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Roxy Music : "Manifesto"
Stronger through the years

lundi 2 juillet 2007, par Jérôme Delvaux

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Pionnier d’un rock arty et glamour, Roxy Music a traversé les années 70 sans prendre une ride. Après un départ en grandes pompes avec Roxy Music et For your pleasure, deux albums qui ont bénéficié de l’opposition radicale des visées artistiques de Brian Eno (plutôt expérimentales) et de Bryan Ferry (plus pop et conventionnelles), le groupe anglais a sorti rien de moins que trois chefs-d’œuvre en trois années. Qui dit mieux ? Après un break de quatre ans, durant lequel Ferry s’est attelé à faire décoller sa carrière solo, Roxy Music est revenu en 1979 avec Manifesto, un sixième album en totale rupture avec les précédents.

Cette année-là, Roxy Music semble en effet n’être plus désormais que le backing band de son charismatique leader, Bryan Ferry. Prolifique, le chanteur a sorti rien de moins que cinq albums en solo depuis 1973. Sur les premiers, il se contentait d’enregistrer des reprises, mais depuis In your mind, il sort ses meilleurs morceaux sous son seul nom. On croit le groupe terminé lorsque Ferry surprend tout le monde en le réactivant, en 1979. Bien conscient qu’une nouvelle génération de groupes (à commencer par les Talking Heads, les nouveaux poulains d’Eno) est en train de cartonner en copiant allégrement les recettes de son œuvre, le maître se décide à réanimer sa créature. La donne semble toutefois avoir désormais radicalement changé. Le son de Roxy Music, ce mélange savant et si souvent alambiqué de piano, saxophone, hautbois, violon, orgue et synthétiseur qui répondent aux riffs du flamboyant guitariste Phil Manzanera, est certes toujours reconnaissable entre mille, mais la construction des morceaux n’est plus la même. Le côté prog est passé aux oubliettes. Ces chansons de sept à huit minutes où de longues séquences expérimentales s’intercalaient entre un couplet et un refrain, cela appartient au passé.

Ferry opte désormais pour le format plus traditionnel de la pop song : les morceaux sont plus courts (seul Stronger through the years dépasse les six minutes) et, a priori, moins aventureux. Sont-ils pour autant moins intéressants ? Franchement, non. Souvent sous-estimé car moins novateur et, disons-le, moins osé, Manifesto porte cette inimitable « patte » Bryan Ferry. Cette façon unique de poser des lignes de coke..., heu, de chant avec une classe innée. Cette manière si suave et envoûtante d’articuler des paroles poétiques. On retiendra particulièrement le refrain « I’m your man, I’ve got it made / You feed my fire, you need my shade » sur Still falls the rain, une chanson inspirée par Dr. Jekyll & Mr. Hyde. Ou encore : « Now I’m in the dark, off the wall / Let the strobe light up them all / I close my eyes and dance ‘till dawn », sur Dance away. On peut dire qu’en seulement deux vers, ce sont les bases du mouvement Nouveau Romantique qui sont posées !

S’appuyant sur un line-up remodelé par rapport à Siren (le claviériste Edwin Jobson et le bassiste John Gustafson sont partis, trois musiciens de sessions accompagnent le quatuor Ferry-Manzanera-Mackay-Thompson en studio), le chanteur dirige la manœuvre tel un tyran. C’est ainsi depuis le départ d’Eno (qui, dans l’intervalle, est devenu l’équipier en studio de David Bowie). Une fois cette forte tête partie, album après album, les piliers que sont Phil Manzanera et le saxophoniste Andrew Mackay vont perdre peu à peu en influence. Au point de ne plus rien avoir à dire, ou presque. Bryan Ferry a un tel charisme - et un tel talent ! - qu’il en étouffe ses partenaires. Il capte tous les regards et ne montre que peu d’intérêt pour les desiderata des autres musiciens. Tout au plus, comme souvent depuis Stranded, laisse-t-il à son guitariste le droit de composer quelques mélodies par-ci par-là. Manzanera co-signe donc quatre des dix titres tandis que Mackay participe à l’écriture de la très belle Angel eyes. Le dernier mot revient toutefois toujours au chanteur.

Avec à la clé un bon album qui s’écoute d’une traite, de la première à la dernière plage. Oh, il y n’a point ici de véritable hit : pas de Song for Europe ou de Love is the drug. Pas davantage que de pièces maîtresses incontournables, de monuments du calibre de In every dream home an heartache ou encore Bitter sweet. Non, seulement une dizaine de titres d’une belle cohésion, et quelques grands moments (Manifesto tout en flamboyance, Still falls the rain et ses irrésistible accents funky, la lumineuse et tendre Dance away) ; des chansons séduisantes à défaut d’être proprement bouleversantes. Et un disque de Roxy Music qu’il n’est pas forcément aisé de différencier de certains des albums solo de Bryan Ferry des années 70. C’est d’ailleurs sans doute le principal reproche qu’on puisse lui faire.



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Jérôme Delvaux





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Roxy Music : "Manifesto"
(1/1) 21 août 2007, par rené




Roxy Music : "Manifesto"

21 août 2007, par rené [retour au début des forums]

Que sont finalement les Roxy Music si ce n’est des Rubettes en un peu plus cultivés ne parvenant à l’érection que dans une imagerie interlope de boite de travelos se trémoussant sur de la musique mièvre pendant que des dizaines de millions de gens souffrent ? Hein ? Je vous le demande .

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