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Nico : "The end"
Déconseillé aux suicidaires, dépressifs et chichiteux

samedi 13 décembre 2008, par Jérôme Delvaux

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Le quatrième album de l’ex-icône de la Factory d’Andy Warhol est un cri de douleur qui déchire la nuit. Dédié à Jim Morrison, décédé trois ans plus tôt et avec qui Nico a vécu une idylle passionnée, The end est le disque le plus sombre de la carrière de celle qui fut, le temps d’un album, chanteuse du Velvet Underground.

Sombre et oppressant, ce disque est le reflet des états d’âme et de l’existence tourmentée de Nico, de son vrai nom Christa Päffgen. D’abord mannequin, puis actrice (pour Fellini, entre autres), elle arriva à la chanson par Brian Jones des Rolling Stones, dont elle fut un temps la compagne. C’est lui qui enregistra son premier single, en 1965. Elle fit ensuite la connaissance d’Andy Warhol, le pape du Pop Art, tourna dans plusieurs de ses films d’avant-garde et devint une assidue de la Factory, sorte de cour des miracles du milieu artistique new-yorkais. Lorsque Warhol monta le Velvet Underground, il l’imposa dans le groupe comme chanteuse (on entend sa voix grave sur quatre titres de l’album mythique de 1967 The Velvet Underground & Nico). La même année, elle sortit son premier album solo, Chelsea girl, dans une veine pop/folk typique des sixties, avec des chansons écrites pour elle par les leaders du Velvet, Lou Reed et John Cale, mais aussi par Bob Dylan et Jackson Browne - qui ont tous vécu avec elle une liaison sentimentale plus ou moins courte.

Deux ans plus tard, en 1969, elle passe à un tout autre trip avec The marble index, un disque de folk minimaliste et macabre, souvent cité comme le tout premier album gothique du vingtième siècle. John Cale en signe les arrangements et y joue tous les instruments (sauf l’harmonium, qui devient l’objet fétiche de Nico). The desert shore, l’année suivante, continue dans cette voie, mais avec davantage d’éléments néoclassiques. L’album est à nouveau réalisé en partenariat avec Cale et renforce l’image d’artiste alternative résolument anti-commerciale que Nico se plait à cultiver. Pour cette raison, après Elektra l’année précédente, Warner sera le deuxième label en deux ans à ne pas souhaiter poursuivre la collaboration avec elle. Il faut dire qu’en plus de vendre très peu de disques, Madame Päffgen était, dit-on, une artiste colérique, intransigeante et extrêmement difficile à gérer - son addiction de plus en plus lourde à l’héroïne ne facilitant pas les choses.

Son quatrième album, The end, sort chez Island en 1974. Pour ce disque, Nico s’offre un backing-band exceptionnel avec Phil Manzanera de Roxy Music à la guitare, Brian Eno (ex-Roxy Music, qu’on ne présente plus) aux synthétiseurs et John Cale dans un rôle de producteur multi-instrumentiste (il joue de la basse, du piano, de l’orgue, des percussions, mais aussi un peu de guitare et de synthé). The end est profondément marqué par un drame personnel dans la vie de la chanteuse : le décès de Jim Morrison, le 3 juillet 1971, d’une overdose d’héroïne. Le sulfureux chanteur des Doors et Nico avaient été amants. Cette relation, décrite par leur entourage comme violente et destructrice, n’était pas que sexuelle ; une profonde amitié liait les deux artistes. Le titre You forgot to answer décrit la détresse de Nico lorsqu’elle cherchait désespérément à joindre Morrison par téléphone, sans savoir qu’il venait de mourir. Cette chanson, emmenée par une partie de piano de John Cale reconnaissable entre mille, est sublimée par les synthés d’Eno qui produisent un fond sonore lugubre et inquiétant.

Le sommet de l’album est toutefois The end, la reprise de la chanson des Doors (parue sur leur album de 1966, The Doors). Avec les bruitages d’Eno et l’orgue fou de Cale, ce titre flirte entre l’envoûtant et le flippant et n’est pas loin de surpasser l’originale en intensité (si, si). Les autres titres alternent du gothic-folk tel que Dead Can Dance en produira plus tard (It has not taken long, Valley of the Kings) avec des ballades franchement sinistres (Secret side, Innocent and vain, We’ve got the gold) dont on sait qu’elles ont bercé les membres de Bauhaus. L’album se clôt par Das Lied Der Deutschen, une relecture très personnelle de l’hymne national allemand.

Comme de coutume, cet album fut un flop commercial et précipita la fin de contrat de Nico chez Island. Qu’à cela ne tienne, The end trouva son public parmi les cercles d’initiés et, en plus de faire grimper les courbes de ventes de Prozac et autres Valium, fut l’une des principales influences des scènes néofolk (Death in June, Current 93,...) et gothiques qui n’allaient plus tarder à émerger. C’est une œuvre fondatrice, avec toute l’incompréhension que cela génère généralement.



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Jérôme Delvaux





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Nico : "The end"
(1/3) 24 juin 2016
Nico : "The end"
(2/3) 8 février 2011, par spock27
Nico : "The end"
(3/3) 14 décembre 2008, par mathieu




Nico : "The end"

24 juin 2016 [retour au début des forums]

It may not be as big hit as other albums of other singers, but is without question that this album is really nice. - Mark Zokle

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Nico : "The end"

8 février 2011, par spock27 [retour au début des forums]

excellent chronique

c’est sur cet album qu’elle chante l’hymne national non censuré !

wow, Nico. quel zizique, quelle pochette !

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Nico : "The end"

14 décembre 2008, par mathieu [retour au début des forums]

"Deutschland Deu-eutsch-land ü-ber-a-alles..."

cette version est à pleurer, tellement c’est beau...plus que ’the end’ à mon avis.

mathieu

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