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Simple Minds : "Empires and dance"
Le rideau de fer

samedi 30 décembre 2006, par Albin Wagener

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La carrière musicale des Simple Minds est traditionnellement considérée comme l’exploitation mercantile d’une série de tubes à partir du milieu des années 80, suivie dans les années 90 par un vide créatif manifeste qui a fait littéralement disparaître le groupe écossais des ondes radio, les classant ainsi pour l’éternité dans le petit tiroir bien rempli des has-been musicaux. Ainsi, la plupart des gens ne sont absolument pas conscients du fait qu’au cours de la première partie de leur discographie prolifique, les Minds ont été un groupe avant-gardiste et extrêmement inspiré, à l’origine d’une trilogie froide et sombre dont Empires and dance constitue le deuxième volet.

Entre la foire ténébreuse de Real to real cacophony et les épopées citadines de Sons and fascination, Empires and dance se présente pour beaucoup comme l’album le plus abouti et le plus influent des Simple Minds. L’auditeur a affaire à un album obscur, qui déconstruit ses influences pour mieux les reconstruire dans une sorte de chaos sonore insaisissable et martial, à cent lieues des tubes pour stade, à tel point que l’on peut se demander comment ce quintet écossais à pu être responsable de bombes FM comme Alive and kicking ou Belfast child. Bien éloigné de l’époque la plus commerçante des Minds, Empires and dance présente encore la composition originale du groupe, dont il ne reste aujourd’hui plus que Kerr et Burchill. On retrouve ainsi la basse bondissante et terrestre de Derek Forbes, les fûts martiaux de Brian McGee et les sonorités torturées libérées par Mick MacNeil. Ce sera par ailleurs le dernier album des Simple Minds enregistré avec cette formation diablement efficace.

A moult égards, les morceaux d’Empires and dance semblent être façonnés par des architectes qui fonctionneraient à l’envers, déconstruisant les morceaux pour en faire des ensemble difformes, tombant les statues musicales et les mettant tête-bêche pour présenter la musique sous un angle tellement différent qu’il en devient inconfortable à la première écoute. Inutile ici de chercher un quelconque Don’t you (forget about me) ou un monstre radiophonique du genre : le seul single plus ou moins conséquent issu d’Empires and dance est le mécanique I travel, qui constitue l’introduction aux thématiques de l’album. I travel, premier morceau en forme de claque dans la figure, c’est avant tout l’histoire d’un personnage qui fuit à travers les villes européennes et orientales, cherchant des réponses mais ne collectant que des questions, imposant à l’auditeur un kaléidoscope d’impressions décousues et rapiécées, scandées par un Jim Kerr qui semble hanter l’album du début à la fin. A l’époque, ses textes sont impressionnistes et schizoïdes, tout comme la musique qui semble concentrer en son sein un maelström d’influences à la croisée des albums berlinois de David Bowie, de Kraftwerk et de Roxy Music. La plupart des morceaux d’Empires and dance ayant été composés autour de la section rythmique hypnotique et répétitive de McGee et Forbes, il en résulte un sentiment entêtant d’étourdissement martelant et quasi-militaire.

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Derek Forbes et Jim Kerr

Dans cette mouvance post-moderne, l’apocalyptique et minimaliste This fear of gods place la créativité des Minds à leur sommet. Une créativité largement facilitée par la production influente et originale de John Leckie (Pink Floyd, Magazine ou The Stone Roses, entre autres), qui collaborera ainsi une dernière fois avec Kerr, Burchill, MacNeil, McGee et Forbes. Autre morceau terriblement bauhaus (au sens artistique du terme), le terrifiant Twist/run/repulsion alterne passages lus de la version française du célèbre Lolita de Nabokov (la voix féminine responsable de cette lecture est une collègue de la formation à l’époque, non créditée sur l’album) et déclarations intempestives et névrotiques d’un Jim Kerr fiévreux et incontrôlable. En fait, Empires and dance semble explorer une Europe déconstruite et grise, en proie à une guerre froide ravageuse et cruelle dans son silence imperturbable, ce qui transforme ce troisième album du groupe écossais en une gigantesque chape de plomb sonore, comme sur l’effrayant et fantomatique Capital city, qui semble vouloir tromper l’auditeur dans un refrain faussement joyeux dans ses accords, ou encore le tonitruant Celebrate, qui semble se mouvoir tel un pantin désarticulé par une Histoire lourde et obscure. Inspiré par la lecture du Bhagavadgita, Today I died again comporte précisément le titre de l’album dans ses paroles mystiques et hystériques à la fois, contrebalancées par la lenteur rythmique du morceau.

La plupart des titres de cet album ne sont pas faciles à écouter et comportent bon nombre d’expérimentations, et ce à tous les niveaux : difficile par exemple de retrouver la guitare de Burchill dans se goudron sonore. Tous les instruments figurants sur l’album sont littéralement maltraités, les harmonies musicales sont violées à même les morceaux, et des chansons telles Constantinople line, qui raconte l’histoire d’un voyage en train, ou bien encore le claustrophobe Thirty frames a second, qui relate une crise identitaire blessante d’un individu qui perdrait pied auprès de ses proches, constituent les véritables colonnes vertébrales d’Empires and dance. Le titre lui-même évoque l’ambiance principale des morceaux : des empires tombent, des ruines demeurent, et tout ce qui semble rester est cette danse épileptique laissée par le béton de la section rythmique. Seule l’instrumentale Kant-kino semble présenter une version plus lumineuse de ces ténèbres occidentales, mais elle est vite supplantée par Room, comptine autodestructrice dont les paroles originales parlaient de corps pendus et de sang versé ; Kerr y garde toutefois l’analogie du "razor’s song", et c’est ainsi que l’album se termine dans un huis clos personnel et désespéré, comme lessivé par les voyages successifs et leurs visions déshumanisées sans espoir.

Empires and dance sera le dernier album des cinq musiciens écossais sur le label allemand Arista, qui ne savait que faire avec cet album à l’époque, dont la complexité et l’opacité le rendait difficilement commercialisable. Pour la tournée subséquente à l’album, les Minds s’offriront la première partie du jeune Peter Gabriel. Cependant, l’anxiété prophétique d’Empires and dance influencera bon nombre d’œuvres sonores, et donnera même au groupe gallois Manic Street Preachers l’idée de composer une suite à cette œuvre expérimentale torturée, chargée de passer en revue les démons de l’Europe, à savoir l’inénarrable The holy bible.



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Albin Wagener





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Bollywood entertainment news
(1/2) 7 avril 2014, par hema
Simple Minds : "Empires and dance"
(2/2) 16 février 2008




Bollywood entertainment news

7 avril 2014, par hema [retour au début des forums]

Bollywood actor Aamir Khan says no one calls him a hero in the industry and considers him a “chocolate boy”. ALSO SEE : Aamir Khan speaks about Satyamev Jayate “No one called…
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Simple Minds : "Empires and dance"

16 février 2008 [retour au début des forums]

je cite une phrase de la chronique : "Ce sera par ailleurs le dernier album des Simple Minds enregistré avec cette formation diablement efficace."
FAUX !!!! et les deux 33t qui ont suivi, c’est quoi ??? des disques fantômes ? Non ! cette même formation composée de Kerr/Burchill/McNeil/Forbes et McGee a bien enregistrée 2 autres magnifiques albums en 1981 pour Virgin sous la houlette de l’ex-Gong Steve Hillage.
"Sons And Fascination" et "Sister Feelings Call" (réunis sur un seul CD) sont encore empreints de musique expérimentale et hypnotique mais bien plus lumineuse que sur le plus sombre (et génial) "Empires And Dance".
pour les amnésiques, Simple Minds c’était quand même un groupe à l’avant-garde en ce début des années 80 et pour se replonger dans leur meilleur période, je leur conseille vivement de se procurer "Reel To Reel Cacophony"/"Empires And Dance"/"Sons And Fascination"/"Sister Felings Call" puis dans une moindre mesure "New Gold Dream(81-82-83-84)"

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