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Prefab Sprout : "Steve McQueen" Mélancolies pastel mardi 10 janvier 2006, par |
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De leur épicentre improbable, entre pop savante et bubblegum, les chansons de Prefab Sprout envoyaient leurs signaux à tous les amateurs de musique. Elles n’auront finalement conquis qu’un cercle restreint de fidèles qui se délectent sans lassitude de leurs albums sensuels et secrets. Sorti en plein milieu des années 80, Steve McQueen est sans doute le plus beau d’entre eux.
Il ne faut jamais négliger le discours programmatique d’une pochette. Celle-ci le démontre une fois de plus : une moto en vedette, encadrée par les membres d’un groupe dont les visages fermés et les yeux fuyants semblent rejouer la tragédie du Rebel without a cause, cherchant vainement un objet de curiosité et d’exaltation dans ce monde trop fermé. La scène se joue dans un paysage hivernal bleu, où trônent des arbres décharnés. Et pourtant, il est impossible de trouver le tableau véritablement sinistre, sans doute grâce aux couleurs de chromo qui l’habillent, en particulier sur le pull rose de Wendy Smith. Bleu et rose... Si la voix de la choriste devait avoir une couleur, elle serait une habile alchimie de ces deux-là. Et il en va de même pour la musique de Prefab Sprout, ni joyeuse, ni vraiment triste : amère et nostalgique, elle échappe aux réductions. Les chansons de Paddy McAloon, chanteur, compositeur et parolier, content tortueusement des histoires d’écorchés. Ce sont celles d’un homme qui n’a jamais véritablement accepté son humanité, et qui rêverait d’être un saint à défaut d’être un ange. Et quand il décrit l’amour et le désir, il se montre invariablement déçu, mitigé ou pour le moins perplexe. Il n’y a quasiment que des chansons d’amour sur Steve McQueen. Aucune n’est optimiste. Bonny et Goodbye Lucille #1 sont deux anatomies d’une rupture, Moving the river évoque les déceptions d’un fils prodigue face à ses parents, Horsin’ around parle d’adultère et de culpabilité. Quant aux pièces maîtresses Appetite et Desire as, elles se confrontent au cœur des problèmes de McAloon : l’incompatibilité qu’il perçoit entre le sentiment amoureux et cette « créature au visage de sylphe qui change d’avis » ; le désir, autrement dit. Steve McQueen est le portrait d’un homme pour qui la trahison et le mensonge naissent du sentiment amoureux lui-même, et qui se considère par conséquent incapable et indigne d’aimer. Dans Blueberry pies, il va jusqu’à conseiller à son ancienne petite amie de le dédaigner s’il revient la supplier. Coupés de leur propos musical, ces textes pourraient paraître profondément désespérés. Leurs formules laconiques côtoient le gouffre, l’abîme du silence. « Save your speeches, flowers are for funerals », laisse tomber Paddy McAloon à la fin de Bonny. « Antics ! Every other sentiment an antic/As obsolete as warships in the Baltic », lance-t-il au contraire pour ouvrir le disque, inaugurant ainsi le chapelet de métaphores désolées qui constitue Faron. Et si l’on sourit parfois, c’est en vertu d’un humour noir profondément anglais, qui ne fait rien pour détendre l’atmosphère. McAloon conseille par exemple au pauvre Johnny de Goodbye Lucille #1 d’aller s’engager dans la Légion Etrangère pour oublier sa bien aimée, et conclut sa leçon par un proverbe ironique : « Life’s not complete till your heart’s missed a beat ». L’exploit de Prefab Sprout est cependant d’avoir réussi à vêtir toute cette noirceur d’un costume de rêve. Pop dans ses moindres détails, leur musique dessine une mélancolie devenue suave, délectable, même si elle reste en permanence à la lisière de la fracture. On peut remercier pour cela le producteur de Steve McQueen, Thomas Dolby, golden-boy un peu oublié de l’electro-pop des années 80 qui s’illustra par un petit tube (She blinded me by science) et une série de collaborations prestigieuses et éclectiques : Stevie Wonder, Herbie Hancock, George Clinton, Joni Mitchell et... Foreigner ! Guidés par cet orfèvre mainstream, notre quatuor a fait un pas de géant depuis son premier album, Swoon, un disque où les paroles, déjà sévèrement dépressives (voir une chanson comme Couldn’t bear to be special), étaient soutenues par un accompagnement austère et bizarre. Il s’agissait d’une pop nourrie au jazz et à la bossa, tout entière tournée vers les accords non harmoniques et les rythmes impairs. Si les influences musicales de cet étrange premier disque, qui a ses fanatiques, n’ont pas bougé, le son s’est éclairci et la composition a gagné en clarté et en lisibilité. Désormais, les quatre musiciens de Prefab Sprout mettront un point d’honneur à manier complexité et euphonie. Ainsi, un morceau comme Horsin’ around est moins déconcertant par sa capacité à mélanger des styles musicaux improbables (l’éternelle bossa, le jazz hard-bop, la chanson de cabaret, la bonne vieille pop à la Beatles) en quatre minutes trente, que par son naturel mélodieux, profondément agréable. Les bons disques de Prefab Sprout sont même tellement agréables qu’une oreille distraite risquerait de se méprendre. Les chœurs de Wendy Smith, les nappes de synthé discrètes ou au contraire omniprésentes, les riffs de guitare saluant les sixties, tout concourt à faire de ces morceaux d’immenses tubes en puissance, comme tous les petits bras des années 80 rêvaient d’en concocter. Mais même ainsi, confortables au point de paraître mièvres à certains, leurs mélodies trouvent encore le moyen de courir des dangers inaudibles à qui n’est pas attentif. Il faut écouter ce que joue Neil Conti, le batteur, sur Appetite, la façon dont il se débrouille pour marquer des temps irréguliers dans la mesure, sans empêcher le morceau de tenir ses promesses pop et de ravir par son millefeuille de chœurs. Chaque chanson du disque a en fait plusieurs dimensions : une face lumineuse qui satisfait les amateurs de couplets bien construits et de refrains efficaces, une face savante qui trouve un nouveau destin à la grammaire du jazz et une dernière beaucoup plus sombre, qui est évidente dès qu’on écoute les paroles. Cette polyphonie, presque paradoxale, est évidemment un atout de plus pour souligner les ambiguïtés de l’amour, ses joies et ses peines qui s’engendrent mutuellement. On pourrait écrire encore des pages et des pages, accorder un instant à When love breaks down, le petit succès du disque, ou à Moving the river, deux morceaux remarquables de soul décalée. On pourrait longuement s’interroger sur les cinq minutes hantées de Desire as ou sur le profane Hallelujah... On préfère laisser au curieux le soin de découvrir le charme discret de cet album, qui s’installe pour longtemps dans les habitudes et dans les platines. Un dernier détail : les Américains ont eu droit à une version rebaptisée Two wheels good, avec trois sympathiques morceaux supplémentaires. A bon entendeur... |
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Il y a 21 contribution(s) au forum. Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(1/14) 17 novembre 2011, par Wowo71 Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(2/14) 21 mars 2009 Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(3/14) 4 octobre 2008, par jp Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(4/14) 7 septembre 2007, par johnny Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(5/14) 6 avril 2007 Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(6/14) 22 novembre 2006, par sg Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(7/14) 18 novembre 2006, par flo Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(8/14) 23 septembre 2006, par Jack Marcheur Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(9/14) 4 septembre 2006, par Zout Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(10/14) 11 janvier 2006, par Jéj Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(11/14) 10 janvier 2006, par Sim Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(12/14) 10 janvier 2006, par Gérard Meanvussat Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(13/14) 10 janvier 2006, par Paipone Prefab Sprout : "Steve McQueen"
(14/14) 10 janvier 2006, par jp |
Prefab Sprout : "Steve McQueen" 11 mars 2007, par BEAUDOUIN FRANCK [retour au début des forums] Je ne trouve pas que les FiVE GUYS... soient supérieurs à Préfab mais j’aurais bien aimé qu’ils fassent d’autres albums on est d’accord, mais à priori après leur 1er LP ils ont disparus de la circulation, isn’t it ? Prefab Sprout : "Steve McQueen" 19 juin 2007, par dominique [retour au début des forums] je suis un fan de prefab sprout et je dispose de 4 album dont 1 sorti après steve mc queen qui s’appelle Jordan the come back qui date de 1990... je vous le conseil... Pour en savoir plus, voici mon adresse mail : domgwenraf@aol.com Prefab Sprout : "Steve McQueen" 3 avril 2007, par Thermoboy [retour au début des forums] Oui, leur unique album est d’ailleurs un chef d’oeuvre de pop aux voix mixtes. Où as-tu retrouvé le bassite ? Thermoboy Prefab Sprout : "Steve McQueen" 23 janvier 2008 [retour au début des forums]
pour ceux que ça interesse, j’ai crée un blog sur Five Guys Named Moe.
Prefab Sprout : "Steve McQueen" 1er septembre 2011, par jean-luc boumard [retour au début des forums] i was in love with Five guys named moe
Prefab Sprout : "Steve McQueen" 7 août 2012, par GcVngEIMmUw [retour au début des forums] A Tiny Apartment in Spain By Anna Our previous posts on tiny heouss (here and here) are consistently among our most-viewed posts here at Zero Resource. As I find more
Prefab Sprout : "Steve McQueen" 18 avril 2007, par Ben [retour au début des forums] Une des plus belles pochettes de l’histoire de rock, prompte au romantisme adolescent le plus échevelé. Un des quinze ou vingt disques que j’emporterais sur la fameuse île déserte. Il faut écouter la réédition 2007 avec mc aloon qui reprend certains titres en électro-acoustique (un "when love breaks down" à se damner). L’angleterre en a décidément bien de la chance de posséder de tels talents. Il ne reste plus maintenant qu’à réhabiliter Michael Head, l’ancien des pale fountains.
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