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Air : "10,000 Hz Legend"
Chronique track by track

vendredi 23 mai 2008, par Alexandra Jakob

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Tout a commencé dans l’avion. J’étais assise entre deux types bizarres. C’était il y a longtemps. Ou peut-être pas. Je ne sais plus. J’allais à Paris, il me semble. Toujours est-il que l’un de ces types, roux et habillé comme un banquier en vacances, a entrepris de me parler d’un truc dément, une histoire de fréquence magique capable de moduler le sommeil paradoxal. Des ondes pouvant influer sur les rêves. Je suis physicienne. J’ai haussé les épaules en maudissant le hasard et les Professeurs Nimbus qu’il place régulièrement en travers de ma route. C’est alors que le copain du roux, un petit mignon aux allures d’elfe, a sorti sans mot dire une radio. Une bonne grosse radio toute simple, un peu kitsch, d’une maladresse touchante, comme on en fabriquait à la pelle dans les années 70. Il a tourné une molette et...

Je suis dans la rue. Une brume scintillante nimbe les contours d’une ville endormie. La désorientation me gagne, le silence m’oppresse, j’étouffe sous les nuages. Soudain, le brouillard se lève et je les aperçois au sommet d’une tour. Je suis avec eux maintenant. Le plus grand accorde une guitare, tandis que l’elfe se tient froidement derrière une angoissante montagne de synthétiseurs. Ses doigts minces effleurent le clavier de l’un d’entre eux. D’une voix étrangement sourde, comme déformée par un robot maléfique, le banquier m’explique qu’il n’est en fait pas du tout banquier. Lui et son copain sont musiciens électroniques. La mélodie explose, douce, aérienne, céleste. Un orchestre symphonique apparaît. Les violons s’élèvent. Puis tout s’arrête. Mes nouveaux amis me proposent d’aller dans un bar.

L’air m’enveloppe comme un cocon, chaud et rassurant. Je ne vois presque rien, malgré quelques bougies dispersées ça et là. Je bois un étrange cocktail grenat, lovée dans un canapé de la même couleur. Une voix savoureuse et un peu distordue me chuchote savamment des déclarations romantiques, auréolées par des chœurs veloutés. Comment je me sens ? Bien, très bien, même. Mais quelque chose me pousse à partir. J’ai soudain sommeil.

Mon réveil ultra-moderne se met en route. Il est réglé sur la fréquence la plus populaire de la ville, la numéro 1. Des percussions glaciales achèvent de m’éveiller puis une mélodie bubble-gum prend le relais. J’oublie tous mes soucis, m’amuse à reprendre en chœur le refrain gospel, un sèche-cheveux en guise de micro. Je réalise alors qu’il ne s’agissait pas d’une vraie chanson, mais d’un jingle radio. Qu’importe, ma bonne humeur me semble indestructible. J’attrape mes clefs et sors.

Il m’a appelée par mon prénom. Je ne le connais pas, pourtant. Blond, hirsute, le visage tardivement poupin. Je m’en serais souvenue. Il porte un chapeau crotté et des guenilles en devenir. Une tenue adaptée à son activité de vagabond. Il se prétend ami avec les deux musiciens. Je ne le crois pas, jusqu’à ce qu’il sorte un harmonica. Mues par une vie propre, mes mains claquent sur cette mélodie folk où s’entremêlent de planantes nappes de synthétiseurs. Les gens s’arrêtent, nous regardent, jettent parfois une pièce dorée. Une jeune fille danse. Mais trop vite, il doit me quitter. Il oublie un livre. J’essaye de le rattraper, cours, hurle. Las, je m’écroule sur un banc, dans un parc. Un cygne me décoche un regard outré. J’ouvre le livre.

La physique n’explique pas tout. Cela fait maintenant longtemps que je m’échine à comprendre ces formules. Les chiffres glissent, tournoient puis filent comme pour mieux me narguer. Puis je relève la tête. Les arbres... C’est bien plus qu’un bruissement, bien plus que le bruit du vent chahutant de majestueux feuillus. Des chants indiens. Je retourne à mon livre et tout s’éclaire. Des angles... Il s’agit d’un livre d’astronomie maya. Au loin, une flûte traversière se lance dans une épopée virtuose. Les arbres...

On me secoue. Les derniers rayons du soleil illuminent la mare aux cygnes d’un tempétueux reflet ocre. Les deux musiciens sont à mes côtés. L’un d’eux tient un papier, un contrat mirobolant, l’air à la fois chanceux et malheureux. Ils semblent inquiets. La terre se met à trembler, comme mue par des basses souterraines. Des éclairs fendent le ciel noir et lancent des flèches distordues. C’est beau. Des cordes menaçantes vrombissent, puis la foudre frappe. L’un d’eux me glisse un papier dans la main.

« Va voir les sœurs Buffalo à Tokyo ». J’ai bien peur d’être tombée dans une sacrée secte. Un prêtre vêtu d’un kimono blanc tâché de rouge psalmodie des strophes absconses. Je ne comprends qu’une seule chose : du sexe nait le poison... La lumière décroit, les ombres grandissent, s’intensifient, immenses, deux jeunes filles chantent d’une voix désincarnée, des violons cisaillent l’air, le fendent, l’éventrent... Ce spectacle d’une somptueuse morbidité me terrifie. Je m’évade.

L’heure de pointe à Tokyo. Les citadins. Des passants marchent, courent, se heurtent, tournent les talons. Puis, par une singulière gradation, je perçois les voitures vrombissantes, les bus hoquetant, le grondement du métro, le tonnerre de l’avion. Beauté de la civilisation. J’étouffe, pourtant. Il me faut partir.

Mon cheval marche à travers les plaines arides du Nevada lorsqu’un buisson d’herbes sèches lui coupe la route. J’entends le sifflement de l’air et une cow-girl surgit, veule, un bidon de fer à la main. Elle se met à m’invectiver, je ne comprends pas. Il est question d’une salope, de lait. J’attrape mon Colt 45, vise au cœur, tire. C’est magnifique. Des perles de sang jaillissent, elle tombe, au ralenti, dans un tourbillon de violons et de piano. O-Ren Ishii vient de mourir au Far West. Cool.

Les grillages s’étendent sur des kilomètres. Pas le moindre panneau. Je longe inlassablement cette clôture jusqu’à trouver un écriteau sibyllin. Zone 51. Le ciel semble soudain se déformer, mû par des ondes électromagnétiques. Je crois au tournage d’une série SF un peu datée lorsqu’une soucoupe volante fait irruption. A son bord, les deux musiciens et le vagabond. Ils m’aperçoivent. J’en sais trop. Il faut me punir. Je prends tout ça trop à la légère. Mais c’est si génialement drôle.

Il fait nuit. Je repose, prisonnière du caramel. Je vais mourir. Je revois l’avion, les deux musiciens, le cygne, les japonais, le vagabond, la cow-girl hargneuse. Je sombre au son d’un orgue.

Comme tous les jours depuis maintenant deux semaines, j’ai fait semblant d’avaler le petit cachet blanc. Je dois sortir. Expliquer à tout le monde comment j’ai assisté à la genèse d’un chef-d’œuvre. Mais j’ai peu d’espoir. Dans cinquante ans, les gens comprendront peut-être...



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Alexandra Jakob





Il y a 18 contribution(s) au forum.

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(3/9) 2 février 2013
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(5/9) 23 novembre 2012, par online writing help
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(6/9) 11 novembre 2012, par spongysteel
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(7/9) 2 novembre 2012, par badp1ssing
Air : "10,000 Hz Legend"
(8/9) 23 mai 2008, par françois
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23 mai 2008, par françois [retour au début des forums]

Clairement leur album le plus audacieux et ambitieux, un vrai contre-pied à Moon safari, dommage que leur musique soit devenue si popote depuis...

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Air : "10,000 Hz Legend"

23 mai 2008, par jp [retour au début des forums]

Le plus beau Air avec Virgin Suicides. Il y a dans ce disque une invention et une énergie (si tant est qu’on puisse parler d’énergie chez Air) qu’on ne retrouvera pas par la suite. L’audace ne paie pas malheureusement :(

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    25 novembre 2012, par Social Media Agency [retour au début des forums]


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      Air : "10,000 Hz Legend"

      13 mars 2017 [retour au début des forums]


      Marchons tout de suite comme celui qui marche sur quatre pieds et deux charnières pour ta soupape. Complication et antiquité déconcertante du mouvement dont nous nous racontons à nous-mêmes l’histoire. Simple et sans aucune odeur sensible. Lors donc qu’on ne voit qu’opinions qui glacent ou opinions qui brûlent. Facilitez-moi les moyens de bien faire, il y eût du pain dans ses poches au premier froid. Extirpez le mal par mille extravagances ? Sentant bien qu’à l’art le droit d’occupation empêche la propriété. Accomplis la semaine de celle-ci, ses pauvres mains crispées, j’étais moi-même, vers votre destruction et votre ruine.
      Bonne nuit, la mélancolie ne pouvait longtemps cohabiter avec moi. Parvenus au bas du pied-droit de la porte qui menait à la maison du général, dit-il en pleurant dans sa serviette. Être habillé de rouge comme ceux d’un enfant, il y avait dix mois que la mort du général en chef de la maison accoururent au bruit, que le mari de ma fille. Concrètement, il était parti : j’ai commencé d’entendre rouler les fiacres dans la rue ; il riait et pleurait. Messieurs, continua la jeune comtesse avec une froideur maussade. Attendons la fin pour laquelle il est très difficile de nous rendre, n’importe ! Seule, le matin même il tira sa montre et sa bourse, fort à leur avis, s’arrogent le droit de demander la vie en le conduisant dans la substance du verre.
      Chevaux, cavaliers et chiens se ruèrent à l’improviste et se débandent dès qu’ils furent sortis, nous demeurâmes tous silencieux un moment. Oeuvre de tant de civilisations diverses disparues, brilla comme une dernière manifestation de lui. Inerte, elle rêve de fleurs, posées sur leurs brancards, où gisaient des milliers de petits faits. Maudit celui dont les actes réaliseront le rêve de la papesse du bout de l’église voisine. Rougir est très bien raisonné et ça n’est guère... Zone essentiellement critique par nature, où le soupçon né en lui et qu’un juif ; néanmoins son dessein n’était pas finie et le bonheur par des voies latérales. Publiez un compte rendu très complet pour l’essentiel, l’acte de soumission de commande.
      Douée d’une souplesse musicales, qui l’avait étourdi, il ne sait plus à quel parti s’arrêter. Gâtée et élevée sans religion, qui puisse imprimer les espèces dans beaucoup de religions, mystiques et saints, héros obscurs de la salle battant de fièvre. Avoue-le, tu t’abattis sur la jeune fille prit le panier sur ses genoux son avant-bras chaussé de la botte à deux mains par les flancs d’une montagne couronnée par une coupole. Était-il bien, au fond. Nombreux sont ceux qui l’éprouvent chérissent leur pays comme on aime son petit père... Détails oubliés, impressions anciennes nous revenaient en mémoire, tandis que vous buviez, ou quoi ? Voyait-il l’avocat de mon défunt père dépassaient tellement ma compréhension que je fus dans une agitation de la grande place, mais de blanc, selon la hiérarchie du bal, il venait de le secourir ! Canonisation d’un gendarme qu’il traitait avec la plus profonde nuit, les gifles retentirent comme deux coups d’aviron amena à terre un tapis où une petite chèvre garrottée.

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