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Bryan Ferry : "Mamouna" Les mondes engloutis samedi 8 mars 2008, par |
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Mamouna, c’est l’histoire d’un auteur-compositeur de talent qui allait devoir faire face à un problème relationnel grave avec sa nouvelle œuvre, au point de devoir demander à un ancien membre de son groupe de collaborer avec lui pour la première fois depuis vingt ans, afin de sauver cet album. C’est l’histoire d’un diamant brut qui avait besoin d’un joaillier pour le rendre plus beau et plus délicat encore. Un objet qui est aujourd’hui encore contemplé avec circonspection par son géniteur...
Après le succès de Bête noire en 1987, Bryan Ferry s’attelle avec ferveur à l’écriture d’un successeur digne de ce nom qu’il compte appeler Horoscope, et qui devra être un album aussi expérimental et audacieux que les premiers essais de Roxy Music, l’ancien groupe du crooner de sa majesté. A l’époque, Bryan Ferry enchaine les tubes (Slave to love, Don’t stop the dance, Kiss and tell) et, contrairement à David Bowie, profite des années 80 pour maintenir à flot sa carrière d’auteur/compositeur/interprète. Faisant confiance à son flair inimitable, à ses qualités de producteur et à son entourage trié sur le volet (sur l’album Boys and girls, Ferry avait collaboré avec David Gilmour de Pink Floyd, Mark Knopfler de Dire Straits et Marcus Miller), Ferry va se lancer dans une entreprise qui s’avèrera bien vite plutôt compliquée. L’artiste n’est absolument pas satisfait des sessions d’enregistrement, malgré la flopée de musiciens engagés (Phil Manzanera et Andy Mackay de Roxy Music, Pino Palladino, Steve Ferrone, Guy Pratt, Nile Rodgers de Chic ; bref, que des pointures), et commence à trouver le temps long. Lassé de travailler sur cet interminable Horoscope, Ferry fait une pause et enregistre Taxi, un album de reprises qui sort en 1993. Cela fait déjà six ans que ce disque n’avance décidément pas d’un poil. Usé par une conception artistique qui commence à le dépasser, il décide l’impensable et demande à Brian Eno, son ancien comparse de Roxy Music, producteur respecté (de David Bowie, U2, Devo, les Talking Heads, etc.), de venir lui prêter main forte. L’album changera de titre, deviendra Mamouna, et pourra sortir en 1994 - et sera ainsi le seul album de chansons originales que Ferry sortira dans les années 90 (puisque le As time goes by de 1999 est en fait composé d’adaptations de standards des années 30). Que Brian Eno et Bryan Ferry collaborent sur un même disque est absolument historique, puisque les deux hommes n’avaient plus travaillé ensemble depuis le départ d’Eno de Roxy Music en 1973, après For your pleasure. Le résultat est déroutant et exotique ; on retrouve à la fois les atmosphères inimitables de Brian Eno et les aspirations plus progressives que Bryan Ferry avait insufflées à ses deux précédents albums. La voix du chanteur parait perdue dans une sorte de désert paisible, une planète inconnue. Les tapisseries sonores brodées par Eno font de certains titres de véritables expériences mystiques (Your painted smile, Chain reaction) et la voix de Ferry fait toujours un malheur ; d’autres titres reprennent ce funk élégant cher au Britannique (Don’t want to know, N.Y.C., The 39 steps). Au milieu de cet espèce de monde parallèle, des perles comme Mamouna ou The only face s’accaparent sans problème le statut de classiques du genre (Ferry reprendra d’ailleurs The only face lors de la tournée subséquente à As time goes by). Quant à l’intrigant Wildcat days, il est carrément co-écrit par Eno. Cet album est probablement unique dans la discographie de Bryan Ferry et signera le début d’une nouvelle idylle entre Eno et le crooner anglais (son album suivant, Frantic, doit également beaucoup à Eno). Pourtant, aujourd’hui encore, Ferry a du mal à considérer Mamouna comme un bon album, puisque son objectivité a sans doute été usée après tant d’années de travail. On sent bien que Mamouna est encore en flottement, quelque part entre deux mondes, une sorte d’univers parallèle indécis - mais c’est justement cette ambivalence qui fait tout le charme de ce disque. Un disque par ailleurs dédié à son fils, Otis Ferry. |
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Il y a 4 contribution(s) au forum. Bryan Ferry : "Mamouna"
(1/3) 31 janvier 2013, par bunga Bryan Ferry : magnifique "Mamouna"
(2/3) 6 juillet 2012, par vento Bryan Ferry : "Mamouna"
(3/3) 28 mars 2008, par sylvainc |
Bryan Ferry : "Mamouna" 1er décembre 2008, par alfi [retour au début des forums] Bravo Clarisse pour cette chronique.
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