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Genesis : "Calling all stations"
Mais aucune n’aura répondu...

dimanche 16 septembre 2007, par Geoffroy Bodart

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Cet album-là, le dernier en date (et il a déjà dix ans !), fait un peu figure de vilain petit canard dans la discographie de Genesis. Un illustre inconnu au chant, des compositions qui se cherchent entre simplicité pop et audace progressive et une armada de fans des quinze dernières années (ceux qui ne connaissent Peter Gabriel que par Sledgehammer) persuadée que Banks et Rutherford ne sont que de simples exécutants incapables d’assurer sans Phil Collins sont autant de facteurs à avoir condamné ce disque sans même lui accorder un procès équitable. L’implacable couperet sera tombé, renvoyant Ray Wilson dans un quasi-anonymat et plongeant le groupe en hibernation jusqu’à ce que les factures de Phil Collins ne commencent à s’amonceler. Triste histoire que celle de ce disque qui n’aura pas eu la chance qu’il méritait et auquel il convenait de rendre un hommage posthume...

Parce que condamner ce disque en raison du départ de Collins est aussi absurde que de condamner l’ensemble des albums post-Gabriel ou post-Hackett. Le changement de line-up est une composante essentielle de la carrière de Genesis, et oserions-nous dire que cette mouvance perpétuelle est peut-être un des éléments qui a permis au groupe de s’adapter aux époques qu’il a traversées en adaptant son style, en repensant sa musique, et en faisant dès lors une des formations les plus polymorphes de l’histoire du rock ? Par ailleurs, dénier à Mike Rutherford et Tony Banks le droit de porter le nom d’un groupe au line-up aussi instable et auquel ils ont tant apporté serait une insulte à ces deux grands musiciens.

La moindre des choses que l’on doit à cet album, c’est de ne pas l’écouter comme étant la bouée de sauvetage de l’ancien groupe de Phil Collins ni de qui que ce soit d’autre, mais de lui réserver l’honneur d’être écouté comme le nouveau bébé de cet immense groupe qu’est Genesis. Car, à nouveau, le groupe n’a pas pris l’exercice par-dessus la jambe. Très sombre et mélancolique, le groupe dévoile ses craintes face à certaines pertes de repère, face à l’isolement, face à l’absence de communication. Il est facile, à partir de là, d’établir le parallèle face à la situation du groupe, à la crise qu’il vient de traverser. Le titre de l’album résonne dès lors tel un appel du pied aux médias qui allaient sans conteste bouder le disque et le groupe à une époque maussade tant pour le rock que pour ses acteurs emblématiques relégués au rang de dinosaures mange-fric.

Le riff d’ouverture de la chanson-titre annonce d’emblée le ton lourd, chargé et triste qui ne s’égaillera pas de tout le long de l’album. Après quelques secondes intervient, délicatement, la voix du petit nouveau, Ray Wilson, qui n’avait sorti qu’un album auparavant avec son groupe Stiltskin. Preuve d’audace, sa voix chaleureuse, enrouée, rompt radicalement avec le style Collins. Tout au long du premier titre, elle va s’en aller crescendo, au rythme de la musique, et se dévoiler dans ce qu’elle a de plus poignant et investi en émotions. Le pari est réussi ! En un peu plus de six minutes, Ray Wilson s’est imposé comme le nouveau chanteur de Genesis. Même les détracteurs de la reformation du groupe devront avouer qu’en live, avec son approche qui rappelle davantage Peter Gabriel, le bonhomme reprenait bien le flambeau.

Au-delà de cette impressionnante entrée en matière, le groupe s’est attelé à fournir une grosse dizaine de titres oscillant entre la ballade et l’effort progressif. Du côté des ballades, la guimauve larmoyante à oublier (Shipwrecked, If that’s what you need) côtoie le sublime (Uncertain weather, à pleurer). Quant aux autres titres, ils surprennent par leur durée, leur structure complexe et progressive qu’on n’attendait pas forcément. Entre le psychédélisme de Alien afternoon qui nous renvoie sans nous demander notre permission en plein dans les 70’s, le culot de balancer un long solo de batterie sur The dividing line (guidé par un tonitruant riff de basse un poil pompé au thème de Mission : Impossible) et les formidables interventions de Tony Banks sur There must be some other way et One man’s fool, le Genesis nouveau dévoile des facettes qu’on prend énormément de plaisir à (re)découvrir. On émettra un petit bémol à l’encontre de certaines paroles un poil pompeuses.

Chercher à savoir si Calling all stations est meilleur, aussi bon, moins bon, honteux ou quoique ce soit d’autre par rapport aux précédentes œuvres de Genesis est une entreprise futile. Comparer cet album à We can’t dance reviendrait à comparer Invisible touch à The lamb lies down on Broadway ou Selling England by the pound. L’époque n’est plus la même, les publics ne sont plus forcément les mêmes non plus, et dans leurs styles respectifs, chacun des albums de Genesis mérite l’attention. Et même si ce dernier est parfois inégal, on l’a dit, il n’en demeure pas moins gorgé de bonnes surprises et de moments forts, et s’écoute toujours avec autant de plaisir après une décade.

Quel dommage que Banks et Rutherford se soient inclinés devant l’injuste sanction commerciale infligée à un album qui n’est peut-être pas sorti au bon moment...



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Geoffroy Bodart





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Genesis : "Calling all stations"
(1/1) 19 septembre 2007, par Nobuko




Genesis : "Calling all stations"

19 septembre 2007, par Nobuko [retour au début des forums]

Oui, quel dommage car nous sommes sans aucun doute passé à côté d’un potentiel grand Genesis !
Avec Ray Wilson, Genesis faisait clairement un retour aux sources de sa musique tout en sonnant beaucoup plus rock et moderne. Il est clair qu’avec Ray Wilson, Genesis partait vers des contrées majestueuses qui redonnait une âme à sa musique et nous offrait une magie renouvellée et retrouvée.
Le groupe nous aurait sortie de grands albums à coup sur, et d’ailleurs Calling All Stations est carrément le meilleur album de Genesis depuis Duke !

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    régénération

    9 avril 2012, par rick ETRACK [retour au début des forums]


    Oui Calling all stations aurait du avoir une suite, tellement cet album est surprenant et honnête. Je rentrais d’une grosse journée de travail un samedi et me suis allongé et j’ai mis le CD ! Rien qu’aux premières notes je me suis relevé et ait été interloqué en me disant : ils ont tout compris, enfin du rock, loin des mièvreries "we can’t danciennes" sur la plupart des morceaux sauf les 4 premiers ! Mais EMI ne l’a pas entendu de cette oreille ! Intégrer GENESIS c’est comme intégrer le directoire de TOTAL ou Microsoft : on n’a pas le droit à l’erreur ! Tournée américaine annulée, sanction obligée. Il y a eu Selling England by the Pound en 1973, Duke en 1980 et Calling all stations en 1997.

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