|
|
The Smiths : "Meat is murder" Born to be Wilde mardi 20 avril 2004, par |
|
DANS LA MEME RUBRIQUE :
|
En 1984, alors que les Nouveaux Romantiques commencent à virer kitsch et que la new wave est récupérée par des groupes comme Duran Duran, Simple Minds et Spandau Ballet, la découverte de The Smiths est assimilée à une résurrection. Un journaliste français dira fort judicieusement au sujet de cette période : « (...) heureusement les Smiths n’allaient plus tarder à arriver et à nettoyer toute cette saleté ». Outre l’unanimement acclamé album éponyme et un Strangeways here we come accouché dans la douleur, le groupe nous a laissé Meat is murder et The Queen is dead, deux authentiques chef-d’œuvres dont on mesure difficilement l’énorme impact aujourd’hui. La Reine n’est pas morte, The Smiths bien… Mais pas dans nos cœurs ni nos esprits.
Dégoûtés par les horreurs du rock progressif, les poses de frimeurs des dinosaures du rock et par l’invasion de l’infâme disco sur les ondes, les punks ont donné un énorme coup de pied dans la fourmilière, avec les conséquences que l’on sait. Après un tremblement de terre ou une guerre, il faut reconstruire. C’est au départ de Manchester, avec Joy Division, qu’une nouvelle scène (appelée par le terme générique « new wave » qui deviendra vite passe-partout) va voir le jour. Il ne faut que quelques années pour que tout reparte en couilles. Synthés pachydermiques, poses ridicules et parodies honteuses du glam de Roxy Music sont près de tout foutre par terre. L’esprit du rock des années 50 et 60 est-il définitivement mort et enterré ? Non ! Steven Morrissey, Johnny Marr, Andy Rourke et Mike Joyce, quatre jeunes prolétaires de Manchester, vont en faire la vibrante démonstration. Les bases sont posées avec The Smiths et le clou est enfoncé avec Meat is murder, qui sort chez Rough Trade en 1985 et cause un nouveau petit séisme dans la conservatrice Angleterre thatchérienne. Mal accueilli par l’establishment, l’album prend directement la première place du hit-parade anglais et porte haut l’étendard du rock indépendant, déjà ravivé par Echo & The Bunnymen, The Cure et quelques autres... Issu de Moss Side, le quartier irlandais de Manchester dévasté par le chômage, le jeune Morrissey fréquente un collège très dur où les punitions corporelles sont encore d’application. Humiliations et violences font alors partie de son quotidien. Il choisit d’exorciser cette période douloureuse dès la première plage de l’album, avec The headmaster ritual, dont les paroles sentent bon le réglement de compte : « les écoles de Manchester sont dirigées par des goules belligérantes, des salauds, des mollusques à l’esprit fermé » (« Belligerent ghouls run Manchester school, spineless bastards, cemented minds »). Le propos est imagé et transpire toute la frustration accumulée. Malgré son texte empli de haine et de dégoût, Morrissey chante sur un ton extrêmement mélodieux. Nul besoin d’hurler quand les idées sont énoncées clairement et argumentées intelligemment pourrait être le message transmis à ces messieurs du hard-rock ou du heavy-metal. Morrissey évoque les tortures physiques avec amertume mais sans durcir le ton. Pour lui, ces profs qui se font appeler Sir sont tout simplement jaloux des jeunes (« Sir lead the troops, jealous of youth, same old joke since 1902 »). Inutile de le préciser, toute la jeunesse britannique, encore soumise à un système scolaire très strict, se retrouve dans ces paroles et ne tarde pas élever Moz, déjà ainsi surnommé, au statut d’icône. Et la musique me demanderez-vous ? C’est une belle leçon de rock’n roll, sans artifices ni électronique, tel qu’il fut pensé par les pionniers du genre, avec cette petite touche en plus qu’est l’inimitable jeu de guitare de Johnny Marr. Rusholme ruffians, deuxième plage, est d’ailleurs d’évidence influencé par Elvis Presley. Le son rockabilly et la guitare acoustique forment un tout fort proche de (Marie’s the name) His latest flame, un hit du King sorti en 1961. A tel point que le groupe jouera parfois His latest flame en intro lors de concerts. L’énorme influence d’Elvis sur les Smiths ne sera jamais démentie, Morrissey allant jusqu’à choisir une de ses photos pour la couverture du 45 tours de Shoplifters of the world unite. La sincérité totale des textes interpelle autant qu’elle dérange. Lecteur inconditionnel de l’esthète Oscar Wilde (Portrait de Dorian Gray), Morrissey se retrouve bien dans ses personnages de dandys torturés, à la sexualité ambiguë et à la sensibilité exacerbée. Certaines paroles peuvent prêter à sourire, mais Moz n’en a cure. Sur le vibrant single How soon is now (ce titre emblématique des années 80 a fait l’objet d’une reprise par le duo russe t.A.T.u. et est utilisé comme générique de la série américaine Charmed), emmené par une guitare lancinante, il s’apitoie sur son sort et sur sa « timidité d’une vulgarité criminelle ». Il chante qu’il a « juste besoin d’être aimé, comme n’importe quel autre humain » et parle d’une sortie en club où « tu sors seul, tu rentres seul, tu pleures et tu as envie de mourir ». Que d’adolescents solitaires ont dû écouter ce titre en fin de soirée ! Sur le plus léger That joke isn’t funny anymore, il clame le plus sérieusement du monde que « quand on rit des gens qui se sentent seuls, leur seul désir est de mourir »… Et ça ne le fait pas rire du tout. Cette sensibilité à fleur de peau lui vaut à l’époque une réputation d’homosexuel. S’il n’a jamais accepté de se prononcer sur la question, jugeant à juste titre que sa sexualité ne regarde que lui, Moz se dévoile volontiers en chanson. Ainsi sur I want the one that I can’t have, aucun doute n’est plus permis quant à ses préférences. « Un gamin qui ronge parfois ses ongles et qui a fait de la prison parce qu’il avait tué un policier à 13 ans » serait l’être désiré mais inaccessible (car hétéro) dont il est question dans le titre. Il décrit combien le désir de cette personne tourne à l’obsession et conclut sur le sans équivoque « A double-bed and a stalwart lover, for sure these are the riches of the poor » (« Un lit double et un amant bien bâti, ce sont les richesses du pauvre »). Violence à l’école (The headmaster ritual), violence en rue (Rusholme ruffians), violence à la maison (Barbarism begins at home), toute forme de violence dégoûte le fragile Morrissey. Ainsi, la plage titre, Meat is murder, est un plaidoyer végétarien qui qualifie de meurtre la consommation de viande. Le bruit des appareils d’abattage et des cris de vaches mises à mort servent d’intro à cette superbe chanson, intense et émouvante, accompagnée par une très belle partie de piano et relevée par un chant sincèrement touché, presque sanglotant. C’est sur cette note triste que s’achève Meat is murder, un album majeur traitant de sujets sérieux avec des mots simples et sans faux-fuyants ; une œuvre pleine d’introspection, de fragilité et de sensibilité, à des années lumières du rock machiste et agressif.
|
|||
|
|
|
Il y a 5 contribution(s) au forum. The Smiths : "Meat is murder"
(1/4) 2 janvier 2007, par nericj The Smiths : "Meat is murder"
(2/4) 23 décembre 2006 The Smiths : "Meat is murder"
(3/4) 16 novembre 2005, par Mathilde > The Smiths : "Meat is murder"
(4/4) 25 avril 2004, par Vic Van Kerrebroeck |
The Smiths : "Meat is murder" 14 avril 2008 [retour au début des forums] il chante ce que lui fait ressentir cette société.Et je pense que certaines vérités dérangent.Ses textes et ses musiques ne sont pas pour un public populaire(commercial),mais pour une oreille plus fine,plus sensible.Ils voulaient qu’il leurs ressemble,Il ne se reconnait pas là dedans.Tout le monde ne peut pas aimer la musique de chambre,le baroque,le trash etc..mais ses chansons ne sont pas molles,fades ou ennuyeuses.Tu ne peut pas les comprendre,c’ est pour cela que tu ne ressens que du dégout.Il est ce qu’il est,avec ses défaut et ses qualités,ses forces et ces faiblesses.Sa musique complète sa voix, et sa voix,apaisante étoile filante de tendresse, vient se poser sur ton coeur,elle complète ses textes vrais,sincères.Meat IS MURDER,il fallait que quelqu’un la fasse.Ces pauvres animeaux méritaient au moins ça.
|