Pop-Rock.com



Alice Cooper : "Da Da"
Welcome to my Dadaïsm

vendredi 12 décembre 2008, par Vincent Ouslati

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Duran Duran : "Rio"
The Chameleons : "Script of the bridge"
Chris Isaak : "Silvertone"
Phillip Boa & The Voodooclub : "Hair"
The Cult : "Sonic Temple"
Faith No More : "The real thing"
Hüsker Dü : "New day rising"
Front 242 : "Official version"
Aerosmith : "Pump"
John Foxx : "Metamatic"


Il y en aura toujours qui ne verront en Alice Cooper qu’un bouffon grimaçant, un type juste suffisamment doué pour rester dans le coup en remaniant son style selon la tendance de l’époque. Mais rarement on verra en lui un vrai talent d’innovation, un bidouilleur curieux qui n’a finalement que le défaut de ne pas s’appeler Frank Zappa pour que les musicologues grincheux ne continuent à mépriser son répertoire pourtant incroyablement riche. Loin de l’immédiateté d’un Billion dollar babies, de la grandiloquence d’un Welcome to my nightmare ou de la putasserie efficace d’un Trash, Da Da paraît bien abstrait, à une période ou le Coop’ est au plus bas à tous les niveaux. Pourtant, si cet album sera un échec commercial, un de plus avouons-le, il n’est en rien un échec artistique.

La naissance de Da Da fut houleuse et non prévue. C’est le gosse non désiré qui aura nécessité de la douleur et des forceps pour paraître en 1983. Alice Cooper, loin des coups d’éclats passés, s’est pris de violents stops dans les gencives avec les disques qui suivirent. Ringard, dépassé par les déferlantes disco et heavy-metal, le public qui attend une musique que son cerveau est capable d’assimiler en deux coups de cuillère à pots se détourne de ce mec bizarre qui remplit ses albums d’expérimentations hasardeuses entre deux vieilleries rock. Le début des années 80 voit un Vincent Furnier mis à mal par l’alcoolisme et par les fours commerciaux précités, le grand maître du shock rock n’a qu’une envie, se mettre à la poterie ou au macramé, mais surtout plus de musique.

La Warner ne l’entend pas ainsi, Alice doit encore un album avant de mettre un terme à son contrat, et la Warner, elle n’est pas du genre tendre lorsque ses petits protégés se rebellent. Bien conscients que le bonhomme, même très diminué a encore du caractère, ils font appel au producteur du fameux Welcome to my nightmare, Bob Ezrin qui enverra en éclaireur dans l’Arizona Dick Wagner, le guitariste des grands moments de la carrière seventies du Coop’. Le but étant de convaincre le jeune pré retraité de se remettre à bosser. Mission accomplie car visiblement désireux d’en terminer de manière élégante avec sa maison de disques, Alice quitte Phœnix pour le fief d’Ezrin à Toronto. Mais est-ce vraiment Vincent Furnier à la manœuvre ? On reconnaît si aisément la patte de la production qu’on pourrait ne voir en Da Da qu’un album de Bob Ezrin avec Alice Cooper crédité au chant. Le peu de motivation de ce dernier expliquant en partie cette impression. De fait, je doute franchement qu’on puisse dire que l’on a ici l’album le plus personnel d’Alice Cooper. Si les textes sont pour certains très imprégnés de ses passages en roue libre, c’est bien la seule chose (avec sa voix, et encore...) qui rapproche cette incongruité musicale de sa discographie passée et à venir.

Le manque de motivation est aussi du côté de la Warner, ce sera de toute évidence un gros bide, et il n’y a aucune volonté de mettre des billions de dollars sur la table pour un disque qui n’intéressera personne ou presque, à l’image de ses deux ou trois prédécesseurs. Le plan marketing ne sera d’ailleurs pas complexe à mettre en place, il n’y en aura pas, encore moins de tournée promotionnelle. Da Da trainera quelques années plus tard la réputation plus ou moins enviable de chef-d’œuvre incompris, l’antithèse de la machine à tubes (quel est le petit enfoiré qui ose dire "Ouais, pas comme Trash ?"). Il fallait vraiment n’en avoir rien à brouter pour oser cette référence aux travaux de Duchamp et de Marcel Breton, il fallait oser cette pochette en hommage à Salvador Dali. Les quelques fans du Coop’ qui étaient en même temps des acharnés des théories déconstructivistes et révolutionnaires du dadaïsme, qui lisaient Tristan Tzara, ça ne courait pas les highways de l’Arizona non plus... Pourtant, les premières écoutes donnent raison à ce choix suicidaire, Ezrin s’en est plutôt bien tiré et propose une remise en cause totale de l’œuvre passée d’Alice Cooper.

Perclus de faux-semblants, Da da est un objet totalement déconstruit, fait de bric et de broc, halluciné et retrouvant un peu le cynisme théatral cooperien, en nettement plus désabusé cependant. De même que les peintures de Dali, on nous offre à entendre les titres sous différents angles. Au rayon des mirages, la batterie n’est souvent qu’une machine, hormis pour certains titres ou c’est Richard Kolinka de Téléphone qui martouille ses cymbales... Vu qu’Ezrin a produit le dernier album en date du groupe français un an auparavant, l’association apparait déjà un peu moins surréaliste.

La longue introduction angoissante, qui se résume musicalement parlant à la fifille Ezrin chantonnant péniblement Da da..., da da... durant pas loin de cinq minutes vous conforte dans l’idée que ce disque méritait le pilon à sa sortie. Ce n’est pas un album de rock, encore moins de hard-rock. Pas vraiment d’hymnes dévastateurs, Dick Wagner est bien là (Enough’s enough) mais pas de quoi vous faire défourailler la air guitar. Puis, l’oreille s’habituant, les drogues aidant, on se prend à apprécier cette totale loufoquerie. On se rapproche du progressif d’un Genesis sans les assommantes démonstrations de Genesis, pas très loin non plus de la pop, de par les refrains peu violents et les claviers Bontempi affolants de stupidité. Mais ce que Da da perd en agressivité, il le gagne en ambiances. C’est en cela que, si je me permets cette folle audace, m’en fous je me le permets, c’est parfois aussi prenant et vibrant qu’un Welcome to my nightmare. Comme précédemment expliqué, Bob Ezrin a ses marottes, et il faut reconnaitre qu’elles fonctionnent encore bien, le désabusé Former Lee Warmer, avec ses saxos en arrière-plan, est incroyablement poignant, Alice sait faire passer tout son mal-être en une poignée de minutes, c’est d’ailleurs encore ce titre qui passe pour le plus classique selon les critères musicaux habituels. Dislexia replonge dans le grand foutoir, certaines lignes de chant me rappelant avec amusement Toto ! Pourtant, si on ne se donnera pas la peine de lui chercher des tubes, mis à part la grosse blague qu’est I Love America, je bave de plaisir en écoutant Scarlet & Sheba, guitares orientales, refrain fabuleux bien que très peu rock’n’roll, des odeurs de sable chaud qui vous passent par les narines, c’est encore un des titres les plus puissants de cette anticonformiste galette de plastique. Fresh Blood est totalement pop, voire funk, cette histoire lourdingue de vampires totalement en décalage avec la musique est savoureuse de bout en bout. On peut de temps à autre trouver que le son Ezrin est bien trop présent, on pourrait regretter ces claviers kitchs à s’arracher la glotte, cette profusion par endroits de cuivres datées, ces chœurs popissimes. Plus de dépouillement aurait été le bienvenu, mais ce sont bien ces éléments annexes sonores qui donnent à Da Da tout son univers et tout son intérêt, encore aujourd’hui.

A la manière d’une œuvre abstraite vue une première fois, on ne retient de cet album qu’un foutage de gueule odieux, désordonné, incohérent, une grosse arnaque, une merde que même moi je peux faire avec ma peinture à l’eau. Il faut du temps pour habituer l’œil comme l’oreille à quelque chose qui ne fait pas partie des canons de beauté que l’on nous enfonce dans le crâne à longueurs de pages de pubs. Da Da est bel et bien une œuvre audacieuse, un concept album, narrant l’histoire glauque d’une famille de dégénérés et de frangins cannibales. Pass the gun around qui clôture ce qui sera la plus violente branlée commerciale de notre croquemitaine peinturluré devrait être reconnue aujourd’hui comme elle le mérite, à savoir une des compositions parmi les plus belles jamais dénichées dans la discographie d’Alice Cooper (si, si !).

Dick Wagner dira plus tard que Da Da est un des albums les plus sous-estimés du Coop’ et artistiquement l’un des meilleurs ! Vu le peu de royalties qu’il a récupéré dans cette histoire et les qualités indéniables de cet album, on serait tenté d’y croire. Da Da mérite de sortir de la réserve et d’être raccroché bien en évidence dans la discographie d’Alice Cooper. Vingt-cinq années plus tard, il vaut le détour.



Répondre à cet article

Vincent Ouslati





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Alice Cooper : "Da Da"
(1/2) 10 juin 2013, par nicole
Alice Cooper : "Da Da"
(2/2) 12 décembre 2008, par Lemmyke




Alice Cooper : "Da Da"

10 juin 2013, par nicole [retour au début des forums]

Clear Finance and in thẻ bảo hành the directors of Paymatters).

[Répondre à ce message]

Alice Cooper : "Da Da"

12 décembre 2008, par Lemmyke [retour au début des forums]

C’est un des rares albums d’Alice Cooper que je n’ai absolument jamais écouté (avec Zipper catches skin et Flush the fashion). Vais donc combler cet oubli le plus vite possible.
Personnellement, mon album favori d’AC est également l’un de ses plus sous-estimé : From the inside.

[Répondre à ce message]