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Jah Wobble : "Betrayal (The Legend Lives On...)"
Une fulgurance née de la fange

mercredi 7 janvier 2009, par Serge Coosemans

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Aujourd’hui bassiste de sessions aussi respectable qu’inévitable, ambassadeur ubuesque de la world music et de l’ambient intello, à 51 ans détenteur d’un CV amazonien où se croisent la plupart des gros piranhas et des anacondas de l’industrie, John Wardle/Jah Wobble est une figure clé de la musique britannique, dont les lignes de basses profondes et élastiques sont célébrées et copiées depuis plus de 20 ans. Le bonhomme, loin s’en faut, n’a pas toujours fait partie de l’establishment. Copain de biture, de défonce et de bastons de Johnny Rotten et Sid Vicious, premier bassiste alcoolique et camé de Public Image Limited, on lui connaît aussi de sérieux plantages et autres déchéances. Parmi ceux-ci, une fulgurance née de la fange, c’est Betrayal, un premier album partiellement constitué de matériel musical volé à PIL et de reggae cadavérique. Inégal mais totalement culte, le disque a fait un moment la joie de certains DJ’s post-punk, séduits par son minimalisme dansant et ses soundscapes stupéfiants. Il a depuis quasi disparu des radars mais n’en mérite pas moins d’être totalement réhabilité.

Metal Box, le deuxième et très influent album de Public Image Limited, doit plus à Jah Wobble qu’à qui que ce soit d’autre, c’est un fait. Le rock encore très punk du premier a ici évolué vers quelque chose de nettement plus ambitieux : un mélange de dub et d’influences krautrock. L’agression primaire du bouillon punk-rock est remplacée par quelque chose de plus sournois, monotone, répétitif, où priment basses et synthés, où les guitares tentent de surtout ne pas sonner comme les guitares d’alors (aujourd’hui, ce serait plutôt une norme !). Il est notoire que ce disque s’est enregistré dans des conditions pour le moins pourries, petit à petit, sans batteur fixe, sans dire non aux dealers et encore moins aux boutanches ; ce qui accentua crises d’égos et bagarres entre John Lydon, Keith Levene et Jah Wobble.

Durant les sessions de Metal Box, Jah Wobble ne se gêne d’ailleurs pas pour enregistrer des morceaux à son propre compte, fussent ceux-ci à l’origine prévus pour le groupe. C’est officiellement le cas de Beat The Drum For Me, inspiré d’un reggae plutôt classique mais à l’écoute de l’album Betrayal, on serait aussi surpris que le morceau générique n’ait pas lui aussi été piqué à PIL, tant tout ce qui fait la signature du groupe s’y retrouve : texte hargneux, guitares abrasives, rythmique inspirée du dub. Il en va de même pour Not Another et Tales From Outer Space, qui sont des démarquages évidents de Swan Lake et Death Disco. La ligne de basse de The Suit est également réutilisée. Cinq morceaux sur un album qui en contenait à l’origine huit, on comprend que Levene et Lydon aient ensuite trouvé à redire. Lui-même solide tête de lard, Wobble quitte le groupe en 1980, officiellement frustré du manque d’atmosphère créative qui y règne et déçu que ses anciens camarades fassent fausse route.

Il faudra quelques années encore pour que Jah Wobble donne raison à ses propres intuitions artistiques. En 1981, accompagné d’anciens membres de Can, il signe un tube certes mal vendu mais énormément joué en discothèques : l’inusable How Much Are They ? En 1983, rebelote, avec cette fois Snake Charmer, enregistré avec The Edge, Holger Czukay et le DJ producteur François Kervokian. Tout cela fait certes danser et coller des gommettes d’or sur le bulletin mais ne nourrit pas forcément son homme. Dépité du manque de reconnaissance, sans doute également frustré du succès nettement plus conséquent de ses anciens acolytes, Wobble redevient quelques temps Wardle au milieu des années 80, abandonnant totalement la musique, le temps aussi d’arrêter picole et défonce. Il revient en 1986 et accède petit à petit au statut qu’on lui connaît aujourd’hui, en travaillant entre autres avec Eno, Björk, The Orb et bien d’autres.

Qui ne connaît de Jah Wobble que sa world music pataude et clinquante, ses poèmes de William Blake mis en musique et ses explorations du folkore chinois risque donc bien de se briser le coccyx à l’écoute de ce Betrayal aujourd’hui largement oublié. C’est que l’album est pour le moins ludique, couillon même. Le fantôme de Public Image Limited a beau hanter nombre de plages (la version CD compte plus du double de morceaux que le vinyle original, majoritairement des versions déviantes plus tard rajoutées), on n’y retrouve pas cette volonté de malaise, cette lourde paranoïa, qui imprègne Metal Box. Betrayal, "trahison", on peut lire ce titre comme l’annonce de Jah Wobble de renoncer à l’esprit punk tel qu’il se concevait alors. Oser l’électronique (The Normal n’aurait pas renié sa version du Blueberry Hill de Fats Domino), oser le disco (Today Is The First Day... entre Rip Rig et Kid Creole), oser l’humour, la décrispation et, tout simplement, le pur foutage de gueule (Battle Of Britain, ou comment raconter la bataille d’Angleterre comme un match de foot à grands renforts de bruitages d’avions et de mitrailleuses !!!).

Simple idiotie parfumée au ganja pour les uns, disque accidentellement génial et visionnaire pour les autres, Betrayal n’a pas fini de diviser. Il n’en demeure pas moins qu’avec bien d’autres chouchous des DJ’s les plus space et pointus de l’époque, il fait partie de la préhistoire de la dance-music contemporaine. C’est déjà pas mal. Après, si comme moi, il vous fout d’une humeur radieuse à chaque fois que vous y goûtez, c’est clair, vous ne pourrez plus vous en passer !



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Serge Coosemans





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Jah Wobble : "Betrayal (The Legend Lives On...)"
(1/1) 9 janvier 2009, par Jojo




Jah Wobble : "Betrayal (The Legend Lives On...)"

9 janvier 2009, par Jojo [retour au début des forums]

Je ne connaissais Mr Wardle que d’assez loin. Il est grand temps de faire passer ses travaux dans mes trous d’oreilles.

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