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Iggy Pop : "Zombie Birdhouse"
Si vous le trouvez encore, sauvez-le des soldeurs !

lundi 9 février 2009, par Mathieu, mélomane

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The Stooges. Fun House. Raw Power. The Idiot. Lust For Life. Les trois premiers albums des Stooges et les deux premiers solos d’Iggy Pop. Ils font partie de l’histoire du rock et ils ont été réalisés durant les dix premières années d’une carrière qui couvre actuellement cinq décennies. Les albums solos qui ont succédé à cette série gagnante ont souvent été décriés, raillés ou ignorés. Certains, tels que American Caesar ou Brick by Brick ont reçu des critiques favorables, mais aucun n’a bénéficié du crédit qui a été donné à ces oeuvres "historiques". Le disque par excellence qui a été reçu avec scepticisme à l’époque de sa sortie pour ensuite être oublié de tous (son créateur y compris) est Zombie Birdhouse. Je vais tenter de vous expliquer pourquoi ce disque méconnu mérite de figurer au panthéon des grands albums excentriques de l’histoire du rock.

A la fin des années 70, Iggy est sous contrat avec la firme de disques Arista. Il réalise trois disques au cours de cette période. New Values (1979) est un succès artistique. La réalisation de Soldier (1980) est entourée de conflits divers et accélère la fin de l’amitié entre Iggy Pop et James Williamson (guitariste des Stooges à l’époque Raw Power, et producteur de New Values et de Soldier). Party (1981) est réalisé dans le chaos, et la firme de disques vire le producteur-guitariste lors d’une tentative de limitation de dégâts. Le résultat artistique de ces deux disques bâclés n’étant pas du niveau espéré et les ventes n’ayant suivi pour aucun des trois disques (une constante pour une grande partie de la carrière d’Iggy Pop), Arista décide d’arrêter les frais.

Heureusement, Chris Stein, guitariste de Blondie, l’un des grands groupes à succès de l’époque, entre en scène. Il vient de créer un label, Animal, destiné à donner l’occasion aux gens qu’il admire d’enregistrer des disques, non seulement sans aucune pression commerciale, mais en plus avec l’encouragement explicite de quitter les sentiers battus pendant l’enregistrement. Iggy, frustré par ses tribulations avec Arista, ne se fait pas prier deux fois, et s’attelle à la création du disque le plus sous-estimé de sa discographie. Il chante, gémit, grogne, grince, éructe. Tant l’animal que le crooner en Iggy s’expriment, s’essayent à des monologues et improvisent des textes sous l’impulsion du moment. Plutôt que de chanter "juste", il tente de capter et de structurer les émotions qu’il ressent en écoutant les musiciens de studio présents (Chris Stein à la basse et à la production, Clem Burke, également de Blondie, à la batterie, et Rob Duprey à la guitare).

La musique de cette équipe galvanisée par Iggy brille par son enthousiasme et son excentricité. Life of Work est construit sur une ligne de synthé minimaliste qui n’aurait sûrement pas déplu à Suicide, mais au-dessus de cette ligne sont encore posés des voix éthérées, un motif de piano et la voix grave d’ Iggy pour un résultat hypnotique. The ballad of Cookie Mc Bride est l’histoire d’un trappeur, construite sur une rythmique quasi-disco, où Iggy pousse sa voix à la limite de la dissonance. The Villagers est un morceau frénétique contenant un de mes textes favoris d’ Iggy Pop ("we are sneaking peeping toms in revolt against each other"), tandis que Ordinary Bum est une jolie ballade avec un Iggy en mode confessionnel ("lovely games of yesterday have left me with my soul to pay").

Watching the News et Street Crazies, les morceaux expérimentaux qui concluent le disque ont sûrement contribué à éloigner le fan plus conformiste d’Iggy Pop, mais le disque reste une réussite. La pochette exotique (une photo de Iggy lors de son séjour à Haïti) et le titre évocateur constituent l’écrin idéal pour cette œuvre originale de notre iconoclaste favori. Iggy nous offre ici un disque de rock possédé par l’esprit exotica. L’Exotica est un genre de musique américaine des années 50, associé (à tort à mon avis) à l’easy-listening, dont une définition pourrait être "l’ensemble des musiques ethniques issues de mondes et de civilisations imaginaires".

Zombie Birdhouse est la musique du griot de la tribu des Iguanes, peuplade aux dons shamaniques héréditaires se sentant surtout à l’aise dans la jungle urbaine. Zombie Birdhouse, avec sa symbiose parfaite entre son titre, sa pochette et sa musique, est un disque qui stimule notre imagination et la nourrit d’images fortes comme peu de disques y arrivent.

Malheureusement, le succès ne sera pas au rendez-vous. Le disque sera un bide financier total, et Iggy fera ce qu’il a toujours fait, ce qu’il fait de mieux et ce qui fait rentrer l’argent : il ira en tournée. Les différents enregistrements disponibles de ces concerts prouvent que les chansons de Zombie Birdhouse donnent d’excellents résultats en concert et que le groupe qui l’accompagne en tournée est un des meilleurs que Iggy, lui-même en grande forme vocale, ait eus. Mais rien n’y fait. En juillet 1983, à la fin de la tournée, Iggy, épuisé par tant d’années d’excès, de tournées interminables et de travail incessant, se retire du show business. Blah Blah Blah, son album suivant, sortira en 1986. Lors d’une interview de cette période, Iggy reviendra sur Zombie Birdhouse : "Un album amusant qui n’a pas le punch que j’avais voulu lui donner. J’avais compris à l’époque que ma musique devait changer, mais je n’y suis pas arrivé sur ce disque-là."

Inutile de vous dire que je ne suis vraiment pas d’accord avec lui...



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Mathieu, mélomane





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Iggy Pop : "Zombie Birdhouse"
(1/2) 11 février 2009, par Louis St-Jo
Iggy Pop : "Zombie Birdhouse"
(2/2) 9 février 2009, par lkj




Iggy Pop : "Zombie Birdhouse"

11 février 2009, par Louis St-Jo [retour au début des forums]
Je cautionne à 100% la remise en évidence de Zombie Birdhouse !

Totalement d’accord avec cet article. Je réécoute d’ailleurs plus volontiers Zombie birdhouse que The Idiot. J’aime beaucoup la folle liberté qui s’en dégage.

Mon top 5 des albums solo :

Lust for life
American Caesar
Brick by brick (qui comporte à boire et à manger, mais certains sommets)
Zombie Birdhouse
Blah Blah Blah (j’adore le contraste entre le côté léché ’80 et la personnalité d’Iggy)

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Iggy Pop : "Zombie Birdhouse"

9 février 2009, par lkj [retour au début des forums]

Vraiment cela fait plaisir de voir que ce disque n’est pas oublié de tous. "Zombie Birdhouse" a été réédité en 2003 avec en bonus un excellent concert à Toronto lors de la tournée en 1982. En plus le son est bon, ce qui est plutôt rare avec les live de l’Iguane.

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