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Banco De Gaia : "Last train to Lhasa"
Nuits de Chine, nuits câlines...

vendredi 18 février 2011, par Vincent Ouslati

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Chronique de circonstance bien que Banco de Gaia publia cet album en 1995, oubliant un temps ces petites manières dubbesques pour plus de spiritualité. Marketing plus qu’autre chose diront les sceptiques, probablement. Pour ma part, je me suis vite lassé des œuvres mondialistico-popesques de Toby Marks. Mais il était tentant de confronter cet album avec la source proclamée de ses origines, soit la Chine, Lhasa, le Tibet, et un train. Vu que je vagabonde dans ces parages pour une durée indéterminée, il y avait là une petite expérience à tenter.

En fait de Tibet, je vais devoir vous avertir que le train K817 n’y mène pas, et se borne à trimballer les fourmis ouvrières de Shanghai jusqu’à leurs villages familiaux, où ils passeront quelques jours de vacances à l’occasion du nouvel an.
On s’imagine de la Chine une foule compacte et bruyante, travailleuse et étroitement surveillée, c’est bien ainsi que les Chinois vivent. Le dogme de l’enfant unique connait des failles, mais pas celui de la compétition, entre employés, entre cadres, entre les gosses, tout est prétexte à faire valoir auprès des chefs sa supériorité et son mérite.

Lorsque vous pénétrez dans le hall du terminal de train sud de Shanghai, vous n’êtes pas dans la Chine millénaire, mais bien dans une démonstration de puissance et de modernité, tout doit être neuf, élancé et majestueux, il faut que ça en jette, et je dois avouer que ça marche. Si l’on veut trouver la Chine plus authentique, loin des images lisses voulues par l’Etat, il faut simplement regarder les gens autour de vous. Attention, pas les minots fringués à la mode locale, jeans slims et coupe en brosse improbable avec teinture douteuse, intégralement de noir vêtus et exagérant à outrance une silhouette asexuée. Encore moins ces quelques Shanghaiens friqués, coutumiers des boutiques de luxe du Bund, et accrocs à la mode italienne. Non, il faut se fixer sur les populos, ces gens aux salaires modestes qui travaillent dans les grandes villes et ne voient la famille au village que le temps du Nouvel An. C’est avec eux que je dois voyager, j’ai pris mon billet valant ¥ 47,00 (Yuans), le moins cher, ce qui m’interdit les wagons plus cossus et me réserve un fauteuil dans un compartiment bruyant, criard, où l’on parle fort, où l’on fait sa soupe de pâtes avec la fontaine d’eau brûlante prévue à cet effet devant les chiottes.

Tout est question d’habitude, il faut par exemple accepter que cracher par terre n’est pas sale, bien au contraire. Cracher, c’est évacuer les muqueuses qui contaminent le corps, c’est le rendre plus sain. Et pour l’y aider, on fume des clopes qui puent et qui vous poussent à cracher encore plus. On fait du bruit en mangeant, d’ailleurs on schleurpe la soupe brûlante et on renifle avec force exagérations, suivie de raclements de gorges. Lorsque le wagon entier se remplit d’odeurs de soupe en sachet et de cette somme de bruits, le résultat déconcerte tous les sens…

Les gens me regardent souvent avec insistance. Ici, on n’a pas peur de vous dévisager sans retenue, c’est normal. Vous êtes l’étranger et on vous le fait bien piger, mieux vaut l’accepter ou dévisager à votre tour, les sourires apparaissent alors. Puis on cesse de me voir, on sait que je suis le seul "fago" (Français) dans ce train et que je ne ferais aucun miracle ce soir.
Pour m’éviter quelques instants les bruyants masticages alentours, je tente l’écoute de ce disque de Banco de Gaia, que j’avais ressorti de la poussière à l’occasion de cet exil chinois. J’entends nouvellement ce train qui démarre, cette radio grésillante, ces annonces d’hôtesses dans un grand hall plein de voyageurs. Beaucoup de sons épars, une ambiance qui se crée, pas moins irréelle que ce que je pus voir dans la salle d’attente de la gare une heure auparavant.
Les claviers ont vieillis, et cette dub d’ambiance comme on en faisait il y a quinze ans sonne un brin datée. Dans le contexte de mon voyage, ce n’est pas désagréable, l’espace du compartiment se veut aussi suranné que la musique qui passe dans mes oreilles, alors va pour un trip dans le temps.

Les samples de chants tibétains, qui apparaissent rapidement dans ces plages, donnent de manière artificielle la patine universelle que le sieur Marks souhaitait. Dans mes souvenirs, c’était plus efficace lorsque j’avais quatorze ans et que je tentais des combinaisons hasardeuses de pétards au patchouli et au thé vert.
Kuos a déjà plus d’emphase et je me laisse perdre par les mouvements monotones du train sur les rails et ces rythmiques orientalisées d’aussi facile manière. Je tente de calquer la musique sur les paysages que je vois par la fenêtre, mais je vois des usines, et du gris, uniquement du gris, alors qu’Amber semble si pleine de couleurs. China (Clouds not mountain) a de faux airs de bande-son de musicothérapie qui me font doucement rigoler. J’ai envie de trouver ça ringard, mais je me prends finalement au jeu, me perdant dans ces sons de plus en plus relaxants et les odeurs fortes provenant de la poubelle du wagon qui me lorgne depuis son trône de tôle.

Je commence à saisir la logique de Banco de Gaia, avec ces plages initiales plus enlevées parfaitement raccord avec le tumulte de la gare, puis les bruyantes premières heures dans le train, où le silence se fait peu à peu, laissant place à la rêverie, au chemin qui mène de la superpuissance chinoise au bien fragile Tibet.
Kincajou se fait de plus en plus élaboré dans son mixage de thématiques traditionnelles et d’électronique. C’est aussi le titre qui me semble avoir le mieux vieilli, bien qu’il ne fasse en somme que ce que Tangerine Dream fait depuis les années 70.

Je m’enquiers de l’heure d’arrivée, craignant de ne pas bien comprendre l’annonce du contrôleur. J’ai du temps pour me farcir les remix, super… Kincajou est intéressant dans sa version remaniée, lui donnant une allure plus spatiale, plus planante. Mais on s’éloigne par la même du thème initial, revenant à moins d’exotisme, et à plus de plans dub sans grande innovation.
Ca se bouge autour de moi, l’on s’approche de mon arrêt, le contrôleur ayant compris à ma gueule que je n’étais pas du coin m’avertit nouvellement que c’est ici que je descends. Je renfile mes pompes qui ont pu s’imprégner de tant d’odeurs diverses durant ces petites heures de voyage, et évite d’écraser les gosses dormant au milieu du couloir entre les bols de soupe vides et les os de poulet séché.

Le train stoppe enfin, il fait nuit et je me surprends à être le seul descendant à cette station, au beau milieu de la province du Zhejiang. Je remballe le baladeur sans regrets aucuns, la tête pleine de cet album souffrant d’un petit coup de laque, et pourtant désireux d’un aller simple pour Lhasa dans la minute.



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Vincent Ouslati





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Banco De Gaia : "Last train to Lhasa"
(1/2) 15 juillet 2013, par extermination
Banco De Gaia : "Last train to Lhasa"
(2/2) 25 février 2011, par Ben




Banco De Gaia : "Last train to Lhasa"

15 juillet 2013, par extermination [retour au début des forums]

Mais s’éloigner de la même idée de départ, le retour à des applications moins exclusive et plus dub sans trop progression.It bougeait autour de moi, nous nous sommes approchés mon arrêt, le propriétaire engagé avec ma position de la cavité buccale que je n’étais pas en position dernièrement m’a informé que c’est là que je descends.

à partir d’un dissertation service

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Banco De Gaia : "Last train to Lhasa"

25 février 2011, par Ben [retour au début des forums]

Bel article. J’espère que nous aurons l’occasion d’avoir plus d’écho de ce voyage en Chine.
Kincajou est certainement le meilleur à retirer de cet album, en ce y compris sa version remix (OK pour courir un 100 m ou un marathon, ce n’est pas très stimulant)

Dans le style authentique, allez jeter une oreille sur Guo Brothers (Real World) ou le "chinese dub" du Jah Wobble, qui est vraiment une belle approche de la musique chinoise - Bien sûr, il faut aimer ;-)

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