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Einstürzende Neubauten : "Tabula rasa"
Table rase du passé ?

dimanche 16 mars 2008, par Marc Lenglet

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Presque ! A avoir savamment disséqué la musique durant la première moitié des années 80, Einstürzende Neubauten a fini par découvrir fortuitement la définition communément admise de cet art aux yeux du commun des mortels. A savoir, quelque chose avec des refrains, des instruments répertoriés dans le Grand Dictionnaire de la Musique, de la douceur, de la volupté et des sonorités qui caressent les tympans au lieu de tenter de les détruire par vrillages successifs. Intrigués par ce concept exotique, Blixa Bargeld et ses acolytes se sont prêtés au jeu... Sans pour autant se laisser convaincre qu’une nappe de synthé pouvait remplacer la disqueuse et qu’une batterie en peau de buffle avait la moindre chance de concurrencer la plaque de tôle ondulée.

Tabula rasa s’ouvre sur Die Interimliebenden, interminable morceau métronomique à l’agressivité insidieuse. En dépit de la rudesse des sonorités industrielles, il est clair que Neubauten a pris la peine d’élaborer un morceau au sens le plus classique du terme, plutôt que de se complaire dans une démonstration sauvage de ses talents à dévier de leur utilité première l’outillage le plus inattendu. L’excellent Zebulon, délicate berceuse qui explose à son terme en un bruyant fracas de tubes d’acier qui s’entrechoquent, poursuit le travail de transition entre l’anti-conformisme des origines et une vision plus apaisée de la musique. Sur Blume, autre construction très éthérée, on jurerait entendre Mike Patton fredonner de manière inquiétante à l’arrière plan, pendant que l’Australienne Anita Lane apporte une touche de fraîcheur enfantine presque incongrue en ces lieux de tourmente.

Les deux compositions suivantes sont moins évidentes à appréhender : 12305 (te Nacht) est une déclamation de Blixa Bargeld plaquée sur un fond cybernétique glacial au possible, tandis que l’inquiétant Sie puise un peu de réconfort dans sa rythmique curieusement tribale. Wüste, et ses murmures à la limite de l’inaudible, donne quant à lui l’impression d’avoir servi de bande originale à une vieille série B de la Hammer. Ce n’est que sur le double-morceau Headcleaner que le groupe berlinois retrouve la brutale violence de ses premières années.

La mutation d’Einstürzende Neubauten était envisagé de longue date, l’adoucissement de l’image comme de la musique, prévisible. En adoptant un ton général plus apaisé et moins ouvertement bruitiste, en s’abandonnant à un recours plus appuyé à l’électronique, en n’hésitant pas à faire tinter une guitare discrète mais clairement dissociable du vacarme des instruments de chantier, Neubauten n’a fait que suivre, en 1993, une tendance naturelle sans pour autant viser à tout prix la reconnaissance populaire. La substantifique moelle du groupe, cette froideur raisonnée des enfants de l’âge atomique plane toujours sur Tabula rasa, mais l’album semble moins « pressurisé », moins obstiné dans sa déconstruction raisonnée de toute scorie mélodique. Campant moins sur ses positions que Haus der Lüge mais malgré tout plus proche des tendances originelles de Neubauten que le très accessible Ende neu, Tabula rasa demeure un album central dans la discographie des Allemands. Efficace sans être inoubliable, complexe sans être abscons, mélodique sans être racoleur Tabula rasa regarde à la fois vers le passé et vers l’avenir, sans se dédire, sans se trahir.



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Marc Lenglet





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Einstürzende Neubauten : "Tabula rasa"
(1/1) 18 avril 2013, par renforcé




Einstürzende Neubauten : "Tabula rasa"

18 avril 2013, par renforcé [retour au début des forums]

se promener loin d’un plus renforcé l’utilisation électronique, et je ne pense pas deux fois pour le groupe un dispositif invisible mais clairement séparable du vacarme des sources de croissance, Neubauten n ’a suivi La mutation de Einstürzende Neubauten a été longtemps considéré, la formation de l’image de la musique, prévue. En appliquant une tonalité d’ensemble globale typique de plus apaisant et moins ouvertement bruyant dissertation-writing-help.org

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