|
|
Suicide : "Suicide" Le sommet du malsain ! lundi 7 juillet 2003, par |
|
DANS LA MEME RUBRIQUE :
|
Un des véritables pères fondateurs de la musique électronique, Suicide a sans doute été le groupe le plus mal aimé de son époque, et même aujourd’hui, il est difficile, en dépit de leur indéniable stature de précurseur, d’apprécier leur musique autrement qu’intellectuellement.
Punks dans l’esprit et dans la manière d’agir, Alan Vega et Martin Rev terminaient généralement leurs concerts sous les huées et les projectiles divers d’un public convaincu qu’on se foutait de lui. Alors que les Sex Pistols vomissaient leur hargne aveugle en plaquant accords vaseux sur riff pourri et que les Clash exploraient la world music en appelant à la révolution, Suicide déclamait ses petites comptines de mort et de déchéance, accompagné du synthé le plus sous-employé de l’histoire de la musique : des beats étouffés, un tempo rapide et obsédant et de petits jingles mortuaires qui troublent la précision mécanique de la rythmique. Et derrière ce grondement sourd et malsain, une voix, celle d’Alan Vega. La voix fiévreuse d’un homme au bord de la folie. Une voix trop rapide et trop hachée par moments, trop faible et trop désespérée à d’autres. Une sorte de renoncement à l’existence, et un cynisme presque trop nerveux pour être pleinement assumé. Ghost rider serait une charmante mélodie pop, si cette absence définitive de lumière sonore ne révélait pas subitement la nature squelettique et inhumaine du conducteur fantôme. Cheree serait une chanson d’amour ? Peut être, si ce n’est que l’objet du désir de Vega semble morte et partiellement décomposée, et que l’ode semble celle d’un fou veillant obstinément un cadavre. Quel que soit le thème choisi, Suicide semble bel et bien disposer du pouvoir de putréfier tout ce qu’il touche. Le sommet de la détresse semble atteint sur Frankie teardrop, vertigineuse plongée de 10 minutes dans la folie et la violence, sur une ligne de basse binaire et lancinante qui semble ne jamais devoir cesser. Lorsque Frankie abat sa femme et ses enfants, c’est un millier de voix qui semble hurler de façon désincarnée avec Vega. Ce calvaire mental, placé en fin d’album, semble n’avoir comme objectif que d’asséner un coup de grâce définitif à l’humain passablement ébranlé qui a tenu jusque-là. Car on ne ressort pas indemne d’une écoute de Suicide. Au mieux, prédomineront un sentiment d’incompréhension, une vague impression de malaise, et une fermeture sécuritaire des canaux d’assimilation sonore. Mais un dégoût prononcé, une négation psychologique de ce qu’on vient d’entendre, et jusqu’à une répulsion physique peuvent également survenir. Masochistes de tous bords, intellectuels torturés ou âmes intrépides, je ne saurais pourtant que trop vous conseiller de renouveler l’expérience, à intervalles assez espacées. Vous constaterez, si vos défenses psychiques ne se ferment pas immédiatement face à l’agression, que bien loin d’être limitée et simpliste, la musique de Suicide est soigneusement travaillée pour susciter ce genre de réaction et d’émotions et que, sous le dénuement apparent, se cache un des disques les plus sombres de tous les temps. |
|||
|
|
|
Il y a 7 contribution(s) au forum. Suicide : "Suicide"
(1/5) 23 juillet 2008, par Dan Suicide : "Suicide"
(2/5) 1er octobre 2005 > Suicide : "Suicide"
(3/5) 20 juin 2005, par lkj > Suicide : "Suicide"
(4/5) 30 août 2004, par joanny > Suicide : "Suicide"
(5/5) 19 janvier 2004, par Jé |
> Suicide : "Suicide" 29 octobre 2006, par suedehead72 [retour au début des forums]
> Suicide : "Suicide" 22 janvier 2007 [retour au début des forums] C’est toujours avec un grand plaisir que j’écoute l’intégralité de l’album de Suicide. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ceux qui craque au bout de 3 minutes de Frankieteardrops. Persévérez et laissez vous aller. Vous apprécierez l’intensité de ces vibrations dyonisiaques, de ces relants lancinants et destructeurs, de ces jouissances exutoires et chaotiques. Rien que du noir et du lugubre éclairé par la lumière du génie. Nourri aux Velvet, à Kraftwerk, à Slade Alive depuis ma plus tendre enfance, je conçoit la noirceur des textes et le dégoût qu’il peut générer. Néanmoins, ce disque à la capacité de nous emporter et de nous faire basculer hors de la réalité. Il est sublime et envoutant. Le chanteur nous poignarde si sensuellement, nous perfore de sa voix acidement colorée, nous introduit dans le monde diaphane des zombies, des drogués et de tout les alcooliques où rien n’a de fin, où le monde n’est que vapeur allucinatoire.
Je ne vois actuellement qu’une attitude et qu’un style se rapprochant de cette profondeur et de cette terrible douleur dans la chanson, celui de Thom Yorke dans certains de ces lives acoustiques, Fog lors de Music Planet 2 Nite et sa dernière apparition au remise des Mercury Awards et peut-être les deuxièmes et troisièmes albums de Sigur Ros.
|