleman n’a fait que des choses anecdotiques en dehors de ses collaborations avec Natacha Atlas, la plus grande chanteuse belge après Els Pynoo.

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Killing Joke : "Pandemonium"

17 avril 2011, par Gours [retour au début des forums]

Une tuerie ! Et pour avoir vu Killing Joke lors de cette tournée (entre autres) à Zeebrugge... J’en frissonne encore !

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Killing Joke : "Pandemonium"

17 avril 2011, par Nobuko [retour au début des forums]

J’ai découvert Killing Joke avec cet album. Inutile de vous dire que ce fut une claque magistrale dans mes esgourdes ce jour-là, d’autant plus que je m’étais peu de temps avant pris une autre magistrale claque avec le Psalm 69 de Ministry (la troisième claque qui suivit fut celle du T.V. Sky des Young Gods).
Pandemonium, c’est l’apocalypse dans toute sa splendeur et sa terreur, un Big-One déclenchant 500 Fukushima pendant que 10 000 B-52 survolent la zone pour y lâcher leurs têtes nucléaires !!!

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