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Eyeless in Gaza : "Back from the rains"
Un sac de billes

dimanche 17 juillet 2005, par Albin Wagener

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Je vais laisser choir la casquette du chroniqueur, parce que le disque dont je vais vous parler aujourd’hui réveille bien trop de souvenirs et de ressentis pour pouvoir en disséquer les rouages et la production de façon classique. Laissez-moi plutôt vous raconter ce qui peut se passer dans la tête d’une personne qui écouterait ce fabuleux Back from the rains, bien loin des premières expérimentations de Photographs as memories ou Caught in the flux.

Des champs en Europe du Nord. L’automne ou le printemps, peu importe : une saison entre deux, lorsque les giboulées se font parfois trop pressantes et que le vent fouette les hautes herbes par vagues. Un enfant arpente une rue qui longe ce champ, avec de l’autre côté quelques maisons paisibles. Il tient dans sa main la pomme que sa mère lui a donnée avant d’aller à l’école en ce début d’après-midi. La brise fraîche caresse ses joues roses, il sait savourer ce moment comme aucun autre, mais il ne sait pas encore qu’il ne pourra plus savourer ce genre de moments avec autant de clarté lorsqu’il aura vingt ans de plus. Tout paraît aller à son rythme, sans se presser : le vieux chêne se dresse à l’horizon comme un gardien naturel de ce ciel gris entrelacé de toiles bleutées. Sur le chemin de l’école, l’enfant bondit parfois de flaque d’eau en flaque d’eau.

Ce disque est bourré de moments aussi éphémères et délicats que celui-ci. Twilight, c’est lorsque l’enfant regarde le soleil se coucher au loin, derrière le champ, tandis que les dernières voitures ramènent du centre commercial des familles entières. Au loin, des nuages se reforment à nouveau, et la pluie risque de retomber bientôt, c’est Flight of swallows. Il règne un parfum d’Angleterre, de Benelux ou d’Allemagne, de Pink Floyd assagi, de Talk Talk paisible. Tant que le soleil joue à cache-cache avec les pensées de l’enfant, tout va bien. Aucun loup, aucun croque-mitaine ; juste des berceuses comme Lie still, sleep long. La voix de Martyn Bates, c’est le marchand de sable qui passe. L’hiver, les forêts colorées, tout se mélange dans Your rich sky.

Mais à côté des pensées de l’enfant, il y a les sorties en ville avec les parents, les broderies d’amitiés encore hésitantes et parfois sincères, des moments d’un New love here naïf et plein d’espoir. Les jours sont des hymnes au soleil qui n’en finit plus de se cacher. Parfois, on a envie d’entamer un voyage, paisiblement, en sortant la tête de la voiture des parents, pour sentir le vent fouetter son visage comme il fouette les hautes herbes du champ d’en face, une sorte de joie volée à l’existence, un Welcome now insolent.

Quand vient le soir, l’enfant s’imagine des histoires, regarde par la fenêtre de sa chambre ou lit quelques pages d’un livre qui semble n’en plus finir. Dans la mélodie délicate de son Evening music, l’enfant se laisse aller et s’invente des avenirs ou des pays qu’il n’a pas encore vus. Il aimerait être écrivain plus tard, ou médecin, ou archéologue, peu importe. Ou il ne sait pas. Les pommes ou les pains au chocolat sont bien plus importants de toute façon. Avec un Catch me, il attrapera ce que le vent du ciel gris déposera devant lui, comme on dépose une feuille morte. Aucune idée de mort, cela ne fait pas partie du monde. L’univers n’est pas si grand, il n’est déjà pas parfait, mais il n’est pas si infini qu’il en a l’air. She moves thru the fair, chuchote cette petite ritournelle traditionnelle. Pas à pas, promenade après promenade, l’enfant jouera encore dans les flaques avec ses amis et passera toujours devant ce champ et son vieux chêne, puis il deviendra un garçon, puis enfin un jeune homme. Alors, peut-être, il se souviendra de ces chansons qui semblaient accompagner l’insouciance de son enfance comme le vent accompagnait doucement les feuilles mortes, en les soulevant parfois, puis en les reposant avec douceur. Les guitares aériennes d’un Sweet life longer, l’enfant ou le jeune homme se blottiront toujours dans ce grand et chaud manteau lorsque le vent semblera désirer livrer un combat avec ce vieux chêne. Tiens, je me demande s’il est encore là, ce vieux chêne.



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Albin Wagener





Il y a 5 contribution(s) au forum.

Eyeless in Gaza : "Back from the rains"
(1/3) 9 juillet 2013, par AlbaJanice
Eyeless in Gaza : "Back from the rains"
(2/3) 4 mai 2007, par Guido
> Eyeless in Gaza : "Back from the rains"
(3/3) 18 juillet 2005, par Jé




Eyeless in Gaza : "Back from the rains"

9 juillet 2013, par AlbaJanice [retour au début des forums]

Gaza est un endroit formidable avec des gens dissertation-writing-help.org formidables qui vivent leur propre vie. Espérons que nous pourrons aider à protéger cette terre. Merci de partager cet essai et nous espérons diffuser ce merveilleux et d’enseignement post.

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Eyeless in Gaza : "Back from the rains"

4 mai 2007, par Guido [retour au début des forums]

Quel plaisir de lire ce texte. Quand je pense que le responsable du site officiel d’Eyeless in Gaza s’obstine à descendre ce magnifique album, "trop commercial", "trop joyeux"...
Merci Albin.

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> Eyeless in Gaza : "Back from the rains"

18 juillet 2005, par  [retour au début des forums]

Voilà qui prend totalement à rebrousse-poil les lecteurs de Pop-Rock : pas de dissection minutieuse du disque, au risque de manquer totalement de précision, pas de name-dropping ni de provocation. Mais quel beau texte, empreint de nostalgie et écrit avec le coeur, chose de plus en plus rare pour un webzine. Je file me procurer le disque en question. Merci Albin.

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    > Eyeless in Gaza : "Back from the rains"

    18 juillet 2005, par Albin Wagener [retour au début des forums]


    voilà qui me fait plaisir... _ :)

    par contre attention : cet album est difficile à trouver. mais bon, sur internet, ça ne devrait pas poser trop de problèmes.

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      > Eyeless in Gaza : "Back from the rains"

      18 juillet 2005, par  [retour au début des forums]


      De rien, c’était sincère.

      Difficile à trouver ? Penses-tu ! Notre mère nourricière, La Médiathèque, pourvoira à mes besoins, comme d’habitude ;-).
      On ne dira jamais assez l’importance de cette chère Médiathèque pour tous les mélomanes curieux !

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