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Thin Lizzy : "Jailbreak"
Envie d’évasion ?

jeudi 24 novembre 2005, par Marc Lenglet

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Il aura fallu près de six ans pour que Thin Lizzy se décide à durcir le ton, laissant quelque peu de côté les petites touches folk et pop qui le caractérisaient pour se rapprocher du hard-rock qui récoltait alors les faveurs du public. Emmené par l’hymne de stade The boys are back in town, il y récolta enfin le succès qu’il était en droit d’attendre. Ainsi que le rythme de vie excessif qui allait malheureusement coûter la vie au charismatique bassiste-chanteur Phil Lynott dix ans plus tard.

Jailbreak et son excitante ambiance d’équipée chaotique introduit chaleureusement, sous le hululement des sirènes de sécurité, cette galette exceptionnelle dont pas une, je dis bien pas une des compositions ne semble accuser une baisse d’inspiration. Si Thin Lizzy a clairement pris une optique plus fédératrice sur Jailbreak, il n’en a pas pour autant négligé les balades et les simples morceaux de rock mélodique. On ne rencontre ni mièvrerie, ni fatalisme flageolant dans la facette la plus sensible du groupe. Les textes sont, chez eux, travaillés et plus finement tournés que chez la majeure partie des groupes de rock de l’époque. Ce sont de véritables petits récits sentimentaux ou épiques, et non une simple accumulation de concepts enfilés à la suite les uns des autres. La façon très particulière qu’avait Phil Lynott de chanter est également symptomatique de la nature unique du groupe. En s’éloignant de temps à autre des rivages du rock pour adopter des inflexions, parfois franchement soul, parfois proche du style presque déclamatoire de son modèle Jimi Hendrix (dont il copiera malheureusement aussi le mode de vie, mais c’est un autre problème...), Lynott lèguera à son groupe un caractère unique et immédiatement reconnaissable.

On peut être hard-rocker et n’en rester pas moins Celte. Et Phil Lynott, métis afro-irlandais, plonge au plus profond de ses racines gaéliques pour en extraire l’esprit de ses chansons. Même au sein de cet album davantage tourné vers le hard rock classique, l’âme celtique de Thin Lizzy continue de briller sur certains morceaux, tel l’épique Emerald, qui décrit ce qui semble être un de ces interminables affrontements entre tribus celtiques d’autrefois, ou la gracieuse balade Running back. Cowboy song ou le boogie-esque Angel from the coast proposent des mélodies élégantes, brillantes, raffinées, où la quête de finesse semble passer bien avant celle de la puissance et de l’universalité du morceau. C’était cela, Thin Lizzy, et bien davantage : une valse continuelle entre de gros riffs bien carrés et de fins accords scintillants, et un souci du juste ton et de l’harmonie que l’on doit au fantastique duo formé par Scott Gorham et Brian Robertson, dont le doigté et la sensibilité m’ont toujours laissé rêveur. En définitive, bien que ce soient des morceaux comme le flamboyant The boys are back in town qui lui apportèrent la reconnaissance populaire, c’est au travers de ses ballades touchées par la grâce que Thin Lizzy sut faire rejaillir au mieux sa personnalité et sa spécificité, et offrir au monde une démonstration flagrante qu’il n’était décidément pas un groupe comme les autres. A une époque où les dinosaures du rock s’opposaient violemment aux punks en pleine expansion, Phil Lynott était par ailleurs l’un des rares à saluer l’émergence de cette nouvelle manière d’appréhender la musique.

Il est triste de constater que Thin Lizzy évoque très rarement quelque chose au public actuel, alors que tout le monde a déjà entendu parler de Black Sabbath ou Led Zeppelin. Car si Thin Lizzy a peut-être manqué de titres percutants dans sa carrière, et si sa mythologie personnelle reste moins flamboyante que celle des deux autres (l’occultisme, réel ou supposé, a toujours été le meilleur moyen de susciter l’intérêt d’un public pas réceptif à priori à un style musical en particulier), il n’en demeure pas moins qu’à tout point de vue, la formation irlandaise n’a strictement rien à envier aux géants des seventies en terme de génie ou de force d’évocation de son travail. Et comme il n’est jamais trop tard pour partir à la découverte d’un des groupes de rock les plus mésestimés des années 70, vous savez à présent ce qu’il vous reste à faire.



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Marc Lenglet





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Thin Lizzy : "Jailbreak"
(1/3) 28 février 2007
Thin Lizzy : "Jailbreak"
(2/3) 4 juillet 2006, par ovni
Thin Lizzy : "Jailbreak"
(3/3) 24 novembre 2005, par Lemmy




Thin Lizzy : "Jailbreak"

28 février 2007 [retour au début des forums]

Je connais Thin Lizzy depuis 1981. Mon morceau préféré "Whiskey in the Jar". Superbe version... Je la préfère à celle de Metallica.

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Thin Lizzy : "Jailbreak"

4 juillet 2006, par ovni [retour au début des forums]

Un article à la hauteur de son sujet ... et voilà Jailbreak de retour sur ma chaîne .

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Thin Lizzy : "Jailbreak"

24 novembre 2005, par Lemmy [retour au début des forums]

Un disque exemplaire, il est vrai !
Tout comme ceux qui l’ont suivi, d’ailleurs : Johnny the Fox, Bad Reputation, Black Rose ou Renegade (pour n’en citer que quelques-uns) sont autant de disques remarquables).
Mais personnellement, Marc, je recommanderais plutôt l’incroyable ’Live & Dangerous’ aux profanes qui voudraient découvrir la musique de Thin Lizzy. Le groupe (Lynott, Gorham, Robertson, Downey) y est alors à son apogée.
Pour les amateurs de guitare, voici la liste des gratteux ayant jouer un jour avec le grand Phil :
- Eric Bell
- Scott Gorham
- Gary Moore
- Brian Robertson (qui joue également sur un des meilleurs albums de Motörhead - le sous-estimé ’Another Perfect Day).
- Snowy White (Pink Floyd, Roger Waters)
- Midge Ure (Ultravox !!!)
- John Sykes (Whitesnake, Blue Murder, etc.)
Pas mal, non ?

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    Thin Lizzy : "Jailbreak"

    30 novembre 2005, par Red Cloud [retour au début des forums]


    D’accord avec toi, moi aussi je conseillerais le "Life and dangerous".

    Et puis tant qu’à écouter des vieilleries live gorgées de guitares, il y a aussi, par exemple, "Tokyo Tapes" des Scorpions, "One Night at Budokan" de MSG et, bien sûr, "Made in Japan" de Tout-le-monde-sait-qui.

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