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Roxy Music : "Roxy Music"
Glamorama

vendredi 27 novembre 2009, par Jérôme Delvaux

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Glamour : anglicisme désignant une beauté sensuelle, pleine de charme et d’éclat, caractéristique de certaines vedettes féminines de Hollywood. Le glam-rock (de glamorous, "éblouissant"), aussi appelé glitter-rock ("scintillement"), est un genre de rock s’étant développé au Royaume-Uni dans les années 1971-1975, et s’étendant jusqu’aux années 1980. Par certains aspects, il est précurseur du mouvement punk (1977). Ses principaux représentants sont T. Rex, David Bowie et Roxy Music. (Définition de Wikipedia.fr)

Albane est blonde et porte des escarpins du soir Yves Saint-Laurent à talons hauts, outrageusement pointus, en gros-grain noir, avec des nœuds de satin rouge. Alexandra, encore plus blonde, porte des ballerines de satin noir à bout effilé, accompagnées de bas noirs ultra-fins mouchetés argent. Clarisse, la brunette, porte des bottes à talons hauts, bouts vernis et revers en tweed, Karl Lagerfeld pour Chanel. Sarah, d’origine maghrébine, habillée plus chichement, dénote avec l’ensemble mais peut mettre en avant un tour de poitrine défiant toute concurrence, ce qui lui vaut d’avoir également été invitée à se joindre à nous.

- Albane, soupirant, fixant son verre de saké : Il me faut une nouvelle fourrure.
- Clarisse, de la même voix atone : Longue, ou à la cheville ?
- Alexandra : Ou une étole ?
- Albane, réfléchissant intensément : Soit longue, soit… J’ai vu une sortie de bal courte, très douce.
- Clarisse : En vison, naturellement ? C’est bien du vison ?
- Albane : Oh, ouais. Du vison.

Le brouhaha qui régnait dans la salle lorsque nous sommes arrivés s’est estompé. Le groupe d’hommes d’affaires américains est parti, tout comme la bande de petites bourges idiotes qui enterraient la vie de jeune fille d’une des leurs. On distingue désormais distinctement la musique jouée dans le restaurant, d’autant qu’il me semble que quelqu’un en a augmenté le volume. D’un simple bruit de fond, on est passé à une musique d’ambiance. Je reconnais immédiatement Re-make/Re-model de Roxy Music. Ca me fait plaisir car cela fait longtemps que je ne l’ai plus entendue.

- Alexandra, poursuivant son idée : Mais quel genre de vison ?
- Clarisse : Tu ne trouves pas que certains visons sont trop… ébouriffés ?
- Albane : C’est vrai, certains visons sont vraiment trop ébouriffés.
- Clarisse, pensive : Le renard argenté se fait beaucoup.
- Albane : On voit aussi de plus en plus de tons beiges.

Voskoboinikov fait mine d’ouvrir l’œil : « Ils passent du Roxy, non ? » Oui, lui dis-je, c’est déjà la deuxième plage, Ladytron. Je crois que nous avons de la chance, ils sont en train de jouer le CD, ce n’est pas la radio ou une vulgaire compilation comme on en entend trop souvent dans les restaurants. Je ferme un court instant les yeux, l’intro au hautbois est un pur délice, le son de la voix de Bryan Ferry me transporte, puis vient le solo de guitare et c’est l’extase. Je bois une gorgée de saké et repense, ému, à mon premier contact avec cette œuvre...

- Quelqu’un : Qu’est-ce qu’il y a, comme fourrures beiges ?
- Quelqu’un : Le lynx. Le chinchilla. L’hermine. Le castor.
- Quelqu’un : Le renard argenté se fait de plus en plus, même Dries Van Noten en utilise.
- Quelqu’un : Le raton laveur. Le putois. L’écureuil. Le rat musqué. L’agneau de Mongolie.

Quand je suis entré dans le salon de ce grand et luxueux appartement, la fête battait son plein. Mon attention a immédiatement été attirée par une femme nue assise dans un fauteuil Emmanuelle, dans le coin droit de la pièce. Très belle, bien qu’un peu ronde, elle semblait totalement à l’aise dans sa tenue d’Eve. Elle portait comme uniques parures de larges lunettes noires, un superbe collier de perles et des escarpins à talons hauts. L’odeur de marihuana qui flottait dans l’air vint très vite lever les minces doutes qu’il pouvait me rester quant à la nature de ce qu’elle tenait en main. Les autres convives, qui étaient non seulement habillés mais tous tirés à quatre épingles, faisaient circuler un petit miroir circulaire sur lequel étaient posés une carte de crédit et un petit tas de poudre blanche. Je n’ai jamais oublié cette soirée. Et pour cause, c’est cette nuit-là, dans un torrent de stupre à peine descriptible, que j’ai entendu le premier album de Roxy Music pour la première fois.

Voskoboinikov est, cette fois, complètement réveillé : « Ecoute-moi ça, c’est du grand art ! Cette superposition de saxo, piano, synthé, sans même parler de la guitare, de cette voix mille fois imitée jamais égalée, et de tous les effets avant-gardistes de Brian Eno sur le son… Je connais très peu de disques aussi raffinés, aussi élégants et aussi novateurs que celui-ci. »

Albane hoche lentement la tête, avec une expression que la lueur des bougies fait paraître énigmatique, puis se lève. Ses deux semblables lui emboîtent le pas. Elles ont apparemment encore aperçu une quelconque starlette rock bruxelloise à une table voisine. « Excusez-nous. » Elles s’éloignent. Sarah reste. Elle prend une gorgée de saké dans le verre de Clarisse. Je l’imagine nue, allongée dans des draps de soie, ses seins énormes s’offrant à mon regard impudent, tandis que Bryan Ferry nous émoustile de sa voix majestueuse. Je m’éclaircis la gorge. « Hé bien, il fait vraiment chaud aujourd’hui, n’est-ce pas ? »





Jérôme Delvaux