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U2 : "War" La valeur de l’engagement mercredi 9 juin 2004, par |
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Le petit garçon de Boy fronce les sourcils : la guerre a été déclarée ! Le monde va mal, l’avenir est incertain. Dans le monde musical, le rock construit sur les cendres du punk subit les coups de boutoirs de la synth-pop triomphante. L’underground, c’est très bien mais pour subsister, tout courant musical a besoin d’au moins un représentant qui soit directement sur la ligne de front, et vende des camions entiers d’albums. Pas de panique, les enfants : U2 est sur l’affaire.
War fut l’œuvre majeure qui fit de U2 la colossale institution rock d’envergure mondiale qu’il n’a jamais cessé d’être jusqu’à aujourd’hui. Allant jusqu’au bout de la logique artistique de Boy, y injectant encore plus clairement l’essence même des quatre musiciens, War est au rock héroïque post-punk ce que Nevermind est à la musique grunge : un symbole qui, à défaut d’atteindre des sommets de virtuosité ou de profondeur, se contente tout simplement d’être a fucking great rock’n roll album ! Le jeu incisif et tranchant de The Edge et le pilonnage de l’éternellement sous-estimé Larry Mullen suffiraient en soi à faire de War une œuvre phare des années 80. Mais quoi qu’on en dise, une large partie du succès de War repose sur les épaules de Bono. Il y a des tonnes de raisons pour ne pas saquer le plus people des artistes rock. L’homme est tellement polymorphe qu’en cherchant bien, tout le monde finirait par trouver en lui quelque chose de désagréable. Pour ma part, c’est son papisme messianique et bien-pensant qui me file des démangeaisons ; pour d’autres, ce sera autre chose. C’est comme ça : Bono est quelqu’un que l’on aime détester. Pour ne rien arranger, au cours de sa carrière, il a plus souvent qu’à son tour atteint les limites de ses capacités vocales, et War n’échappe pas à la règle, avec quelques couacs clairement identifiables. Et pourtant, c’est sur ce même War que son interprétation prend une stature quasi mythologique. C’est uniquement grâce à lui, grâce à son interprétation échevelée que War ne se contente pas d’être seulement un grand album mais entre dans l’espace V.I.P. réservé aux disques de légende. Le chant est passionné, l’implication, totale. De quoi donner une envergure énorme à la moindre des compositions de ce chef d’œuvre. Si Sunday bloody Sunday est devenu l’hymne de toute une génération, ce n’est pas par hasard. Le sujet évoqué (la mort de 13 civils irlandais sous les balles britanniques le 30 janvier 1972) touche le cœur de tout Celte qui se respecte. Pas question de considérer les faits sous l’angle de la souffrance et de la tristesse. U2 ne se lamente pas, il condamne. Le groupe veut réveiller les consciences, secouer les masses sous hypnose avec une musique engagée et chevaleresque. Mullen pilonne ses fûts militairement, comme si sa vie en dépendait, tandis qu’un Bono très en verve dénonce la violence aveugle qui ensanglante son île natale. Pourtant, malgré les apparences, U2 évite de prendre ouvertement parti pour l’un ou l’autre clan, et ne cautionne pas davantage l’IRA qu’il ne soutient l’occupant britannique. Dans ce conflit politico-religieux, le groupe constate avec pessimisme que les seuls perdants sont ceux qui tombent sous les balles des deux camps. New year’s day sur fond d’histoire d’amour déchirée par la guerre, est dédié à Solidarnosc, le syndicat polonais alors brimé par le régime pro-soviétique. Simpliste au possible dans sa forme et ses textes, la chanson n’en est pas moins réellement séduisante, en grande partie par les cavalcades au clavier de The Edge, ainsi que par ce refrain qui semble synthétiser à lui seul le rock héroïque et lyrique. Est-ce le fait de les avoir trop entendus ? Ou simplement une réalité intangible ? Toujours est-il que malgré leur stature, ces deux titres ne sont finalement que l’arbre qui cache la forêt. Coincé entre ces deux classiques, le rythme funk de Seconds, critique acide de la folie des gouvernements, charme tout autant. Et que dire du sublime Like a song, l’une des perles les plus sous-estimées de la discographie des Irlandais, fréquemment éclipsée par des titres moins inspirés. On sort pantelant de ces 4 minutes de joute lyrique, qui dament le pion, en matière de rock héroïque, à tout ce que le groupe a pu accomplir d’autre au cours de sa carrière. Bono y paraît à bout de souffle en permanence, tandis que la rythmique se fait plus martiale que jamais. Quand U2 veut sonner le rappel des consciences, il s’en donne les moyens. Impossible d’obtenir une seconde de répit au milieu de cette ambiance survoltée et haletante. Ou peut-être bien que si, le temps d’un Drowning man syncopé merveilleusement somnolent. Impossible de décrire cette chanson, dont la construction tranche radicalement avec les autres compositions. Ici comme ailleurs, le leader du groupe porte la chanson à bout de bras. The refugee est un autre morceau plutôt singulier : avec sa rythmique tribale et ses chœurs très punk, on y retrouve l’intérêt du groupe pour les grandes causes humanitaires. Quant à la religiosité énervante de Bono, elle ne fait ici qu’une courte apparition, dans l’insipide 40 en fin d’album, et on ne s’en plaindra pas. War est un des sommets de la carrière de U2 ; en tout cas, parmi les albums non électroniques du groupe, il se positionne probablement à égalité avec The Joshua tree. Mais contrairement à ce dernier, War est un joyau brut, parfois grossièrement sculpté par endroit, mais d’un tel éclat naturel qu’il ne nécessite aucune orfèvrerie ultérieure. En clôturant de manière somptueuse la première partie de leur carrière, War définit pour un bon bout de temps U2 comme un groupe engagé, sincère et sans autres prétentions que de vouloir changer la face du monde avec leurs instruments et leurs idées. Viendront après le star-system, la mégalomanie, les expérimentations : si le résultat ne sera que très rarement décevant, on n’y retrouvera plus jamais la petite étincelle qui fait de War la preuve absolue que lyrisme et rock’n roll ne sont pas forcément antinomiques. Comment ne pas éprouver un pincement au cœur en songeant à l’époque bénie où U2 était encore l’avenir du rock et non pas l’un de ses rentiers ? |
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Il y a 3 contribution(s) au forum. U2 : "War"
(1/2) 12 juillet 2006, par l’enchanteur > U2 : "War"
(2/2) 27 février 2005, par ben |
> U2 : "War" 4 août 2005, par jeannot lapin [retour au début des forums] aah 83, sacrée cuvée 80’s que cette année là en france, année charnière aussi.
Sinon petite remarque au sujet de new year day, il y a plus simple comme structure, comme (couplets avec la même mélodie)/(refrains avec les mêmes paroles) répété à loisir que l’on trouve dans au moins 90% des chansons, avec new year day presque chaque moment de la chanson est unique et reconnaissable, il n’y a que le riff du piano et le premier refrain que l’on retrouve deux fois dans toute la chanson.
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