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Camouflage : "Methods of silence"
Trois Allemands perdus à Bruxelles

lundi 10 décembre 2007, par Jérôme Delvaux

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Camouflage a remporté un certain succès dans les charts allemands en 1987 avec le single The great commandment, un tube electro-pop très proche de ce que faisait Depeche Mode quelques années plus tôt. Ce titre était malheureusement perdu sur Voices & Images, un album de qualité inégale, pour ne pas dire faiblarde. C’est désireux de corriger le tir pour son deuxième opus que le trio teuton débarque en 1989 à Bruxelles, chez Dan Lacksman.

Dan Lacksman, c’est bien sûr un membre de Telex, ce groupe electro belge qui s’est fait connaître grâce à des singles comme Moskow Diskow et l’ironique Eurovision (qu’il joua au concours Eurovision 1980, devant un public médusé). Mais Dan Lacksman est aussi un ingénieur du son réputé, qui a travaillé avec les Sparks et une longue listes de trucs moins avouables. En 1989, il reçoit donc Marcus Meyne, Heiko Maile et Oliver Kressig au Synsound, son studio de Laeken. Les trois Allemands débarquent en droite ligne de la région de Stuttgart, avec sous le bras deux titres déjà finalisés par le producteur de leur album précédent. Il s’agit de Feeling down, une chansonnette qui rappelle le Depeche Mode de... 1982, c’est-à-dire leur plus mauvaise période, et du single Love is a shield. Si vous vous souvenez de Vice et versa, la parodie de new wave des Inconnus (mais si, comment oublier ces paroles inoubliables : « Être ou ne pas être, telle est la question sinusoïdale de l’anachorète hypochondriaque »), et bien disons-le, c’était musicalement très proche de Love is a shield. On a là une synth-pop qui se veut mélancolique mais qui a tout de même fameusement tendance à faire sourire tant elle sonne datée. Et que dire de ce refrain : « Love is a shield to hide behind. Love is a field to grow inside. » ? Imaginez le même texte chanté en français et vous avez quelque chose d’encore pire que Les Inconnus : L’amour est un bouclier pour se cacher derrière. L’amour est un champ pour grandir dedans. Vous me direz que certaines chansons des Beatles ne volaient pas plus haut et vous aurez raison. Mais Lennon et McCartney n’avaient pas cet embarrassant accent allemand, eux. Marcus Meyne fait sans doute de son mieux, mais il a bien du mal à cacher ses origines germaniques, le bougre. C’est un peu comme ces rockeurs belges qui chantent dans la langue de Shakespeare avec un accent de Nivelles ou de Braine-l’Alleud : ça fait tache.

Mais revenons à Dan Lacksman. Celui que Danny Mommens (Vive La Fête, dEUS) a surnommé Relax Man voit donc arriver ces trois Germains en chemises à fleurs (ah oui, parce qu’en plus, à cette époque, ils avaient un sérieux problème de look) avec deux chansons terminées, dont Love is a shield, qui est censée être le tube qui va booster l’album. Après quelques virées pas trop sages dans Bruxelles, ils enregistrent huit titres supplémentaires : une bonne chanson (Anyone) et sept plages d’un remplissage franchement honteux. Malgré une intro à nouveau dans un style auto-parodique, Anyone sauve la mise grâce à de belles mélodies et un refrain efficace. Marcus Meyne se prend toujours autant au sérieux dans son rôle de poète romantique, mais on passe malgré tout un bon moment. Pour le reste, il n’y a pratiquement rien à retenir sinon, pour l’anecdote, deux titres en rapport avec Bruxelles. Les rues, tout d’abord, où Michel Moers (de Telex) lit un texte en français accompagné par une poignée de musiciens locaux et Dan Lacksman à l’orgue. A l’écoute des violons et violoncelle, on a beau chercher le rapport avec la pop électronique de Camouflage, on ne voit pas. Lacksman devait être tellement désespéré par la pauvreté des compositions du groupe qu’il a improvisé un morceau de son cru pour remplir le contrat. C’est ensuite un laid instrumental de trente-six secondes, intitulé Rue de Moorslede, qui clôture l’album.

Alors voilà, plutôt que de se contenter de sortir Love is a shield en single, Camouflage a pu compter sur les services d’un producteur belge pour vendre un album complet. Ironie du sort, Methods of silence sera distribué un peu partout dans le monde sauf en Belgique. Autant dire qu’on préfère se souvenir des séjours bruxellois prolongés de Tuxedomoon, Minimal Compact et autres Echo & The Bunnymen. La suite de la carrière de Camouflage sera, fort heureusement, plus inspirée. On ne peut pas en dire autant de celle de Dan Lacksman. Entre des albums de Telex de plus en plus bâclés (How do you dance ?, le dernier en date, étant le plus insipide de tous), il a produit Frédéric François, Frank Michael, Clouseau et Chantal Goya. Chapeau l’artiste !



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Jérôme Delvaux





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Camouflage : "Methods of silence"
(1/1) 15 février 2009, par dolby




Camouflage : "Methods of silence"

15 février 2009, par dolby [retour au début des forums]

Rarement lu une critique aussi confuse et remplie de demi-vérités.

Dan Lacksman à produit plus de hits à travers sa carrière multi-diversifiée que tu es capable de compter grâce à l’aide de tes dix doigts. Le critiquer pour avoir collaborer avec des artistes que TU n’apprécies pas est tout simplement preuve d’une pauvreté d’esprit allarmante. T’as déjà été gestionnaire/producteur/compositeur d’un studio d’enregistrement, toi ?

En ce qui concerne Camouflage, je ne sais même pas où commencer. Tu n’aurais pas été un assistant de studio d’enregistrement mal-payé à Laeken, par hasard ?

Tu baves la frustration, pauvre Jérôme.

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