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Neil Young : "Trans"
Neil bidouille, bidouille, bidouille...

vendredi 2 avril 2010, par Vincent Ouslati

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Autant l’avouer de prime abord, Neil Young n’a pas fait recette avec ce Trans. Il faut dire qu’à l’aube des années 80, notre barde s’est tenté aux nouvelles sonorités de son époque, l’électronique, les voix trafiquées, les pop songs aux allures de sucrettes. Trans se veut un pont entre les déjà très vieilles années 70 et le futur si proche de la décennie 80. Gros bide ? Oh que oui, mais la n’était pas l’essentiel.

Nous avions laissé Neil Young et son Crazy Horse en 1981 nous délivrer un parfait Re.ac.tor, rock brut de décoffrage qui sentait fort sous les bras et démontrait si cela était encore nécessaire tout le bien de l’association. D’autant plus compliqué alors pour l’aficionado lambda d’accepter la bizarrerie que Young va faire paraitre un an plus tard.

Trans est un album qui se veut expérimental, mêlant les origines folk rock du canadien et les sons "révolutionnaires" de la nouvelle décennie. Se limitant parfois à délivrer un rock classique avec en fond quelques bidouilles d’un ringard aujourd’hui criant (We R in control), le Loner est allé plus loin en allant modifier sa propre voix comme sur le justement nommé Transformer man, la faisant méconnaissable, aigüe et spatiale. Bizarre mixture en vérité, il faut oublier tout ou presque avant de faire l’effort d’accepter ce Neil Young robotique, déshumanisé, dansant, popisant ! Ce disque se veut passerelle entre deux mondes, confrontation des temps anciens et d’une modernité qui n’en finit plus de grignoter jusqu’à nos racines. Un témoin aussi vigilant que Young ne pouvait laisser ce thème lui échapper encore longtemps et les années 80 lui donnaient l’occasion d’apporter son analyse un peu naïve sur ces bouleversements.

Faut-il simplement y voir un essai purement commercial ? Certainement pas. Young devra se battre contre tous pour mener à bien ce projet qui porte en lui bien plus qu’un simple caprice. Car les années 80 ne demarrent pas fort pour le Loner, sa femme souffre d’une tumeur, et son second fils démontre les signes d’une maladie mentale sensiblement plus grave que celle du premier. On se tirerait une balle dans le stetson pour moins que ça. Mais chaque épisode de la vie de Neil Young s’achève sempiternellement par un album, il en sera de même ici.

Young souhaite se confronter aux vocodeurs, aux synthés, s’approcher du son de Kraftwerk, et donner de quoi impressionner les futurs Chemical Brothers et autres Daft Punk. Oui, Neil Young, ce barde folk a osé en cette année 1982 telle reconversion, tentation de la nouveauté et manière détournée de communiquer avec ses fils, il comptait filmer un clip pour chaque titre, afin de suivre la narration, David Geffen, effrayé par ces virements de bords continuels, ne lui filera que le minimum syndical en termes de moyens, Young devra se contenter de peu et oublier les clips.

Geffen ne sera pas le seul qui doutera voire se foutera clairement de la gueule de Young, le public, les critiques, notre barde ne sera pas payé de retour vu les ventes qui le ramèneront sur les routes de l’harmonica assez rapidement (totalement absent de cet album soit-dit en passant). Le premier titre de Trans, Little thing called love est pourtant de facture plutôt classique, balade folk bien enlevée dans l’esprit d’On the beach. Mais dès les boucles électroniques de Computer age (qui fut repris par Sonic Youth), l’on se demande si le lecteur CD n’a pas déconné, la voix de Young métamorphosée, le refrain chanté par des androïdes, rhaa ! Cependant, passée la légitime surprise (voire le dégout), il faut admettre que ce n’est pas si mal conçu. Daté, ça l’est, étrange aussi, mais pas si désagréable en vérité.

Voire, dans le contexte de l’époque, cela sonne plutôt frais et agréable. Et dans le contexte personnel, on se retrouve un peu honteux d’avoir raillé ce disque quelques années auparavant. Certes, imaginer Neil Young himself tripoter de la console entre des dizaines de câbles me fait personnellement sourire. Mais le sourire s’évanouit rapidement et laisse place à un profond attachement pour cet homme cherchant par la musique à communiquer avec ses enfants malades. Pas pour faire chialer dans les chaumières mais ça vous apprend à pas trop râler sur votre propre sort.

Le vrai bon bout de réussite reste finalement Computer cowboy. C’est certainement le titre où le mélange des genres a le mieux fonctionné, doté de sa synthèse d’ambiances western et de guerres spatiales. La suite semble au mieux amusante, au pire passablement foirée. Même le long (huit minutes) et groovy Sample and hold reste un cran en dessous. Comme si il s’était rendu compte que Trans n’était qu’un disque expérimental sans lendemain, Young s’est décidé à l’achever par un morceau long de presque dix minutes mais plus conventionnel. Like an Inca voit disparaître les modifications sur sa voix et revient à de simples lignes de guitares et de basses, débarrassé de quelconques attributs "modernes". Il venait de fermer sa parenthèse robotique.

Trans ne sera jamais mieux considéré qu’une curiosité dans la carrière du Loner et il est probable que cet album ne vaut pas une plus grande reconnaissance. Il mérite au moins de temps à autre une discrète écoute, juste pour le plaisir d’entendre un barde luttant contre le summum de la technologie des eighties. Un combat peut-être perdu d’avance, mais la cause était noble...



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Vincent Ouslati





Il y a 49 contribution(s) au forum.

Neil Young : "Trans"
(1/2) 4 septembre 2012, par Sabapaul
Neil Young : "Trans"
(2/2) 8 avril 2010




Neil Young : "Trans"

4 septembre 2012, par Sabapaul [retour au début des forums]

typique pour séries californiennes à piscines, à cocktails et à blondes superficielles, avec tout ce qu’il faut de suaves sentiments, de minauderies vocalistiques et de nez repoudrés. Hotelvergleich

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Neil Young : "Trans"

8 avril 2010 [retour au début des forums]

le brave Neil se prenant pour Ralf Hutter et Florian Schneider à lui tout seul (ou presque). cet album de Young est une vraie bouze infâme. pire que Re-ac-tor !... c’est dire l’ampleur du désastre !!!

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