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Bush : "Razorblade suitcase"
Cold contagion

vendredi 12 janvier 2007, par Geoffroy Bodart

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C’était l’époque des jeans troués, des cheveux gras et des voix rocailleuses, l’époque où MTV formatait la rébellion adolescente en propulsant Nirvana, Soundgarden et Pearl Jam au firmament des charts à coup de clips glauques et crades, du moins pour le public ciblé, les standards du moment et les heures de diffusion. Bref, c’était l’époque rêvée pour que Bush explose, mais également le pire moment pour lui assurer une certaine pérennité...

C’est en effet peu dire que ce Razorblade suitcase est marqué du sceau du mouvement grunge. Produit par Steve Albini, donnant suite à un premier album vendu à plus de six millions d’exemplaires et bourré de pamphlets grunge radiophoniques, ce second essai connaîtra un succès moindre (mais néanmoins certain) et souffrira de la comparaison tant avec Nirvana qu’avec son prédécesseur. Une décade plus tard, cet album mérite néanmoins toujours qu’on y prête oreille.

Le rock pratiqué par Bush combine intelligemment un son brut et une approche viscérale avec une volonté de recherches et une prise de temps (et de risques) suffisante pour poser des ambiances lourdes, cotonneuses et menaçantes. C’est ainsi que derrière les brûlots classiques que constituent Swallowed ou A tendancy to start fires se développent des titres plus audacieux que les standards à la limite du simplisme imposés par le mouvement grunge. Mouth, par exemple, avec sa longue première partie minimaliste, ou Communicator et son atmosphère malsaine et pesante, plombent magnifiquement l’ambiance.

Les thématiques abordées sont quant à elles des plus classiques, de la haine de soi en passant par les amours contrariés et toute la tripotée de sujets consacrés, mais elles sont portées par des paroles fortes, aptes à frapper l’imagination et à stimuler le besoin d’identification de tout ado normalement constitué. "Do you feel the way you hate / Do you hate the way you feel / Always closest to the flame / Ever closer to the blade", qui ouvre Greedy fly, fait toujours son effet, surtout accompagné comme il l’est par cette guitare vicieuse et cette basse aguicheuse. Quant à Distant voices, il offrira un veritable hymne à l’auto-destruction via son pesant riff final et son refrain entêtant : "I’m gonna find my way to the sun / If I destroy myself I can shine on". Avec le recul, on aurait tendance à considerer tout cela comme bâteau et calibré, mais à l’époque, ça marchait, d’autant plus que le charisme de Gavin Rossdale était incontestable. Mais surtout, ces thèmes et paroles sont mis en musique de manière magistrale. Les ambiances dépressives et haineuses sont palpables tout au long de ces treize titres desquels se démarquent quelques joyaux comme Greedy fly, mais également Insect kin et son final triste à pleurer, le lancinant Cold contagious ou Synapse à la rythmique sèche et brutale.

Bien entendu, comme pour la plupart des formations de l’époque, le succès fut éphémère. Bush tenta de faire évoluer son approche par l’incorporation de sonorités électroniques, ce qui donna le somptueux single The chemicals between us, annonciateur d’un album boudé par le public. La suite n’est qu’une descente continue vers les limbes de l’oubli, avec des salles de concert de plus en plus vides, et un quatrième et dernier album à ce jour qui ne fit parler de lui que par la malheureuse coïncidence de sa date de sortie, peu après le 11 septembre 2001, et certains éléments qui n’avaient rien à voir avec la musique (une ombre d’avion sur la pochette, un single intitulé Speed kills rapidement rebaptisé The people that we love). Depuis le groupe s’est séparé et ses membres tâchent de vivoter au-travers de projets solos aussi dispensables que confidentiels, sans oublier de sortir les best-of et DVD d’usage pour payer les factures.

Mais trève de considérations mélancoliques sur le devenir de ces déjà vieux groupes. Avec Razorblade suitcase, Bush a remporté le pari culotté de proposer une musique qui lui survive et survive au mouvement dont il est issu. Ce n’est déjà pas si mal.



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Geoffroy Bodart





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Bush : "Razorblade suitcase"
(1/1) 17 juin 2007, par Imax




Bush : "Razorblade suitcase"

17 juin 2007, par Imax [retour au début des forums]

Ouais mais il est tout petit peu chiant ce disque

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