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Coldcut : "Let us play !"
De l’art qui permet de faire de l’art

mardi 17 novembre 2009, par Christophe Renvoisé

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Jonathan More et Matt Black, les Barbatruc et Barbabulle du collage éblouissant, fondateurs du label Ninja Tune (Amon Tobin, DJ Food, The Herbaliser, DJ Vadim, The Cinematic Orchestra…) et à ce titre distributeurs automatiques de claques dans ta bouche si tu penses que l’electro ça craint, nous avaient servi à la fin du XXème siècle ce joujou pour remplacer notre Lego et accompagner d’un peu d’intelligence nos addictions balbutiantes pour Noël, avec la PS One toute neuve.

J’ai oublié le nom du jeu de plate-forme débilitant qui m’occupa quelques plombes cet hiver-là (des pirates, des trésors) et c’est vraiment pas grave. Mais Let us play, qui tournait en boucle, me permit d’en arriver à bout les doigts dans le nez – je précise que non, pas tous à la fois et jamais devant les gens. Pendant les reload je cherchais dans l’artwork déplié de quoi assouvir sans répit les superfluités du moment : envie de foutraque, besoin impérieux de ludique et je-m’en-fichisme assumé malgré la soupe à la grimace qui mitonnait tout juste silencieuse dans la pièce d’à côté, au hasard la cuisine. Des représailles en somme, car je grognassais souvent de ne pouvoir m’offrir un PC, ne serait-ce que pour m’amuser avec le cd-rom livré en bonus, histoire de bidouiller, histoire de faire de l’art moi aussi.

D’entrée de jeu (Return to Margin), on était invité à ne plus pouvoir lâcher sa manette et à ne vivre que le présent. Ça fait exprès de monter bruyamment sa mayonnaise à côté mais pas grave ; la monogamie consentie confère après tout un peu d’autorité, voire à force un peu d’autonomie... C’est que c’est trop trop bon cette qualité jazz, ces trouvailles classieuses qui donnent du rythme aux contingences qui vous harcèlent d’ordinaire et vous font croire à de l’improvisation. Vous êtes pris en main. Vous êtes bien, vraiment et plus rien ne compte, même les êtres chers.

Atomic moog 2000 semble vouloir vous ramener vers ce vers quoi vous n’étiez pas spécialement venu : du hip-hop, du machin truc machiné funky-friendly. Encore que cela ne concerne que l’intro : très vite on sent bien qu’il y a là derrière les commandes quelque chose d’humain (les papattes du duo j’imagine) avec une idée, un dessein derrière chaque note. On nage alors dans le bonheur de petites certitudes, assez petites comme : ça fait pas un pli qu’on va tous les niquer ces bateaux pirates.

On échoue malgré tout sur un récif-surprise, la plage d’après, qui convoque dans le tumulte des scratches Prokofiev (carrément, on doute de rien et on a raison) en criant au loup. Je trouve ce More beats & pieces toujours aussi dérangeant, incongru comme une pensée post-coïtale alors que c’est loin d’être fini notre petite affaire. Car ensuite (Rubyaiyat) apaise puis surtout, accomplissement du tout, summum de la prétention du génie humain si précieux tant qu’on le prouvera par défaut unique dans l’univers, Panopticon, suivi des climats saturniens de Music 4 No musician – deux morceaux qui s’imposeront souvent, quand on manquera de temps pour une partie complète. Timber, nappé de limbes incongrus (ou nimbé de nappes qui tuent) achève de… enfin vous achèverait s’il ne fallait attendre, pour envisager de remettre le couvert, le barry-lyndonien Cloned again.

Désolé, en rejouant cet excellent album j’ai dû jouir un peu partout. En guise de Sopalin et pour la peine je propose d’aller consulter le travail conséquent de l’universitaire Benoît Berthou (en PDF ici), apparemment un ludologue lui aussi mais en moins loufoque.



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Christophe Renvoisé