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Peter Murphy : "Should the world fail to fall apart"
Bela Lugosi’s dead

dimanche 4 mai 2008, par Jérôme Delvaux

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Ce n’est pas sans peine que sa maison de disques, Beggars Banquet, a tenté de dissuader Peter Murphy d’utiliser cette hideuse illustration de Carlos Sosa comme pochette de Should the world fail to fall apart. Le chanteur, que l’ont sait attaché à sa liberté artistique comme à la prunelle de ses yeux, a toutefois eu le dernier mot...

Pour son premier album en solo, trois ans après la dissolution de Bauhaus (c’est-à-dire en 1986), Peter Murphy tenait à être maître de chaque détail. Ce refus de la compromission, doublé d’un perfectionnisme de tous les instants, devait d’ailleurs rester son trademark tout au long de sa carrière. The waking hour, le disque qu’il a sorti deux ans plus tôt sous le nom de Dali’s Car avec Mick Karn, l’ex-bassiste de Japan, a été un flop commercial total, boudé tant par le public que par la critique. Pour ses débuts en solo, alors que ses ex-comparses de Bauhaus ont déjà réalisé de très bonnes choses au sein de Tones On Tails puis Love & Rockets, Peter Murphy a hâte de montrer de quel bois il se chauffe. Il s’associe au musicien Howard Hughes (un comparse des Associates), qui compose et produit l’essentiel de l’album avec lui. Il invite en outre une série d’artistes prestigieux à venir les rejoindre en studio. Martin McGarrick de This Mortal Coil vient jouer du violoncelle, et Daniel Ash en personne délaisse quelques instants Love & Rockets pour venir jouer quelques-unes de ses parties de guitares reconnaissables entre mille. Le musicien turc Erkan Ogur joue de la guitare fretless (héritage de la collaboration avec Mick Karn) et du hautbois. Enfin, c’est l’ex-Magazine John McGeoch (qui a entre-temps aussi été le guitariste de Siouxsie & The Banshees), qui vient tenir la guitare sur la reprise du mythique The light pours out of me de Magazine. Cette reprise, peut-être bien la principale accroche de l’album en l’absence d’un single fort, surprend à la première écoute. Pour les puristes, Magazine dispute à Public Image Ltd. le titre de premier groupe de la vague post-punk anglaise. Avec le recul, The light pours out of me, extrait de l’album Real life de 1978, sonne ni plus ni moins que comme du Joy Division avant l’heure. Reprendre un tel morceau s’avère être un exercice ardu, mais Peter Murphy et Howard Hughes, bien secondés par John McGeoch, s’acquittent brillamment de la tâche. Le tempo est ralenti, la basse est plus bondissante et le chant de Murphy, tout en nuances, fait oublier sans trop de mal celle d’Howard Devoto. Final solution, reprise des pionniers américains de Père Ubu, sortie en single, est également très réussie.

Et les chansons originales, qu’est-ce qu’elles valent ? On en dénombre huit et elles sont presque toutes intéressantes. Canvas beauty (Romance version) pèche par le choix de certains arrangements (quelques bruitages irritants en arrière-fond), mais elle ouvre malgré tout l’album de manière plaisante. La basse rappelle inévitablement Bauhaus, mais Peter Murphy inverse la tendance en s’éloignant de ses gimmicks vocaux habituels avec un chant plus apaisé et naturel, loin du rôle de vampire germanophile qui a fait son succès. Sans trop de surprise, l’ombre de David Bowie, son idole absolue, plane sur plusieurs morceaux. A commencer par Should the world fail to fall apart, à la production très typée 80’s. Avec ses violons et violoncelles qui répondent aux synthés et aux percussions, avec un gros solo de guitare qui tâche signé Daniel Ash par-dessus, The answer is clear est peut-être bien le titre qui a le moins bien vieilli. Enfin, l’instrumental Jemal referme l’album avec un piano larmoyant et des influences orientales qui commencent déjà à pointer le bout de leur nez (et que le chanteur concrétisera en 2002, en Turquie, son pays d’adoption, avec un Dust de très haute volée). Des influences que l’on retrouve également sur le planant Never man, qu’on pourrait d’ailleurs prendre pour une première ébauche de Dust, tant les ambiances sont similaires. Je pense que les amateurs de cette période - dont je suis - pourraient bien voir en Never man le meilleur morceau de l’album ; une perle oubliée qui rivalise avec ce que Murphy a fait de mieux, toutes époques confondues. Ni plus ni moins.

Trait d’union entre le rock sombre et torturé de Bauhaus et les albums plus pop que Peter Murphy sortira ensuite, Should the world fail to fall apart est un disque de transition, tout sauf gothique, qui montre différentes facettes du plus sous-estimé des crooners anglais. Imparfait, il n’en demeure pas moins particulièrement attachant.



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Jérôme Delvaux





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Peter Murphy : "Should the world fail to fall apart"
(1/1) 5 mai 2008, par nericj




Peter Murphy : "Should the world fail to fall apart"

5 mai 2008, par nericj [retour au début des forums]

Dire que je l’ai eu cet album .. .. mais je m’en suis assez vite débarrassé ! !
Commentaire de souvenir : comme dit dans les dernières lignes, il y a là une tentative de dérive crooneresque qui en devient cloonesque ! !

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