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Siouxsie & The Banshees : "The scream"
Cri primal

samedi 17 juin 2006, par Jérôme Delvaux

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Les Banshees, groupe incompris. Les Banshees, groupe mal aimé. Les Banshees, groupe controversé. Les Banshees, groupe d’avant-garde. Les Banshees, groupe culte. Les Banshees, groupe oublié. On a tout dit et tout écrit au sujet des Banshees. Une chose est sûre, le remastering et la réédition de leur catalogue viennent à point nommé pour rappeler ce groupe d’exception à notre bon souvenir (d’autant plus que le son des premiers pressages CD était catastrophique). L’histoire de Siouxsie & The Banshees, c’est un peu celle du post-punk. Un conte de fées trash. Ou comment Susan Ballion, une jeune groupie excentrique des premiers punks, a su passer de l’autre côté de la barrière et devenir Siouxsie Sioux, la plus grande égérie de la new wave et du goth.

L’histoire de Siouxsie & The Banshees est étroitement liée à celle des Sex Pistols. Siouxsie (prononcez Siouzie) et Steve Severin (de son vrai nom Steven Bailey) font partie du fameux Bromley Contingent (Bromley étant un quartier de Londres), un groupe de jeune fans des Pistols hyper lookés au sein duquel on retrouve également d’autres futurs musiciens célèbres : Billy Idol, Tony James (Sigue Sigue Sputnik, Sisters of Mercy) et Chrissie Hynde (The Pretenders). Ensemble, ils hantent Sex, la boutique de fringues ultra branchées tenue sur King’s Road par Malcolm McLaren, le manager des Sex Pistols, et la styliste Vivienne Westwood. Dès fin 1975, ils assistent aux premiers hurlements de Johnny Rotten et de sa bande. Dans leur entourage, Siouxsie ne manque pas de se faire remarquer en portant les fringues d’inspirations SM et fétichistes les plus outrageantes de la collection de Sex. Elle exhibe fréquemment sa poitrine et porte parfois - à l’instar de beaucoup de punks de l’époque - une croix gammée en brassard. Non pas parce qu’elle adhère à l’idéologie nazie, loin de là, mais simplement par désir de choquer. Patrick Eudeline se remémorait cette époque agitée dans le hors-série spécial punk de Rock&Folk de décembre 2003 : « On avait rendez-vous avec les Pistols au Flore (...). Avec eux débarque Siouxsie Sioux, habillée en uniforme nazi, brassard, seins à l’air et tout. Moi je me dis : va y avoir embrouille. Et je lui dis : « Il faut que tu mettes un manteau, parce que là on est mal barré. » (...) Bref, on se fait poursuivre par des mecs avec des barres de fer ! Et me voilà à courir avec elle qui se cassait la gueule à cause de ses talons. » Avec le recul, Johnny Rotten confirme en interview que les premiers punks n’avaient pas pleinement conscience de toute la portée de ce symbole : « Les punks ne savaient absolument pas ce que signifiait la croix gammée. Ils arboraient ça comme des mômes, pour frimer. On leur leur avait dit que le swastika était interdit, super, Siouxsie ne savait absolument pas ce que ça signifiait. Néant. Pour eux, c’était tabou et antisocial. » C’était même la provocation suprême. Et le sommet du mauvais goût. En un mot : c’était punk.

En septembre 1976, Siouxsie et Steve Severin (rebaptisé ainsi d’après des paroles de Venus in furs du Velvet Underground) donnent leur tout premier concert au festival punk du 100 Club de Londres, auquel participent également les Sex Pistols, les Clash et le groupe français Stinky Toys. Marco Pirroni (futur membre d’Adam & The Ants) tient la guitare et Sid Vicious, pas encore bassiste des Pistols, s’improvise batteur. Pour les fans, ce concert apparait aujourd’hui comme mythique. Pourtant, des dires des spectateurs y ayant assisté et des musiciens eux-mêmes, il fut court (à peine vingt bonnes minutes), brouillon et chaotique. Il faudra en effet deux ans et plusieurs changements de line-up pour qu’un album tenant la route naisse des tribulations enfiévrées de cette étrange bande. Entre-temps, Siouxsie et Severin s’illustrent, en décembre 1976, lors de la fameuse émission de télévision de Bill Grundy, diffusée en début de soirée. L’animateur vedette a invité les Sex Pistols et plusieurs membres du Bromley Contingent à venir parler du phénomène punk. Tout le monde est saoul et les insultes fusent. Ce dérapage unique dans les annales de la télévision britannique scandalise la vieille Angleterre et coûte sa place à Bill Grundy... Il vaut aussi à Siouxsie une publicité inespérée dans tout le pays.

The scream sort finalement en 1978. Siouxsie et Severin sont entourés de John McKay à la guitare et de Kenny Morris à la batterie. Steve Lillywhite, qui vient de se faire remarquer en coproduisant le très avant-gardiste premier album d’Ultravox avec Brian Eno, est recruté comme producteur. L’album est bien plus posé et soigné que le Never mind the Bollocks des Sex Pistols. On est assez loin du nihilisme et de la furie punk, à vrai dire, même si on ne peut nier son influence dans le côté direct et électrique des morceaux. C’est en fait le courant rock post-punk qui est en train de voir le jour ; impression renforcée par la reconversion la même année de Johnny Rotten (sous le nom de John Lydon) à la tête des révolutionnaires mais sous-estimés Public Image Limited. Partant de l’anarchie et de la violence du punk, Siouxsie et les Banshees créent des brûlots sombres et enlevés que d’aucuns n’hésiteront pas à qualifier de gothiques. Tentant un mélange improbable de la folie visionnaire et hallucinée du Velvet Underground, de la pop glamour et classieuse de Bowie et de l’énergie des Sex Pistols et des Stooges, le tout dirigé par la voix autoritaire de Siouxsie, les Banshees se font pionniers de la nouvelle vague. Ils ouvrent grand la porte à The Cure (faut-il rappeler que Robert Smith himself sera plus tard un temps officiellement le guitariste du groupe ?), mais aussi Joy Division et Bauhaus, avec des titres épiques comme Metal postcard (Mittageisen), Overground, Jigsaw feeling et Mirage, aux guitares agressives et aux ambiances pesantes et tendues. Ils rendent aussi hommage aux anciens avec une reprise de Helter Skelter, le titre le plus brutal et le plus controversé des Beatles, dont on dit qu’il a influencé la secte du meurtrier et gourou américain Charles Manson. Ce choix est donc sans doute loin d’être anodin, même s’il peut surprendre dans la mesure où les punks - les Clash et les Sex Pistols en tête - n’avaient de cesse de cracher leur haine des dinosaures Presley, Stones et Beatles (d’après la légende, Glen Matlock aurait été viré des Pistols par Malcolm McLaren à cause de « son affection trop prononcée pour Paul McCartney »). Les Banshees n’en étaient pourtant pas à leur coup d’essai en la matière : des reprises bricolées de She loves you et Twist and shout faisaient partie de la courte set-list de leur premier concert au 100 Club.

Le single Hong Kong Garden (du nom d’un restaurant dont Siouxsie a assisté, impuissante, à la mise à sac par des skinheads anglais d’extrême droite) originellement absent de l’album figure aujourd’hui sur le CD bonus de la réédition par Polydor (tout comme l’autre single, The staircase (Mystery), et plusieurs titres extraits de démos ou captés lors de Peel Sessions de la BBC). Son côté pop, malgré une guitare bien tranchante, et ses sonorités d’inspirations asiatiques contrastent avec la tonalité générale de l’album.

Même s’il n’est pas totalement représentatif de la longue et riche discographie de Siouxsie & The Banshees, The scream demeure, à plus d’un titre, un témoignage intéressant de l’émulsion rock de l’époque. Une sorte de réponse en dix actes à la question rituelle : comment concevoir la musique après le punk. Ayant fréquenté de très près et depuis les premiers jours les géniteurs de ce mouvement et vécu, avec eux, cette révolution musicale, culturelle et sociale de l’intérieur, Siouxsie et ses Banshees étaient sans doute les mieux placés pour y répondre (et peut-être avec davantage de recul que PIL). En tout cas, même s’ils n’ont pas eu autant de succès que certains de leurs imitateurs et suiveurs, ils auront fait bien plus qu’ouvrir une simple brèche.



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Jérôme Delvaux





Il y a 79 contribution(s) au forum.

Siouxsie & The Banshees : "The scream"
(1/7) 28 avril 2012, par jaffa
Siouxsie & The Banshees : "The scream"
(2/7) 23 juin 2006
Siouxsie & The Banshees : "The scream"
(3/7) 21 juin 2006, par franck
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(4/7) 19 juin 2006, par holyhour
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(5/7) 19 juin 2006
Siouxsie & The Banshees : "The scream"
(6/7) 19 juin 2006, par Manhattan
Siouxsie & The Banshees : "The scream"
(7/7) 17 juin 2006, par jp




Siouxsie & The Banshees : "The scream"

28 avril 2012, par jaffa [retour au début des forums]

Music was the most promising and a leading candidate for further study and actual hardware implementation. However, although the performance advantages of music are substantial, they are achieved at a cost in computation and storage. Thanks.
Regards,
car insurance california

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Siouxsie & The Banshees : "The scream"

23 juin 2006 [retour au début des forums]

outre le fait que massive attack a samplé ce disque, que morrissey en est fan, voilà qui devrait inviter pas mal de monde à jeter une oreille dessus. pas besoin de lire des chroniques à rallonge qui parle de tout et de rien ! perso, j’ai 3 albums de siouxsie et celui-là en fait partie avec kaleidoscope et le best-of de 2002.
un best-of est aussi sympa que celui des cure : on change sans cesse de styles. c’est comme si on écoutait une station de radio quoi ! j’adore peek-aboo, happy house et hong kong garden, la chanson qu’on entend dans le fim de sofia copolla

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    Siouxsie & The Banshees : "The scream"

    27 mars 2012, par santa [retour au début des forums]


    In legend, a banshee is a fairy woman who begins to wail if someone is about to die. In Scottish mythology the creature is called the bean sìth or bean nighe and is seen washing the blood stained clothes or armour of those who are about to die. Thanks.
    Regards,
    used boats

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      Siouxsie & The Banshees : "The scream"

      2 mai 2012, par Sree [retour au début des forums]


      A scream is also an effective personal stress management tool. But cathartic as it may be, screaming is not as easy to master as you might think. Vocal coaches teach the art of screaming so that professionals don’t damage their vocal cords while producing a perfect, sudden blast of sound. Thanks a lot.
      Regards,
      Business Funding

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        Siouxsie & The Banshees : "The scream"

        11 mai 2012, par Sree [retour au début des forums]


        If you want to use the new Grendels in an already-created game world, hatch all the eggs currently in the game world and export all your existing creatures using the in game exporting options. If you want to create a new game world, you can do so without exporting anything. Thanks a lot.
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          Siouxsie & The Banshees : "The scream"

          23 mai 2012, par Sree [retour au début des forums]


          Place the fiber gasket over the flange from underneath the sink and thread the support ring onto the flange by hand with the arrows pointing up until the ring is tight on the flange. Put the stopper over the drain and fill the sink with water to verify there are no leaks. If the sink is leaking, tighten the support ring until the leak stops. Thanks a lot.
          Regards,
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        Siouxsie & The Banshees : "The scream"

        5 septembre 2012, par shashikala897@yahoo.in [retour au début des forums]


        Sandhi Swasthya
        of this post is really awesome. It is very knowledgeable information that could be very much helpful in IT as well as e-business industry.

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        Siouxsie & The Banshees : "The scream"

        12 novembre 2012, par Sree [retour au début des forums]


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Siouxsie & The Banshees : "The scream"

21 juin 2006, par franck [retour au début des forums]

voilà pour le contexte historique mais qu’en est-il de l’album d’un point de vue plus musical...

comme pour le "low" de bowie (et ce n’est pas qu’une coincidence), cet album s’ouvre par un instrumental : voilà qui n’est déja pas commun pour un premier album. le bien nommé "pure" est spacieux, avec ses guitares éthérées soutenues par des timbales cotonneuses, le tout étant relié par des cascades de vocals du plus bel effet. avec cette mise en bouche pleine de promesses, on a l’impression de se réveiller doucement mais ceci ne dure qu’un temps.

place ensuite à "jigsaw feeling" avec ses vagues de guitares extatiques terriblement enivrantes. on est comme happé, pris au beau milieu d’un tourbillon comme dans certains morceaux de CAN, sans que l’on ait envie d’en sortir tant le plaisir est grand. c’est un titre d’une incroyable efficacité, joué à cent à l’heure et l’on se demande bien ce qui va se passer après... suit "overground" avec son motif hypnotique, soutenu par un rythme de batterie qui martèle la cadence. "carcass", morceau plus nerveux que le précédent, repousse à nouveau les limites. il contient un refrain avec une phrase énigmatique : "be limblessly in love" chante-t-elle. on ignore ce qu’elle sous-entend mais on veut bien la croire. la reprise de "helter skelter" est aux antipodes de la version originale : plus tendue, elle est aussi d’une incroyable beauté. (le double album blanc fut l’un des disques préférés de la jeune siouxsie.)

après cet interlude, "mirage" remet le pied à l’étrier. ce titre qui a tout d’un single accrocheur, est assurément le morceau le plus pop du disque, avec sa guitare acoustique terriblement séduisante qui insuffle une belle énergie à l’ensemble. ironie du sort, le texte dit qu’il ne faut pas se fier aux apparences. choses contre lesquelles le groupe devra lutter, durant toutes les années qui vont suivre, l’image de la chanteuse étant tellement forte que certains journalistes tomberont dans des clichés faciles, au lieu d’écouter la musique d’une oreille attentive.

"metal postcard", rend hommage de façon poétique à john heartfield, dessinateur qui lutta contre la propagande nazie durant la seconde guerre mondiale. ce titre au riff de guitare accrocheur, sera par ailleurs samplé par massive attack vingt ans plus tard. "nicotine stain" est comme "carcass", jouée sur le fil du rasoir avec un refrain qui fait mouche. "suburban relapse", après une montée en puissance contenue, s’achève dans un vacarme maitrisé sur quelques notes de xylophone en pointillé, avant de laisser la place au dernier morceau : "switch". ce titre composé en trois mouvements, chacun étant relié par un refrain lumineux mis en relief par une subtile mélodie de saxophone, indique déja ce qui va suivre : le refus de se cantonner dans le schéma classique d’une chanson pop, l’envie de surprendre et d’emmener l’auditeur hors des sentiers battus, sans le dérouter pour autant... "changez", dit-elle, "ils n’aspirent qu’à ça" : le groupe veut lui aussi évoluer et il annonce la couleur.

ce disque d’une importance capitale, sorti en octobre 1978, sonne la fin d’une époque et d’une certaine manière le glas au punk car ses textes, déconnectés de la réalité sociale et sa musique, bien que pop et nerveuse, annoncent déja une nouvelle ère. le groupe a mis près de deux ans à façonner ses chansons et steve lillywhite a su les enregistrer avec son racé en avance sur son temps.

the scream ! quel titre, plus approprié que celui-là, aurait pu exprimer l’état d’esprit dans lequel se trouvaient ces quatre jeunes gens à la veille de la sortie de ce disque... la pochette est elle aussi à l’avenant : un enfant se débat sous l’eau, l’espace d’un instant pour fuir le monde qui l’entoure, avant - on le devine - de remonter à la surface, surexcité et content des sensations qu’il vient de ressentir. comme l’auditeur en somme, content d’avoir écouté un disque singulier.

à noter que boz boorer, le compositeur de morrissey, écrit que "the scream" est l’un de ses disques préférés sur son site officiel www.bozboorer.com/frames.htm dans archive tour diary 2002 à la date du 25 juillet.

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Siouxsie & The Banshees : "The scream"

19 juin 2006, par holyhour [retour au début des forums]

ALbum très bon, groupe novateur, un des groupes que j’écoute le plus ! et leurs faces b
sont les meilleurs du genre ! sortit y a 2 ans en coffret avec dessus
(à écouter d’urgence) le ep "the thorn"

je préfère kiss in the dreamhouse : plus psyché et déroutant .

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Siouxsie & The Banshees : "The scream"

19 juin 2006 [retour au début des forums]

MASSIVE ATTACK a samplé un morceau de cet album ("metal postcard") sur "superpredators", pour le cd de ’The Jackal original soundtrack’

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Siouxsie & The Banshees : "The scream"

19 juin 2006, par Manhattan [retour au début des forums]

Je sens que je vais l’écouter dans les jours qui viennent, ce bijou...

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Siouxsie & The Banshees : "The scream"

17 juin 2006, par jp [retour au début des forums]

Article tres intéressant. Merci

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