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Cause & Effect : "Trip"
Voyage au bout de la nuit

lundi 23 janvier 2006, par Albin Wagener

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Les années 90 restent pour moi aussi mythologiques que les années 70 pour ce qui est des tragédies ayant frappé tel ou tel groupe, et pour toutes les spéculations que cela a pu engendrer. Si le nom de Cause & Effect ne vous dit probablement rien, il évoque beaucoup de choses en Amérique du Nord...

Le premier album de Cause & Effect, Another Minute, sort en 1991 et offre un pendant beaucoup plus pop à l’électro popularisée par Depeche Mode. Le dynamisme des titres ressemble plus aux productions mancuniennes d’Electronic, et la tonalité des chansons reste en général positive et rêveuse. Cause & Effect, à l’époque, c’est Rob Rowe et Sean Rowley. Alors que le succès semble sourire au groupe, Rowley s’éteint mystérieusement en 1992, en pleine tournée de festivals. Rowe se retire alors un moment de la vie musicale et prend le temps de réfléchir, pour finalement décider de ne pas laisser choir le projet. Se joignent alors à lui Keith Milo (aujourd’hui encore membre de la formation) et le batteur Richard Shepherd.

Les trois Yankees s’envolent alors pour l’Angleterre afin d’enregistrer Trip à Londres - et ça s’entend, tant l’ambiance des compositions est plus fouillée, plus profonde, voire plus sombre. L’album est représenté sur les ondes par le single It’s over now, où le rock se dispute aux instrumentations analogiques, et qui obtiendra un franc succès outre-atlantique en restant longtemps bien positionné des charts américains. Malheureusement, leur label fait ensuite faillite, et Cause & Effect se retrouve une fois de plus avec un énorme bâton dans les roues.

L’album est un véritable carrefour musical entre la batterie rock de Shepherd, les guitares léchées de Rowe et les synthétiseurs savamment orchestrés de Milo. Il célèbre l’espoir face aux aléas néfastes de l’existence, et on sent bien que les quelques ballades concoctées par nos trois musiciens ne sont pas uniquement des faire-valoir censés adoucir les morceaux plus rock : Alone ou She said sont de véritables démonstrations du genre, néo-romantiques et profondes, sans pour autant verser dans les mélodies sirupeuses. Les titres d’ouverture et de clôture de l’album, à savoir l’impressionnant It’s over now et l’éclatant Crash, achèvent d’asseoir Cause & Effect comme un groupe important de la mouvance électro-pop. Ajoutez à ces atouts non négligeables des compositions bien plus expérimentales et nocturnes comme In Shakespeare’s garden, plus cold-wave que les autres titres de l’album, et des chansons plus progressives, telles Soul search, Inside out ou Stone girl. Le seul morceau qui rappelle leur premier album reste You are the one, qui ressemble plus à du Pet Shop Boys qu’à l’électro-pop sombre véhiculée par des groupes comme De/Vision, par exemple.

Pour les amateurs du genre, Trip sera une excellente surprise, non seulement parce qu’il paraît à une époque où les années 90 juraient plus par le rock que par la pop, mais également parce que nous autres Européens sommes plus habitués à une vision presque germanique ou anglo-saxonne de l’électro, et que les Américains possèdent eux aussi leurs références en la matière. Les Cause & Effect existent toujours à l’heure actuelle, avec Rob Rowe en bon capitaine de navire et Keith Milo en fidèle second, et leur dernière galette en date, Into the light, prouve qu’ils savent privilégier la qualité - et c’est bien dommage que leur musique reste à l’heure actuelle encore assez méconnue sur le vieux continent.



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Albin Wagener