Pop-Rock.com



INXS : "Full moon, dirty hearts"
Le mal aimé.

jeudi 16 juin 2005, par Geoffroy Bodart

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Mesh : "The point at which it falls apart"
Pixies : "Bossanova"
Mr. Bungle : "California"
Alain Bashung : "Climax"
Coldcut : "Let us play !"
R.E.M. : "Automatic for the people"
Lou Reed & John Cale : "Songs for Drella"
Cause & Effect : "Trip"
Alice In Chains : "Dirt"
Einstürzende Neubauten : "Ende neu"


Vous rappelez-vous d’INXS ? Votre copine ou votre maman trouvaient le chanteur tellement mignon. Le groupe auteur de Need You Tonight, Suicide Blonde, Original Sin ? Voilà ? Vous y êtes ? Eh bien on va maintenant vous parler de l’album qui a le moins marché.

Indépendamment de la qualité, indéniable, de sa musique, INXS a toujours été un groupe axé sur le visuel. Leurs clips, s’ils peuvent paraître assez kitch aujourd’hui, étaient ce qui se faisait de mieux à l’époque, et le groupe a collaboré avec des réalisateurs qui sont aujourd’hui devenus des grands noms du cinéma (Joel Shumacher et Alex Proyas notament). De même pour leurs concerts, qui étaient de grands shows rock and roll. Point d’orgue de cet aspect visuel, Michael Hutchence et sa gueule d’amour ont provoqué plus d’un émoi chez les demoiselles des années 80. Mais pour cet album, changement complet de registre. Tant au niveau musical que visuel.

Musicalement, on tient là quelque chose de fondamentalement plus rock. Les guitares un peu funk ont cédé leur place à quelque chose de beaucoup plus sec. La production, d’ordinaire si lisse, donne ici l’impression d’écouter du garage rock. C’est clair : INXS ne nous avait pas habitués à ça, même si leur volonté d’évoluer était déjà très présente sur leur précédent opus Welcome to wherever you are. Mais qu’en penser ? Days of Rust, premier titre, est très rentre-dedans (au passage, signalons que les paroles changent également de registre, préférant aux habituels Stay with me et I need you un poignant et touchant Suck me honey). The Gift, marche inexorable vers le déclin, est de très haut niveau, tout comme The Messenger, avec son riff qui mériterait de figurer au panthéon des grands classiques du rock et son refrain jubilatoire (excellente utilisation des choeurs). Viking juice et sa rythmique entêtante est une des chansons les plus originales et les plus sombres composées par le groupe. Mais il n’y a pas que du rock là-dedans : quelques ballades adoucissent la sauce là où il faut. Mais il s’agit plus de ballades contemplatives et reposantes (comme Freedom deeper) que de slows crapuleux qui mettent le feu au caleçon comme INXS nous en avait déjà proposés par le passé. Enfin, le groupe n’oublie pas qu’un des vecteurs de son succès, c’est le métissage entre différents styles musicaux. Si la new wave, le disco et le funk ont quelque peu coloré leur rock au cours des années 80, ici c’est le blues et la soul qui se taillent la part du lion. La présence de Ray Charles en guest sur Please (You Got That Need) n’est pas un accident, pas plus que ne l’est la composition du titre éponyme, magnifique duo avec Chrissie Hynde, la chanteuse des Pretenders.

Visuellement, c’est aussi tout autre chose. Michael Hutchence apparaît mal fagoté, avec de grosses lunettes affreuses à l’arrière d’une fourgonnette sur la pochette. Non messieurs, il n’y a décidément pas de quoi être jaloux devant cette photo. Et celles à l’intérieur du livret ne le montrent pas non plus à son avantage. Pas grave, me direz-vous : rabattons-nous sur les clips ! Eh bien non. Là aussi, le groupe a radicalement changé de style. Finis les clips gentillets et vantant la beauté de Michael l’éphèbe. Au début de The gift, le chanteur apparaît en pyjama, mal coiffé, pas rasé, bouffi. Dans Full moon, dirty hearts, il n’apparaît pas du tout. Et dans Viking juice, il se travestit. Envie de fermer les yeux ? Ouvrez-les tout de même pour savourer à sa juste valeur le clip de The gift, un des meilleurs clips des années 90. Intense, prenant, explosif (c’est le cas de le dire), ce clip passe en revue 2000 ans d’histoire, de Jésus à Hitler ; les guerres, la pollution, le fanatisme, rien ne nous est épargné. The gift you gave is gonna last forever, chante un Michael Hutchence habité. All these scars are mine. La génération X, qui en a marre de payer la facture pour toutes les crasses déposées par les générations précédentes, n’est pas loin.

Chronique positive, pensez-vous sûrement. Alors pourquoi cet album n’a-t-il pas marché ? La question doit se poser autrement. Ce qu’il faut se demander, c’est : à qui peut-il plaire, cet album ? Les fans d’INXS ont été déçus, et à raison. Quant aux fans de Nirvana et de Pearl Jam, ils n’avaient pas besoin que de joyeux lurons comme Hutchence et sa bande se mêlent de faire du rock. Ne restent entre ces deux extrêmes que quelques indécis, pas assez grunge pour avoir honte d’écouter INXS, pas assez bien dans leur peau pour se passer d’un bon coup de gueule.



Répondre à cet article

Geoffroy Bodart





Il y a 15 contribution(s) au forum.

INXS : "Full moon, dirty hearts"
(1/4) 26 décembre 2013, par kiilluse
INXS : "Full moon, dirty hearts"
(2/4) 2 octobre 2005
> INXS : Full Moon, Dirty Hearts
(3/4) 16 juin 2005, par Simon
> INXS : Full Moon, Dirty Hearts
(4/4) 16 juin 2005




INXS : "Full moon, dirty hearts"

26 décembre 2013, par kiilluse [retour au début des forums]

Créative, il est tout à fait un autre facteur. Eileen Hutchence semble être négligée, avec de grandes tasses désagréables au retour d’une camionnette sur la protection. Pas de gars, il ya certainement rien à envier à cette image. Et ceux dans la brochure n’affiche pas non plus à ses avantages. Pas de problème, vous me dites

http://essays.mightystudents.com

[Répondre à ce message]

INXS : "Full moon, dirty hearts"

2 octobre 2005 [retour au début des forums]

Il n’en reste pas moins que "X", "Kick" et "the swing" étaient bien meilleurs que tout ce qu’ils ont pu sortir dans les années 90.

[Répondre à ce message]

> INXS : Full Moon, Dirty Hearts

16 juin 2005, par Simon [retour au début des forums]

Tiens un groupe que je ne connaissais pas du tout :) Je vais me renseigner.

Sinon, pour ce qui est des grands noms du cinéma, autant je suis d’accord pour Alex Proyas (quoiqu’il ait fait un seul chef-d’oeuvre, Dark City) mais pour Schumacher, je rigole bien fort lol

Je repasse donner mon avis sur l’album quand j’aurais écouté ça ! :)

[Répondre à ce message]

    > INXS : Full Moon, Dirty Hearts

    16 juin 2005, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums]


    Alex Proyas est un (futur ?) grand réalisateur, nous sommes d’accord. Je crois que The Crow et Dark City parlent d’eux-mêmes. Quant à I, Robot, on tient là un embryon de grand film complètement corrompu par le système hollywoodien. Il y avait matière à une réflexion intéressante, Will Smith a déjà prouvé par le passé que les rôles troubles et ambigus lui allaient bien (Ali), mais il a fallu qu’un imbécile de scénariste délégué par le studio vienne rajouter des feintes à deux balles un peu partout. Ajoutez à cela un véritable catalogue publicitaire pour Nike et Audi (entre autres) et des effets "comme Matrix" un peu inutiles, et vous avez une oeuvre batarde, qui aurait gagné à ne pas vouloir se prendre pour un blockbuster. Malgré cela, il reste de très bonnes scènes dues au talent du réalisateur, que même le plus empaffé des producteurs n’a pas réussi à saborder.

    Pour Joel Schumacher, si l’on exclut le massacre au néon fluo dont il s’est rendu responsable avec la franchise Batman, on peut trouver des oeuvres assez intéressantes, quoique toujours controversées. Ma préférence allant sans conteste à 8 mm, chef d’oeuvre de noirceur injustement comparé à Se7en, et encore plus injustement taxé de fachisme.

    Mais pour en revenir à INXS, je vous souhaite beaucoup de plaisir à la découverte de ce que je considère comme un groupe majeur des années 80.

    [Répondre à ce message]

      > INXS : Full Moon, Dirty Hearts

      17 juin 2005 [retour au début des forums]


      Complètement d’accord avec toi sur Dark City et I Robot. Ce dernier, on sent que ça aurait pu être un grand film. Il y a des idées, du fond (toujours ces mêmes obsessions sur ce qui fait l’humanité), une mise en scène assez époustouflante par moment (et pas seulement grâce aux effets spéciaux) - je pense à l’idée de l’hologramme au début du film, et à la course dans la maison contre la démolisseuse entre autres. Mais ça n’est finalement qu’un blockbuster plutôt honnête et assez au-dessus du lot. J’attend le prochain avec impatience, en espérant qu’en étant redevenu bankable, Proyas ait les coudées franches pour nous livrer un nouveau film de la trempe de Dark City.

      The Crow, par contre, j’ai pas accroché. Je trouve l’univers cliché, l’histoire romantique dégoulinante, la violence généralisée un peu saoulante et les dialogues assez ridicules. Dans le genre super-héros et "gothique moderne", Tim Burton a fait bien mieux avec Batman 1 et surtout 2.

      Bon, mais je suis un peu hors sujet là :) Parlons de la musique...j’ai écouté INXS (des chansons un peu piochées au hasard, pas forcément de cet album). C’est pas mal du tout, je dois dire. Je vais aller voir chez OCD si ils n’en ont pas d’occasion tiens ;)
      Cependant, a la longue, on a un peu l’impression d’écouter une compilation de tubes radiophoniques, mais ça n’a rien de péjoratif : radiophonique au sens accrocheur, bien composé, bien équilibré, avec un talent évident. Ce qui manque, c’est peut-être un peu plus de folie et d’expérimentation.
      Mais je n’ai peut-être pas écouté les bonnes chansons. Je vais me procurer cet album en tout cas :)

      C’est une chronique réussie, puisqu’elle aura au moins donné à une personne envie de découvrir le groupe (et elle ne croule pas sous les références lol)

      [Répondre à ce message]

> INXS : Full Moon, Dirty Hearts

16 juin 2005 [retour au début des forums]

Vous semblez oublier le très rock “Listen like thieves”, ovni sorti entre “The swing” et “Kick”. Les titres y sont tout à fait dans la veine des Rolling Stones. "One * One" ou "Red red sun" étonnent, venant d’INXS, car on devine ce qu’aurait pu devenir ce groupe.

[Répondre à ce message]

    > INXS : Full Moon, Dirty Hearts

    16 juin 2005, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums]


    Je n’oublie rien du tout ;-)

    Mais je ne qualifierais pas Listen Like Thieves d’ovni dans la discographie d’INXS. Certes, il s’agit d’un album 100% rock and roll (vachement tempéré, tout de même, par les claviers - cf le sublime Kiss the Dirt), mais on est loin de l’urgence prédominant dans Full Moon....

    Est-ce que j’ai mal compris, ou estimez-vous que le groupe a décliné suite à cet album ? S’il est vrai que, par la suite, le groupe a produit une musique encore plus radiophonique et a rempli pas mal de stades, je ne pense pas qu’il en a pour autant délaissé les bases posées par Listen Like Thieves. Plusieurs titres des albums suivants sont des joyaux du rock, ne serait-ce que Devil Inside, Who Pays The Price, Heaven Sent ou Shine. De même, le groupe ne s’est pas fondamentalement démarqué du son et de l’approche musicale qui ont mené à Listen Like Thieves. Des titres comme Disappear, Not Enough Time, Strange Desire ou Looking sont parfaitement dans la continuité de ce que le groupe faisait en 1985.

    En conclusion, j’ai toujours estimé que la discographie d’INXS était très cohérente, à l’exception très notable de Full Moon.... C’est à la fois la force et la faiblesse de cet album.

    [Répondre à ce message]

      > INXS : Full Moon, Dirty Hearts

      16 juin 2005 [retour au début des forums]


      L’album qui fait tâche dans leur discographie (le seul dont je me suis débarassé) est l’ignoble “X”...

      Tout n’est pas excellent dans “LIsten Like Thieves”, mais certains titres (ceux cités plus haut), ou plutôt leur son exploité à outrance, aurait pû donner naissance à autre chose, de plus costaud et de plus brouillon.

      Un énorme fossé sépare la tournée Listen Like thieves et la tournée Kick : la première montrait un groupe jouant du rock, la deuxième un groupe se la racontant, dépassé par son succès (qu’ils n’ont pas su gérer convenablment par la suite).

      La seule lumière par la suite sera l’excellent “Wellcome to wherever you are”...

      L’album dont il est question ici n’est pas mauvais, c’est vrai. Il n’est pas mémorable non plus. En ce qui me concerne, je ne l’écoute jamais. j’écoute même plus les trois premiers, et Underneath the colours en particulier, (qui ne sont pourtant pas des summums du genre mais les goûts et les couleurs ne s’expliquent pas toujours de manière logique).

      [Répondre à ce message]

        > INXS : Full Moon, Dirty Hearts

        16 juin 2005, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums]


        "L’ignoble X" ? Oh, faut y aller doucement, pensez à mon pauvre petit coeur... ;-)

        Personnellement, j’ai découvert INXS avec X. J’apprécie donc particulièrement cet album. Même après plusieurs années, après avoir dévoré toute la discographie du groupe, et malgré une évolution assez fracassante dans le genre de musique que j’écoute désormais, je l’écoute encore assez souvent, toujours avec le même plaisir. Je le préfère même à Kick, car celui-ci me fait parfois l’effet d’un best-of tant il est bourré de hits qui n’ont pas vraiment de liens entre eux. X, au contraire, a cette unité de son et d’ambiance qui en fait un album à part entière.

        Pour ce qui concerne l’attitude du groupe en concert, on ne peut nier l’évolution : elle est évidente. Mais c’est plutôt dû à l’ampleur qu’à pris le groupe. INXS a toujours été un groupe de scène, c’est juste celle-ci qui s’est élargie. Leur vidéo Live Baby Live montre un groupe qui, malgré le succès, déploie toujours autant d’énergie et de plaisir (je n’ai jamais vu un batteur autant prendre son pied !).

        Quant aux premiers albums, je les écoute également très régulièrement, mais ma préférence va tout de même à Shaboo Shooba (plus sûr de l’orthographe), le plus annonciateur de ce qui allait suivre.

        [Répondre à ce message]

        > INXS : Full Moon, Dirty Hearts

        16 juin 2005, par Laurent Bianchi [retour au début des forums]


        En vieux de la vieille, je peux apporter ma contribution...

        Je les ai vus 4 fois en concert :

        1985 : Eldorado, Paris : superbe
        1986 : Zenith, première partie de Talk Talk, très bons.
        1986 : Olympia, big bof.
        1987 : POBercy, j’ai dragué pendant tout le concert...

        The swing reste pour moi leur sommet (en vieux de la vieille) ;-)

        [Répondre à ce message]