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De/Vision : "Void"
Electro-Prog ?

lundi 7 janvier 2008, par Clarisse de Saint-Ange

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A la fin des années 80, lorsque les De/Vision commencent leur carrière, ils ont tout pour devenir un groupe d’electro-pop supplémentaire, une formation allemande de plus qui tenterait vainement de singer Depeche Mode en écumant une mélancolie plus ou moins factice, mélangée à des qualités mélodiques pas toujours heureuses. Mais après deux premiers albums très sombres et très atmosphériques, Steffen Keth et Thomas Adam prendront un virage plus radical en 1996, avec Fairyland et le détonnant tube I regret.

Un virage qui trouve son aboutissement dans un surprenant Void paru en 1999, une année seulement après Monosex, l’album de l’un de leurs plus grands tubes outre-Rhin, Strange affection. Dans Monosex déjà, les Berlinois s’étaient laissés aller à de plus amples expérimentations sonores, en misant sur une utilisation plus étonnante des synthétiseurs et des samples, et en y incorporant çà et là des guitares léchées bien placées. Mais pour les fans de la première heure, Void résonne encore comme un coup de tonnerre, loin des ténèbres du premier album World without end, décrié par les puristes et encensé par les critiques comme un étonnant disque progressif. A partir de Void, De/Vision commencera une œuvre de cross-over du plus bel effet.

Void est un disque à part, très difficile à caser. On ne peut pas parler d’electro-pop, puisque les batteries prêtent main forte aux boucles électroniques et que les guitares et la basse se taillent une imposante part du gâteau, le tout soutenu par des sons minimalistes osés. Si Ride on a star et Freedom sont certainement plus proches d’un rock bien trempé que d’une synth-pop sirupeuse et timide, Self-deception, long morceau introspectif qui conclut sur une sentence plutôt amère ("This life is just an illusion, a dream that never ends"), s’improvise brillamment dans des sphères carrément progressives. Pour une formation de cette envergure, parvenir à mélanger les ambiances éthérées d’un Pink Floyd à une production volontairement salie pour en faire un titre aussi brillant que le Unfinished sympathy de Massive Attack est un véritable coup de maître. Une pirouette que le groupe reproduit sur une version remarquablement new age de Blue moon, titre culte de De/Vision sorti sur leur deuxième album Unversed in love, qui gagne ici en grâce et en splendeur quasi-stellaire.

Entre science-fiction, dérives existentielles et trip-rock avant-gardiste, les deux Teutons nous offrent un single atypique : le délirant Foreigner, qui se permet de soliloquer sur la vie extra-terrestre sur une rhytmique dynamique et enlevée qui se rapproche dangereusement des Chemical Brothers de la belle époque. On est décidément bien loin du cliché véhiculé par une scène allemande parfois en mal de nouveauté. Toutefois, comme Void se veut être un trou noir musical aspirant plusieurs influences en les mélangeant d’une façon chaotique et surprenante, Steffen et Thomas s’octroyent des pauses industrielles sur le technoïde Anywhere ou encore un Give in difficile d’accès, tant il reste froid et répétitif, mais pourtant indéniablement efficace. Pour harmoniser le tout, le duo germanique confectionne des perles plus sereines et plus oniriques, notamment le très triste Remember et A prayer, morceau pop qui semble voué à la méditation optimiste.

Difficile de classer un tel vivier de trouvailles et de conceptions sonores aussi poussées, tant il semble que Void a été utilisé par De/Vision comme un laboratoire de réflexion artistique intense et d’architecture musicale décalée et post-moderne. Le mouvement culturel du Bauhaus n’est plus très loin, les titres sont systématiquement inattendus mais fonctionnent pourtant avec une grande efficacité : on est pris aux tripes du début jusqu’à la fin, car les textes de Thomas Adam sont toujours aussi pertinents. Un album qui fait mouche d’une façon très étrange, comme une lame de fond venue de nulle part ou une claque à laquelle on ne s’attendait définitivement pas. A recommander chaudement à tous ceux qui aiment la musique moderne pour ce qu’elle peut faire de mieux, Void reste à ce jour un des albums les plus imprévisibles de ces vingt dernières années.



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Clarisse de Saint-Ange