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Duran Duran : "Thank you"
De rien, fallait pas.

samedi 29 novembre 2008, par Jérôme Delvaux

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Complètement passé de mode au début des années 90, Duran Duran renoua avec le succès en 1993 de manière inespérée par le biais du Wedding album. L’album fit un carton partout et fut même certifié disque d’or aux Etats-Unis, en grande partie grâce au hit-single Ordinary world, diffusé en boucle sur MTV. Deux ans plus tard, le groupe londonien sortit Thank you (du titre d’une chanson de Led Zeppelin), un album de reprises en forme de « merci » adressé à des artistes qui l’ont marqué. De Bob Dylan à Public Enemy, en passant par Iggy Pop et les Doors, c’est un véritable panorama de la musique populaire du vingtième siècle qu’il nous propose.

Les albums de reprises, c’est devenu au fil du temps une habitude pour les groupes bien installés désireux de rendre hommage à leurs modèles. David Bowie et Bryan Ferry avaient, sans se concerter, lancé cette mode en 1973 avec, respectivement, Pinups et These foolish things. Cette démarche allait plus tard inspirer une foule de groupes dont Nick Cave & The Bad Seeds (Kicking against the pricks, 1986), Siouxsie & The Banshees (Through the looking glass, 1987), Martin Gore (Counterfeit EP, 1989), et plus récemment Simple Minds (Neon lights, 2001), pour ne citer que quelques exemples. Duran Duran s’est aussi prêté au jeu en 1995. Sauf que plutôt que de voir la chose comme un réel challenge créatif, le groupe a uniquement vu en Thank you un moyen pas trop fatigant d’avoir un disque à défendre et donc de rester sous les feux de la rampe lorsque s’achèverait la tournée du Wedding album.

Après avoir connu un succès phénoménal dans les années 80, puis l’avoir vu s’évaporer presque totalement à la fin de la décennie, Duran Duran, à nouveau au sommet des charts par la grâce d’Ordinary world, ne pouvait pas prendre le risque de tomber dans l’oubli une deuxième fois. Plutôt que de consacrer le temps nécessaire à l’écriture de nouvelles chansons originales, chaque pause du Wedding Tour fut donc mise à profit pour enregistrer les reprises qui composent ce Thank you. Des reprises, après tout, pour des musiciens confirmés comme Simon Le Bon, Nick Rhodes, John Taylor et Warren Cuccurullo, ce n’est pas ce qu’il y a de plus difficile à faire. Certes, mais encore faut-il que celles-ci soient un minimum inspirées. Et sur ce disque, c’est là que le bât blesse.

Contrairement à David Bowie reprenant avec une finesse extrême See Emily play du Floyd, ou Bryan Ferry rendant le Sympathy for the Devil des Stones encore plus sexuel et démoniaque, Simon Le Bon et ses camarades se prennent complètement les pieds dans le tapis en essayant de rendre hommage à leurs idoles. Bon d’accord, Lou Reed a dit en interview que leur version de Perfect day était la meilleure reprise jamais faite d’une de ses chansons. C’est vrai qu’elle est belle, celle-là, toute en douceur et en sensibilité, mais on l’a si souvent entendue, dans des publicités, dans des films et à l’occasion de dizaine d’autres reprises, que ce n’est pas forcément la chanson de Lou Reed qu’on a envie de se passer en boucle. Et si c’était le cas, tant qu’à faire, on se passerait la version de Lou, à tous points de vue nettement supérieure. A bien y regarder, aucune chanson ne surpasse ici l’originale et c’est bien là le problème. Pire : aucune des reprises n’apporte réellement quelque chose de neuf ou d’un tant soit peu excitant (pensez à ce que Devo a fait de (I can’t get no) Satisfaction, par exemple). Leur version de Success d’Iggy Pop est ratée, celle de 911 is a joke de Public Enemy est risible et celle de Watching the detectives d’Elvis Costello donne juste envie de s’enfuir. Quant à leur interprétation de Thank you, elle fâchera à vie les fans de Led Zeppelin avec Duran Duran (mais ça, on peut considérer que c’était déjà fait depuis longtemps).

En se montrant indulgent, on dira que White lines, la reprise de l’ode à la cocaïne des pionniers du hip-hop Grandmaster Flash & Melle Mel (vite renommée à l’époque White line (Don’t don’t do it) à la demande insistante de la maison de disques), peut être sauvée. Sortie en single (tout comme Perfect day), elle bénéficia en studio d’un featuring bien foutu de Joseph Saddler et Melvin Glover, alias... Grandmaster Flash et Melle Mel en personnes. On ne retrouve pas tout à fait l’esprit du track de l’époque, ni même la magnifique ligne de basse piquée à Liquid Liquid, mais ça bouge quand même bien. Pour le reste, circulez, y a rien à voir. Ah si, une magnifique pochette, c’est déjà ça.



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Jérôme Delvaux





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Duran Duran : "Thank you"
(1/3) 15 avril 2015
Duran Duran : "Thank you"
(2/3) 29 novembre 2008, par Julien
Duran Duran : "Thank you"
(3/3) 29 novembre 2008, par HE




Duran Duran : "Thank you"

15 avril 2015 [retour au début des forums]

Indeed, his comeback was the biggest success to throughout his music career. - Dennis Wong YOR Health

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Duran Duran : "Thank you"

29 novembre 2008, par Julien [retour au début des forums]

Je me rappelle avoir entendu une radio anglaise sacrer ce Thank You plus mauvais album de l’histoire. C’était la reprise de Public Enemy qui avait été décisive dans ce choix.

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Duran Duran : "Thank you"

29 novembre 2008, par HE [retour au début des forums]

Pour avoir cité la Siouxsie, toujours trop rare, je vous remercie (revoyez tous Kraftwerk sous son joug !). Et pour nous avoir refourgué du Duran-Duran, même avec une pince à linge, pas du tout ! C’est pas gentil de nous infliger ce que vous avez décidé tête de mule de vous infliger coûte que coûte. Vous n’êtes décidément pas gentil.

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