Pop-Rock.com



The Who : "Quadrophenia"
Mod attitude

dimanche 10 octobre 2004, par Marc Lenglet

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Black Sabbath : "Sabbath bloody sabbath"
Blondie : "Parallel lines"
Aerosmith : "Toys in the attic"
Deep Purple : "In Rock"
Black Sabbath : "Paranoid"
Pink Floyd : "The Wall"
Janis Joplin : "Pearl"
The Boomtown Rats : "The fine art of surfacing"
Brian Eno : "Here come the warm jets"
David Bowie : "The rise & fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars"


Moins connu que le vénérable Tommy et pourtant infiniment supérieur, Quadrophenia est le second grand opéra rock des Who. A travers l’évocation d’une époque mod pleine de bruit et de fureur, Townshend accouche d’un double-album sur le mal-être adolescent, qui garde toute sa pertinence aujourd’hui. Le mariage de l’ambition, du talent et d’un esprit rock’n roll jamais pris en défaut pour une œuvre emblématique du groupe et de l’époque qui l’a vu naître.

Tout d’abord, rien de tel que de s’installer confortablement pour visionner le film de Frank Roddam, tourné en 1980, afin de bien appréhender le contenu de l’album Quadrophenia. Bien réalisé, bourré d’acteurs très valables, et grisâtre comme tout bon film briton de cette époque qui se respecte, il permet de se plonger dans l’univers violente et frimeur des mods, au cœur des années 60. Jimmy, jeune révolté impliqué à fond dans l’attitude mod, ne vit que pour sa vespa, ses fringues, les groupes de rock qu’il vénère et ses sorties hebdomadaires à Brighton pour se bastonner avec les rockers. Coincé entre un petit boulot ingrat et des parents largués, Jimmy est bien un pur produit de l’adolescence ingrate. Les mods doivent paraître avant même d’être, c’est leur mot d’ordre. Jimmy souffre de cette schizophrénie entre ce qu’il pense devoir incarner et ce qu’il est réellement : un petit gars mal dans sa peau, sans amis véritables, sans relations sentimentales dignes de ce nom. Le coup fatal viendra d’une découverte malencontreuse : que son idole, la cynique et provocante icône mode Ace, n’est, dans le civil, qu’un minable petit groom d’hôtel, payé à faire des courbettes à tous ceux à qui les mods s’obstinaient à ne pas ressembler.

Toutes les règles établies pour les opera-rock sont ici parfaitement au point ; à savoir la reprise périodique des principaux thèmes musicaux de l’album, la réutilisation de textes sortis de leur contexte et transposés dans un autre, les multiples instrumentations symphoniques, les dialogues mis en musique (le meilleur contraste demeurant les déclarations coléreuses de Jimmy face à la tranquillité méprisante de la star dans The punk & the godfather), ou les luxueuses plages instrumentales.

L’écriture de Pete Townshend a rarement été aussi intense et aussi proche des préoccupations d’une jeunesse qui, qu’elle soit de 1973 ou de 2003, n’a finalement que peu évolué et cherche toujours vainement sa place dans le monde. Par rapport à un Tommy assez convenu et gentillet, on avance ici par tâtonnements dans les pensées brumeuses et suicidaires du jeune mod. Il faut noter qu’on est également en pleine période glitter en Grande-Bretagne, et que le rock est de préférence léger et coloré. Quadrophenia, en véritable outsider, s’érige en rempart ténébreux contre cet excès de paillettes. Il y a toujours eu de grandes formations nageant avec succès à contre courant : la naissance des groupes neo-progressif en pleine vague punk, le sublime Crimson idol (par ailleurs plus qu’inspiré par le présent album) au beau milieu de l’âge d’or du grunge… Les Who sont de cette race : en s’inspirant d’événements vieux d’une décennie à l’époque et en se situant à l’exact opposé des facéties glam d’un T.Rex ou d’un Slade, ils donnèrent naissance à leur plus ambitieuse réalisation, même si cette dernière ne reçut probablement pas le succès qu’elle méritait à l’époque. Même remarque pour la musique en elle-même : on est loin de la délicatesse diaphane de Tommy. Le rock peut se faire ici puissant et brutal, tel l’enragé The real me (repris plus tard par W.A.S.P. sans même que ce groupe pourtant hargneux lui donne la même intensité) ou le sémillant Doctor Jimmy. Commencé sur l’ambiance maritime d’un Jimmy face à l’océan et à ses interrogations, Quadrophenia s’achève sous la pluie et la splendeur sinistre de Love, reign o’er me, ode en souffrance interprétée de manière proprement saisissante.

Derrière l’écriture de Townshend, le groupe paraît, une fois n’est pas coutume, totalement sur la même longueur d’onde. Roger Daltrey trouve ici le ton juste, la voix venue du fond de la gorge où colère irréfléchie, fausse indifférence et amertume se mélangent à la perfection. Le regretté Enthwistle plaque les lignes de basse dominatrice les unes sur les autres, tandis que Keith Moon, aussi déchaîné qu’à l’ordinaire, n’usurpe pas sa réputation de meilleur batteur de l’histoire, particulièrement sur le virulent Bell boy où il s’occupe exceptionnellement des parties vocales.

Il est particulièrement malaisé de saisir toutes les nuances de Quadrophenia. Les Who eux-mêmes étaient inquiets des possibilités de transpositions de l’album sur scène, et de ce que le public en retiendrait. A raison d’ailleurs car, initialement prévu pour remplacer Tommy en concert, l’album allait se révéler d’une telle complexité que l’adaptation scénique allait tourner au désastre. Les vieux fans n’accrochèrent pas à ce récit trop adolescent. Les plus jeunes purent malgré tout s’y mirer dans leur propre mal de vivre. Malheureusement, le synopsis de l’album, parsemé de flash-backet de moments introspectifs, incita les Who à agrémenter leurs shows d’interminables explications orales, qui finirent par desservir et alourdir les représentations. Si les spectacles n’ont jamais donné les résultats escomptés, il n’est par contre pas trop tard pour s’attarder sur la version studio ce fantastique travail de Townshend, l’un des seuls opera-rock à mériter réellement son appellation, et à ne pas sombrer dans le remplissage gratuit ou les ambitions irréalisables.



Répondre à cet article

Marc Lenglet





Il y a 33 contribution(s) au forum.

The Who : "Quadrophenia"
(1/9) 27 octobre 2013, par Sandra S
The Who : "Quadrophenia"
(2/9) 10 juin 2013, par nicole
The Who : "Quadrophenia"
(3/9) 1er juin 2013, par Swager
B2B marketplace
(4/9) 7 novembre 2012, par shawn07
The Who : "Quadrophenia"
(5/9) 6 octobre 2009, par cricri
The Who : "Quadrophenia"
(6/9) 6 septembre 2006
The Who : "Quadrophenia"
(7/9) 4 août 2006, par The Ox
The Who : "Quadrophenia"
(8/9) 16 avril 2006, par Youki Smayas
> The Who : "Quadrophenia"
(9/9) 10 octobre 2004




The Who : "Quadrophenia"

27 octobre 2013, par Sandra S [retour au début des forums]

Thanks for everything

gagner de l’argent

[Répondre à ce message]

The Who : "Quadrophenia"

10 juin 2013, par nicole [retour au début des forums]

all associated companies under the control of Nick Holmes & in thẻ vip Miles Grady

[Répondre à ce message]

The Who : "Quadrophenia"

1er juin 2013, par Swager [retour au début des forums]

coléreuses de Jimmy face à la tranquillité méprisante de la star dans The punk & the godfather), ou les luxueuses plages instrumentales.
250-406 exam
299-01 exam
311-232 exam

[Répondre à ce message]

B2B marketplace

7 novembre 2012, par shawn07 [retour au début des forums]

Really a great compiled list and its also a very informative and valuable links to learned few new things. Thanks for sharing this post :-)

B2B marketplace

[Répondre à ce message]

The Who : "Quadrophenia"

6 octobre 2009, par cricri [retour au début des forums]

C’est "l’album de ma jeunesse" !, c’est grandiose,c’est assourdissant,c’est juste trop bien pour pouvoir être apprécié à sa juste valeur...
Rien qu’en fermant les yeux, j’imaginais cet univers lointain pour moi que constituait l’angleterre,petit ado lorrain en quête de voyages et de découverte...Merci à mon frangin, devenu con depuis ,d’avoir acheté ce double album,véritable album photo dans lequel je me plongeais dès que l’occasion m’en était donnée..
Il y a des choses comme çà qui marquent à jamais.
Moi,en zique,çà sera cet album.
Salut à tous.

[Répondre à ce message]

The Who : "Quadrophenia"

6 septembre 2006 [retour au début des forums]

"Quadrophenia" est sans aucun doute l’album le plus complexe du quatuor Londonien. Les Who sont les meilleurs lorsqu’il s’agit d’être original et ce chef d’oeuvre le prouve une fois de plus. Il est donc normal de parler de "Quadrophenia"...Mais j’avoue être assez surpris qu’il n’existe pas d’article concernant "Who’s Next" (considéré la plupart du temps comme étant le meilleur album des Who) sur ce site (très bon site d’ailleurs). A quand un article sur "Who’s Next" ? ;)

[Répondre à ce message]

    The Who : "Quadrophenia"

    29 octobre 2006, par suedehead72 [retour au début des forums]


    et bien que dire sur l album "quodrophenia" c est un disque que l on ecoute en cachette , au casque les yeux fermés et on se laisse aller dans l univers magique de pete towshend !!moi personnellement il m aenvouté des la 1er fois que je l ai écouté !! malgres les critiques de l epoque , ce double concept album est tjs un chef d oeuvre 30 ans apres se sortie !!! il est au meme niveau je trouve ,voir un tout petit peu superieur a tommy alors un grand merci a "monsieur" pete townshend !!!! mod is my way of life !!!

    [Répondre à ce message]

    The Who : "Quadrophenia"

    9 juin 2012, par Hans-Werner [retour au début des forums]


    So sehe ich das auch - ein interessanter Ansatz, wer weiter verfolgt werden sollte. im Archiv

    [Répondre à ce message]

The Who : "Quadrophenia"

4 août 2006, par The Ox [retour au début des forums]

Quel album fantastique !!! un peur bonheur ! toujours d’actualité et effectivement, un concept album bien plus puissant et moins niais que "Tommy". c’est marrant, ces temps derniers, "Quadrophenia" est plutôt revalorisé, et c’est tant mieux, alors que pendant des années il fut descendu en flammes (y compris par Roger Daltrey qui avait reproché à Pete Townshend d’en faire un double album !).

[Répondre à ce message]

The Who : "Quadrophenia"

16 avril 2006, par Youki Smayas [retour au début des forums]

"l’un des seuls opera-rock à mériter réellement son appellation, et à ne pas sombrer dans le remplissage gratuit ou les ambitions irréalisables."

100% ok (Encore qu’il parait que du coté des Pretty Things demeurerait un chef d’oeuvre meconnu du genre)

Par contre "Tommy" c’est quand même pénible à avaler avec ces "See me, feel me, touch me, smell me, pinch me ....)

[Répondre à ce message]

> The Who : "Quadrophenia"

10 octobre 2004 [retour au début des forums]

En 73 il y a peut-être l’émergence du glam mais on est surtout en pleine période rock progressif. beaucoup de groupes rock "traditionnels" se mettent à faire des albums plus alambiqués. Black Sabbath avec "Sabbath Bloody Sabbath" ou Led Zeppelin avec "Houses of The Holy" par exemple.
"Quadrophenia" s’inscrit bien dans cette tendance et n’était certainement pas à contre-courant.

[Répondre à ce message]