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Anne Clark : "Joined up writing" Everybody has a weapon to fight you with vendredi 30 octobre 2009, par |
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Je tire mon sous-titre du dernier morceau de ce court album, Our darkness, qui est l’un des plus réputés de la compositrice. Encore qu’il faille préciser que les petites foules qui se dandinaient là-dessus dans les caves branchées (câblées préconisera peu après Mitterrand, François) eussent été sciées, si non désenchantées, à l’écoute de l’album intégral, tant l’œuvre est transgenre, un peu âpre voire a-musicale.
Car Anne Clark ne "fait" pas de la musique : elle écrit des poèmes enrobés de sons, décrit des régimes où menace à chaque instant l’incident dépressionnaire et balance des slogans à visée intimiste pour urbains électrifiés (lire Sleeper in Metropolis, autre succès, sur l’album précédent). Il se trouve juste que les climats où ses textes s’inscrivent peuvent tour à tour être dansants (sans être festifs) et précurseurs de mélodies qui, pour être pourtant à peine esquissées, sont foutues de vous escorter toute une journée –je pense à Killing time, qui fendrait le cœur à la dernière atterrie des météorites. La poésie réclame du rythme. Elle n’exige que cela. On en trouvera du rythme ici pour sertir celle de la dame, qui se garde bien de chanter, et la marteler de manière quasi martiale : ça pointe, car rien n’est évident, sur Weltschmerz. Et la poésie rigole rarement, sauf dans le cas particulier de la contrepèterie - et puis d’ailleurs, qui avait envie de rigoler en 1983 ? Ce n’était même pas à la mode… et la Maggie, le cancer gay et le Reagan décimaient je rappelle, un peu en vrac. Pourtant, loin d’être brumeux les textes sont limpides, bien plus clairs que ceux d’une Laurie Anderson par exemple, dont le propos contemporain tenait plus de la performance à la Warhol. Anne Clark ne verse pas dans l’effet visuel, Self destruct en convient : "The grit in your eye soon enters your heart / And all that was strength is just falling apart / We’re jumping from one bed and into another / Searching for something that we’ll never discover / Never discover" (*). Optimiste n’est-ce pas ? intello ? non plus ! Convenons juste que même un froggy de onze ans peut comprendre ça (allez donc me chercher un têtard pour voir). Musicalement parlant (quand même), c’est visionnaire. Tout aussi cold que This Mortal Coil mais en beaucoup moins asthénique. De nombreux talents des scènes electro qui s’ensuivront ne manqueront pas, en cas d’honnêteté, de s’en prévaloir. C’est à mettre au crédit d’une collaboration plutôt coruscante avec le claviériste David Harrow, rencontré plus tôt au Warehouse Theatre, pépinière avant-garde et post-keuponne, Clark une fois aux manettes de la programmation, où pullulaient des Siouxsie & The Banshees et autres The Durutti Column. Joined up writing (appréciez le clin d’œil à mon arrivée parmi vous, lecteurs petits veinards) est un album daté mais je devrais dire millésimé pour évacuer ce qu’il y a de péjoratif dans le terme. Au demeurant, ce n’était le clin d’œil j’aurais pu choisir l’un ou l’autre des deux précédents LP et bien des suivants. Anne Clark, même aujourd’hui, même en écoutant Terence Fixmer ou Telepathe, me paraît inévitable un jour ou l’autre. The smallest acts of kindness, sa dernière contribution parue en 2008, ne déroge pas à la règle. Il convient d’écouter celui-ci ou celui-là les matins calmes, pour appréhender la vie qui va qui vient sans impatience et désenchantement excessifs - avec menus plaisirs, cérébralité et distanciation nous préférons tous ici, semble-t-il. * Soudain une poussière dans l’œil te fait fondre / Et toute ta virilité s’effondre / D’un lit à l’autre nous passons / A la recherche de ce que jamais nous ne trouverons / Jamais ! (trad. franchement libre). |
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