Pop-Rock.com



Kraftwerk : "Electric Café"
Jus de chaussettes

lundi 14 janvier 2008, par Marc Lenglet

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Bruce Springsteen : "Nebraska"
Yes : "90125"
Bon Jovi : "Slippery when wet"
ZZ Top : "Eliminator"
Laibach : "Let it be"
Duran Duran : "Notorious"
The Police : "Synchronicity"
The Durutti Column : "L.C."
Iggy Pop : "Zombie Birdhouse"
Jah Wobble : "Betrayal (The Legend Lives On...)"


Souvent considéré comme l’album le moins abouti de la discographie de Kraftwerk, Electric Café, en 1986, fut également le dernier disque à sortir avant que le groupe allemand ne se cloître en studio pour près de quinze ans, s’y livrant à ses savantes expériences électroniques à l’abri des regards indiscrets. Dommage qu’Electric Café, à trop chercher à s’ancrer dans son époque, soit très loin de laisser la même empreinte historique que ses prédécesseurs.

Après la parution de Computer world, Kraftwerk se mit immédiatement à travailler sur du nouveau matériel, initialement baptisé Technicolor, puis Techno Pop. Un premier single, Tour de France, eut même le temps de voir le jour courant 1983 avant que par une tragique ironie, Ralf Hütter ne soit victime d’un très grave accident cycliste. L’enregistrement fut immédiatement abandonné et Capitol Records n’eut d’autre choix que de faire patienter le public en ressortant Autobahn. Lorsque Hütter fut capable de reprendre le chemin du studio Kling Klang, beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts et l’évolution implacable de la technologie avait rendu les maquettes de Techno Pop résolument obsolètes. Craignant que la sortie de l’album dans cet état puisse remettre en cause leur statut de pionnier de l’électronique, Kraftwerk reprit tout le travail à la base, choix courageux qui se traduira notamment par le passage d’une technologie d’enregistrement analogique à une technologie digitale. Malgré ces belles promesses, Electric Café s’avère pourtant un album insignifiant, qu’on écoute par simple curiosité sans lui manifester beaucoup d’intérêt.

Il semble que Kraftwerk ait commis plusieurs erreurs stratégiques durant sa conception. Tout d’abord, le pionnier allemand n’a sans doute pas daigné prendre la mesure du fait que le synthétiseur était devenu l’instrument par excellence des années 80 et qu’il devenait donc de plus en plus difficile de se démarquer de ses contemporains à ce niveau. L’utilisation des claviers se montre pourtant raisonnée et parfaitement maîtrisée, mais on n’y retrouve plus l’audace et la prise de risques qui avaient si longtemps caractérisé leurs productions. Deuxième carence à déplorer : l’absence dommageable d’une vision globale qui aurait donné du sens à ces nouvelles expérimentations. Alors que la mobilité et le voyage sur Trans-Europe Express et l’informatisation naissante sur Computer world avaient fait mouche, on peine à déterminer le concept dominant que Kraftwerk a souhaité développer ici. Pour ne rien arranger, les morceaux ne sont pas particulièrement inspirés. A commencer par cet enchaînement de trois pistes (Boing boom tschak, Techno Pop et Musique non-stop) difficilement dissociables, qui forme en définitive une longue variation sur le même thème plutôt pesante, et Sex object qui tente de chasser sur les terres du hit-single synth-pop sans y parvenir le moins du monde. On retirera de ce triste constat The telephone call, plutôt original dans sa manière de réutiliser les sonorités d’un appel téléphonique, voire même le single Electric Café, simpliste mais potable.

L’album de trop pour Kraftwerk ? Peut-être pas. Tout n’est pas à jeter non plus sur cette production relativement concise. Mais pour la première - et dernière - fois, Kraftwerk n’arrive pas à surprendre et semble même plutôt dépassé par les événements. Electric Café ne se démarque malheureusement pas vraiment d’une production electro-pop banale de ces années-là.



Répondre à cet article

Marc Lenglet





Il y a 70 contribution(s) au forum.

Kraftwerk : "Electric Café"
(1/3) 16 février 2008
Kraftwerk : "Electric Café"
(2/3) 14 janvier 2008
Kraftwerk : "Electric Café"
(3/3) 14 janvier 2008




Kraftwerk : "Electric Café"

16 février 2008 [retour au début des forums]

ELECTRIC CAFE est un disque qui m’a pas mal déconcerté lors de sa sortie initiale, le trouvant comme beaucoup, trop minimaliste et pas assez novateur après une attente de 5 longues années (entrecoupée il est vrai par le maxi TOUR DE FRANCE en 1983), mais avec le temps j’ai fini par l’apprécier et à présent il supplante dans mon coeur le trop surrestimé (à mon goût) COMPUTER WORLD qui m’ennui énormément avec le recul parce que trop monolithique dans son approche et surtout parce que bien inférieur qualitativement au génial THE MAN MACHINE. j’apprécie dans ELECTRIC CAFE, le contraste de la première partie de l’album, plus expérimentale, avec ses 3 morceaux enchaînés et la seconde composé de 3 titres distincts et plus pop (j’adore l’espèce de duel que se livre cette simulation synthétique de cordes classique/guitare-basse sur "Sex Object" !). on retrouve aussi pas mal de sons et de voix samplées dans cet album, ce qui ne semble pas être le cas sur le précédent disque qui se contentait de reprendre les recettes habituelles du groupe.

[Répondre à ce message]

Kraftwerk : "Electric Café"

14 janvier 2008 [retour au début des forums]

Pour ma part, je trouve au contraire qu’avec la pièce maîtresse de cet album (boing boom tschak - techno pop - musique non stop) Kraftwerk a justement su mettre le doigt, voire donner un nom, à une genre musical alors en pleine émergence et qui leur était largement redevable : la musique synthétique simpliste, binaire et dansante qui pouvait s’enchaîner sans blancs jusqu’au bout de la nuit et qu’on appelerait plus tard acid house puis (tiens ?) techno...

Bien sûr, tout au long de son histoire, Kraftwerk n’a cessé de se faire rattraper par ses suiveurs (à la louche : Frankie Knuckles, Arthur Baker, Africa Bambaata, Yello, Art of Noise, Front242 etc etc...) et cela a certainement dû être un dilemme pour le groupe de savoir s’il devait moderniser son son quitte à diluer son identité ou bien rester fidèle à lui-même.

Apparemment, ils ont choisi la seconde option puisqu’en fait de "savantes expériences électroniques", ils ont surtout consacré les années suivantes à digitaliser leur vieux studio analogique qui devait leur paraître extrêmement lourd à gérer, comparé aux possibilités offertes par les nouvelles technologies. Le résultat, c’est qu’il leur a fallu huit ans pour sortir leur album de remixes.

J’avais 12 ans en 86 quand j’ai découvert Kraftwerk avec Booing Boom Tschack et pour moi cela constituait une merveilleuse alternative aux radios mainstream de l’époque qui étaient trustées par des boursouflures fm comme Simple Minds, U2, Depeche Mode, Dire Straits, Don Henley, Tina Turner ou de la pop débile façon Stock, Aitken, Waterman.

Et il fallait les voir à l’AB en 92 avec leurs projections, leurs automates et ces fameux trois mots ("musique"..."non stop") qui tournaient encore en boucle dans la salle alors que les lumières étaient déjà rallumées depuis un bon quart d’heure et que les gens sortaient groggys, la tête pleine d’images aux couleurs criardes.

Aujourd’hui c’est clair, je crois qu’ils n’ont plus grand-chose à dire et ça ne m’intéresserait plus du tout de les voir à Werchter avec un bête laptop et leurs éternels vieux morceaux. Mais ils ont au moins le bon goût de rester discrets, pas comme DM. 

[Répondre à ce message]

    Kraftwerk : "Electric Café"

    11 février 2008 [retour au début des forums]


    Electric Café est,effectivement,moins fort que leurs précédants albums,la référence pour moi étant "Computer World"..Et si Kraftwerk fut le groupe qui inspirera tous ces groupes des debuts 80 (de Human League à Depeche Mode) et jusqu’à la Techno d’aujourd’hui,ils furent surtout innovateurs dans le son,plus que dans les compositions elles-même.De leurs propre aveux,les membres de Kraftwerk voulaient surtout ressembler aux Beach Boys avec un son electronique.Dès lors,comparer D.M à Kraftwerk me parait un peu pernicieux.Je crois savoir que Depeche Mode aimait surtout le concept de pop electronique,mais Martin Gore est surtout un songwriter qui ecrit ses chansons sur une guitare.D’ailleurs,il faut surtout considerer Kraftwerk comme un concept global.Depeche Mode eux,font des chansons qu’ils traitent electroniquement.
    A vrai dire,lorsque j’ecoute "Telephone Call" ou "Sex Object",j’entends plus du Depeche Mode que du Kraftwerk.Nous sommes alors en 1986 et Depeche Mode a deja sorti "Black Celebration",pierre angulaire qui allie veritables chansons et electronique sombre...on sort des claviers aux sonorités "cheap".Ecoutez "Stripped" par exemple et on peut se demander si l’eleve n’a pas dépassé le maître !En verité,je pense que ceci est une "bataille de clochers".Kraftwerk me semble totalement dépassés depuis,même si je les admire toujours autant.Et Depeche Mode continue sur son chemin de stars de la pop (car là ou U2 commence a franchement gonfler,D.M est de plus en plus classe...ceci etant un autre débat).
    Et même si ,pour moi, Kraftwerk sont des pionniers,et dans le panthéon de mes héros,notons que le 1er morceau pop traité par l’electronique uniquement.....c’est pas Kraftwerk.C’est le morceau "Pop Corn" !

    [Répondre à ce message]

Kraftwerk : "Electric Café"

14 janvier 2008 [retour au début des forums]

Merci pour cette chronique plutôt rare, dans la mesure où une requête pour une chronique francophone de cet album ne ramène pas grand-chose. Dommage que le Web n’est pas encore recouvré la mémoire des kilomètre-cube de plumes et de goudron utilisés par "la’ critique à l’occasion de sa sortie en 1986 -pour autant que je me souvienne. Et dommage que vous trouviez utile de resservir les mêmes arguments, fût-ils tiédis par les précautions auxquelles vous oblige le recul, et ces considérations un peu scolaires sur le matos qui gonflent l’honnête homme.

Oui il y a changement de braquet avec cet album. C’est plus du tout le même vélocipède. De l’électro-pop donc (au lieu de...euh...proto-industriel ?). Un peu comme l’ont fait la même année les B-52’s avec un album plus popeux voire susucre.
Il n’empêche, je suis une preuve biologique qu’on peut à la fois :
- adorer les trois Kraftwerk précédents (TEE, The Man-Machine & Computer)
- nourrir une grande tendresse pour Electric Cafe (qui me reposait joyeusement d’une addiction aux contemporains David Sylvian, Siouxsie & the Banshees et Passion Fodder, beaucoup moins sautillants)
- ignorer vaguement les tout premiers
- et détester avec force tout ce qu’ils ont fait après -ce qui me fait dire, compte-tenu du préjudice énorme subi, que le Tour de France m’a tuer.

Pourvu, pourvu que les mecs de Nitzer Ebb ne s’entichent pas du Dakar, ça ça me ferait mal !

[Répondre à ce message]