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The Jesus & Mary Chain : "Psychocandy" Les sucettes à l’absinthe vendredi 14 septembre 2007, par |
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On ne compte plus les formations qui leur doivent tout : My Bloody Valentine, les Stone Roses, les Pixies, le Black Rebel Motorcycle Club et bien d’autres ont rendu hommage comme ils le devaient à ce groupe volcanique. Les Jesus & Mary Chain, rassemblés autour des frères Reid, ont marqué indirectement - entendez : par leurs successeurs - l’histoire du rock comme peu d’autres formations ont réussi à le faire. On peut d’ailleurs identifier leur parcours à celui du Velvet Underground : incompris, voire même boudés de leur vivant, il n’est pas un groupe aujourd’hui qui n’aimerait se réclamer de leur héritage.
Très tôt, ce groupe écossais s’était fait remarquer pour ses prestations scéniques hors-normes. Souvent très courtes et de préférence jouées devant un public clairsemé, les plus extrémistes d’entre elles se présentaient tout simplement comme une interminable onde sonore, entrecoupée de larsens déchirants et de distorsions diverses. A l’instar d’autres pionniers provocateurs comme Suicide, ces concerts virèrent d’ailleurs à plusieurs reprises à l’émeute, le public refusant d’accepter qu’on se paye sa tête de cette façon. La violence des frères Reid, amateurs de LSD et grands destructeurs de matériel, n’arrangeaient rien à l’atmosphère survoltée en vigueur lors de leurs apparitions. A l’exception peut-être des Sex Pistols, rares sont les groupes britanniques à avoir généré autour d’eux une aura à ce point sulfureuse. Pour en revenir à leur légende, les Jesus & Mary Chain sont tout bêtement des pères fondateurs et Psychocandy, une pierre angulaire du rock des trente dernières années : je-m’en-foutiste Shoegazing avant l’heure, pas encore totalement désenglué de la new wave mais acceptant déjà le principe des mélodies sur lesquelles ses grands frères punks pissaient avec bonheur. En combinant de lumineux gimmick pop spectoriens et une texture sonore nettement moins tendre - réverb’ à tous les étages, guitares acérées, lignes de basse engourdies et rythmique simple et hypnotique de Bobby Gillepsie (futur Primal Scream) - les Jesus & Mary Chain donnent naissance à un mutant magnifique, presque trop pionnier pour son époque. Plongeant de déflagrations punks que leur muraille de guitares saturées rend inaudible (In a hole, The living end) en mélodies doucereuses plombées par le chant sépulcral de Jim Reid, inexplicablement glacial et chaleureux en même temps (Cut down, Sowing Seeds,...), Psychocandy installe son humeur cynique et vénéneuse dès la première de ses quinze courtes compositions. Le côté répétitif des morceaux range les Jesus & Mary Chains parmi les pourvoyeurs d’ambiance plutôt que parmi les géniteurs de morceaux immortels. Tout juste dresse-t-on une oreille connaisseuse pour les balades Just like honey et Some candy talking, indémodables et délicieusement glauques. Quoi qu’il en soit, il est vain de chercher une créativité de tous les instants ou des pop-singles clairement différenciés. La colère punk et la douceur pop, la spontanéité et la recherche, les sonorités les plus rugueuses et les plus sucrées, les guitares fuzz massacrées par un ingénieur du son revanchard et les accords les plus naïfs, le tout au service d’un marasme faussement enjoué... Psychocandy est un chef-d’œuvre intemporel et inclassable, un piège mortel pour chaque auditeur potentiel, de l’amoureux de Beach Boys horrifié par la tension rentrée qui s’en dégage à l’amateur de sonorités plus brutales, inévitablement déstabilisé par la fausse rêverie de la majorité des compositions. Tendances manichéennes s’abstenir ! Ondoyant et insaisissable, Psychocandy est une plongée vertigineuse au cœur d’infinies nuances de gris, un prédateur d’apparence inoffensive mais dont, au fil des écoutes, on ressort de moins en moins indemne. |
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