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Francis Dunnery : "Fearless"
Memphis et la Nouvelle-Orléans sont dans un bateau

vendredi 30 mars 2007, par Clarisse de Saint-Ange

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La question qui pourrait résumer l’univers musical de Francis Dunnery est la suivante : pourquoi choisir entre Otis Redding et Bruce Springsteen quand on peut avoir les deux ? Et ce n’est pas peu dire, puisque l’œuvre musicale du songwriter américain semble représenter la quintessence de ce que l’Amérique a su offrir de mieux musicalement. L’ancien leader de It Bites est pratiquement à son ancien groupe ce que Peter Gabriel était à Genesis. Et vous allez voir que la comparaison ne s’arrête pas là...

Ce qui frappe d’abord chez Dunnery, c’est la similitude vocale qu’il entretient parfois avec Peter Gabriel. Et ce n’est absolument rien de le dire quand on écoute avec attention des performances comme il en livre sur des titres comme le superbe et intimiste Good life. Il fait vibrer sa voix de la même manière, éraillant ses cordes vers les aigus avec une sensibilité sincère et touchante. Mais cela dépend des titres ! Sur American life in the summertime, c’est une patte que l’on retrouve moins, dans la mesure où le morceaux s’oriente résolument vers des références plus rock. En général tout de même, le rock côtoie la soul la plus assumée, et c’est ainsi que l’on a l’impression que Dunnery représente un panorama de la culture musicale U.S. et de ses racines.

La pop de Dunnery fait toujours mouche, et quand on pense aux rythmiques funky de Homegrown et ses vocalises carrément soul, le tout saupoudré de petites guitares à peine chatouillées, on a de quoi s’étonner. Et on s’étonne d’autant plus que cet album, qui date pourtant de 1994, a remarquablement bien vieilli, tant au niveau de la production sonore que des arrangements des chansons. Tout y est et tout est manié avec un épatant savoir-faire (en même, temps quand on sait que l’album a été mixé par Bob Clearmountain, on comprend sans doute mieux). A plusieurs égards, ce disque semble parfois tendre des mains assez appuyées à la discographie de Peter Gabriel, notamment à Us : les fans de l’ethnomusicologue anglais seront d’ailleurs sans doute séduits par le classique What’s he gonna say ou encore le folk à percussions de Couldn’t find a reason. Je n’irais pas jusqu’à dire que Dunnery s’est calqué sur Gabriel, mais il est de fait qu’à mon avis, notre songwriter doit être apprécié à sa juste valeur en regard de l’œuvre de l’ancien chanteur de Genesis.

Ceci étant dit, les morceaux plus rock et plus musclés de cet épatant Fearless semblent rapprocher Dunnery de Lenny Kravitz, ou plutôt de ses premiers albums (ne parlons pas de ses derniers succès commerciaux, par pitié), pour être plus précise, notamment Everyone’s a star ou même le reggae sirupeux de Fade away. Mention spéciale pour l’éclatant et très effronté King of the blues, qui laisse carrément exploser une véritable toile d’araignée musicale qui va du dub au blues-rock le plus crade possible, avec ce petit mélange endiablé et dansant qui rend ce titre irrésistible et tout simplement excellent. Carrément méconnue sur le continent européen, la riche discographie de Francis Dunnery gagnerait pourtant à être (re)connue et largement diffusée. En particulier ce Fearless d’une qualité exceptionnelle qui marque du même coup une étape dans la carrière du chanteur, incorporant bien plus d’éléments des musiques afro-américaines qu’à son habitude. Un album très bon, dynamique, qui vous fout tout simplement la pêche et dont le son reste encore extrêmement actuel.



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Clarisse de Saint-Ange