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Beck : "Odelay"
Tout et n’importe quoi

samedi 2 avril 2005, par Marc Lenglet

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Après une jeunesse bercée par la tradition musicale américaine (Folk, Blues, country,...), le jeune Beck tombe dans la marmite du hip-hop lors d’un séjour à New-York. Loin d’abandonner ses premières amours pour embrasser sa nouvelle marotte, Beck va tenter de concilier les deux en l’un des mélanges les plus surprenants et explosifs des années 90.

Beck se fait très vite une réputation de touche-à-tout décalé dans le milieu underground, avec des albums à l’intimité chaotique comme Mellow gold ou Stereopathetic soulmanure. Mais il faudra attendre l’adoubement par Thurston Moore de Sonic Youth dans les médias, et surtout le fameux single Devil’s haircut, basé sur un sample des Them et remixé par Noel Gallagher, pour que Beck prenne sa place de représentant parmi les plus brillants de la scène alternative. L’objectif de Beck est simple : il veut tout faire cohabiter, tout ce qu’il aime, tout ce qu’il a déjà entendu un jour ou l’autre, tout ce qui semble constituer une bonne base pour prendre l’auditeur par surprise. Un bouillonnement créatif et sans tabous artistiques peut être hérité d’une mère qui travaillait avec Andy Warhol à la Factory.

On a dit de Beck qu’il était un Woody Guthrie malmené par Run DMC et Gary Numan. On y ajoutera les Beatles, Bob Dylan, James Brown, Nirvana, Prince ou encore Johnny Cash par précaution. Et on pourrait continuer la liste encore longtemps. Car la musique de Beck est une véritable éponge à influences diverses, un buvard qui absorbe tout et n’importe quoi pour le passer à la moulinette de la manière la plus déstabilisante qui soit. Sur Odelay, sorti en 96, les Dust Brothers, célèbres producteurs des Beastie Boys font passer Beck à la vitesse supérieure en adjoignant à ses délires anarchiques et incongrus leur maîtrise du sampling et des pulsations rythmiques.

Il n’y a pas de fil conducteur à Odelay, si ce n’est celui des impulsions, des lubies et des pensées décalées qu’exprime la voix traînante et blasée du blondinet. Le contenu est à l’avenant : sans queue ni tête, sans structure apparente, faisant la part belle aux questionnements les plus fous et aux suggestions les plus insoupçonnées. En réponse à ceux qui resteraient bloqués sur l’idée qu’une exacte retranscription des pensées les plus décalées d’un artiste n’aurait du sens que pour lui-même, Beck parvient, sans même paraître réellement le chercher, à composer de bonnes chansons, bourrées de bizarreries mais jamais écrasées sous l’avalanche de citations et de clin d’œil. Devil’s haircut par exemple, mais également le remuant New pollution ou encore l’inconcevable bouillon electro-rap, taché de gospel et de trip-hop, de Where it’s at ?.

Odelay, c’est du collage. Du bricolage, même. Le genre de bricolage à base de tout et n’importe quoi que des pédagogues désaxés essaient de faire passer pour de l’art auprès des jeunes enfants : vous savez, les galets peints avec de la ouate et des pousses de soja au sommet, ou les porte-documents à base de coquilles Saint-Jacques coulées dans le plâtre. Ces cadeaux qui font que chaque fête des pères se transforme en journée mondiale du dadaïsme. Sauf quand, comme c’est le cas ici, l’enfant est surdoué. Et qu’il est viscéralement dépourvu d’a priori vis à vis de ce qui se fait et ne se fait pas en matière de musique. Avec Beck, tout est tellement boursouflé d’expérimentations à priori incompatibles entre elles que, même une fois Odelay digéré et apprécié, on persiste à se demander comment un tel mélange à la grosse louche peut fonctionner. Peut-être la paresse insouciante avec laquelle il semble se jeter dans la mêlée. Car, que ce soit fondé ou pas, Beck donne sincèrement l’impression de ne pas avoir de plan bien précis dans la vie, pas de rêves de gloire particuliers, pas de fantasmes comptables omniprésents. Non, juste une joie lumineuse - qui vire presque à la private joke - à triturer les sons et à s’amuser comme un gosse du résultat. Et pour peu que l’on ait l’esprit réceptif à l’expérimentation et à la fusion des styles, le plaisir est totalement partagé.



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Marc Lenglet





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Beck : "Odelay"
(1/2) 7 juin 2013, par Viktor
Beck : "Odelay"
(2/2) 14 octobre 2005, par milou




Beck : "Odelay"

7 juin 2013, par Viktor [retour au début des forums]

Great blog article about this topic, I have been lately in your blog once or twice now. I just wanted to say my thanks for the information provided here. http://royalessays.co.uk/

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Beck : "Odelay"

14 octobre 2005, par milou [retour au début des forums]

Je n’y crois pas ,pas une seule reaction !il y aurait il sur ce site des gens ne connaissant pas cet album ?Dificile de parler de l’article ou du disque.Il y a des moment ou il vaut mieux se taire, car les mots seraient bien fades... Un seul mot me viens a l’esprit : "GENIE"

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    Beck : "Odelay"

    25 juillet 2013, par malheureusement [retour au début des forums]


    Avec Beck, tout est si enflé à des tests mutuellement incompatibles, même une fois Odelay consommé et vécu, il est constamment à la merveille comment un tel grand louche la combinaison peut fonctionner priori. Peut-être la négligence sereine avec laquelle il semble sauter dans l’arène. Parce que, si validé ou non, Beck donne véritablement l’impact de ne pas avoir une stratégie évidente de mode de vie,

    à partir d’un mighty students.com

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