Pop-Rock.com



Miles Davis : "Live evil"
La réflectivité des sons

lundi 16 août 2010, par Vincent Ouslati

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Led Zeppelin : "In through the out door"
Ritchie Blackmore’s Rainbow : "Rainbow"
Yes : "Close to the edge"
Kraftwerk : "Autobahn"
Aphrodite’s Child : "666"
The Who : "Quadrophenia"
Bryan Ferry : "In your mind"
Kiss : "Destroyer"
Pink Floyd : "Atom heart mother"
The Rolling Stones : "Exile on Main Street"


Live evil nous parle des miroirs, de ceux qui déforment, qui donnent une nouvelle perception de notre univers. Successeur du monument Bitches brew, ce vrai-faux live confronte deux pôles en mêlant perles de concerts et prouesses de studio. Les deux mondes se répondent et rivalisent de puissance, de folles improvisations, à la chaleur du public se cogne la chaleur des sessions interminables. Miles Davis et son omniprésent producteur se moquent bien de perdre l’auditeur, ils voulaient voir sur un unique disque deux faces opposées de leur art. Entre scène et table de mixage, ils désiraient un disque fait de contraires et d’oppositions, Live evil.

La tentative pouvait rendre quelque chose de plutôt bancal. Peu d’artistes tentent le pari du métissage jusque dans la fusion de partitions studio et d’enregistrements publics. En ce cas, on privilégie la séparation claire et nette, une face pour chaque, voire un disque pour chaque dans le cas d’un matériel conséquent et personne ne se plaindra. Miles Davis n’a cure de ses détails, seule importe la qualité des interprétations.
Le jazz jouit selon lui de suffisamment de liberté pour conserver la même chaleur dans les deux espaces. Il compose donc Live evil par un savant assemblage de morceaux studio et de versions publiques.

Les enregistrements publics, atteignant tous plus ou moins les vingt minutes, ont été captés le même jour, au Cellar Door de Washington DC le 19 décembre 1970. Les version studio sont nettement plus courtes et proviennent de diverses sessions au Columbia Studio B de New York. Le son est donc très différent, énergique et chaud au Cellar Door, plus éthéré et produit au Columbia Studio.
Toujours ce jeu des contraires, et Miles Davis en use jusque dans certains titres, s’amusant évidemment avec le patronyme de ce disque, Live Evil, mais aussi affublant les morceaux Sivad et Selim de son propre nom inversé.

Rien n’a changé depuis Bitches brew. La nuance s’écoute dans les improvisations, dans la multitude des instruments, et dans le jeu totalement free de John McLaughlin. Encore lui, me direz-vous. Miles Davis est décidément conscient du potentiel de son jeune guitariste et lui laisse une totale liberté, le laissant user de sa wah-wah sans compter, embellissant encore un peu plus le premier titre fleuve - Sivad - de ce simili live. A tel point que d’aucuns, fanatiques d’un jazz plus centré sur lui-même, lui reprocheront trop de dérives, tant funk que rock. Ces critiques ne peuvent tenir face aux multiples expériences du guitariste, déployant un panel inventif assommant. Et le public réagit a ces fougueuses lancées, enthousiaste.

Il est cependant permis d’en vouloir à Teo Macero, pour le coup. Son art de la découpe intransigeante scinde en deux parties presque distinctes Sivad. Tout d’abord quelques trois minutes d’un funk bouillant où Miles Davis et ses camarades rivalisent de puissance, lorgnant ouvertement vers une fusion jazz/rock du plus bel effet. L’extase vous prend alors que le rythme ralentit brusquement et le morceau s’étire en longueur, parsemé d’une wah-wah dominatrice et des improvisations d’un Miles Davis chaotique.
Ce découpage violent se retrouve à différents moments et, malgré les savantes retouches et arrangements, l’on peut parfois s’y perdre. La première écoute est de fait plus laborieuse que de coutume, puis l’oreille s’adapte, accepte ces choix si étranges, et les assimile. Le passage de Said à Little church est de fait tout aussi surprenant...

Un Little church qui nous invite dans un western magique. Court, il laisse une impression curieuse, entre fascination et arrière-gout de trop-peu. Isolé, le morceau se tient parfaitement, mais dans le contexte d’un album, il en parait presque incongru. Nous quittons rapidement ce désert, et Miles emmène sa troupe dans d’autres mondes, où la guitare distordue semble hurler de douleur, où la sitar électrique de Khalil Balakrishna gémit de concert. Le Medley Gemini/Double image navigue entre une tension parfois insupportable et une somme d’éléments dissonants chargés de nourrir le morceau, de le varier jusqu’à la nausée. Il ne faut cette fois aucunement chercher de logique, de sens de la composition. L’on pourrait presque y voir un simple amas de sons où certains se pâmeront devant telle audace et d’autres s’en éloigneront, arguant que le talent n’occulte pas le faible intérêt de ce titre, bien trop bancal, trop éclaté.

Là encore, c’est par les enregistrements live que le disque reprend de l’intérêt, avec un What I say fleuve faisant montre d’une belle énergie. Jack Dejohnette et Airto Moreira rivalisent de trouvailles pour les percussions, donnant de fortes couleurs à ce titre. Et Keith Jarret fait planer ses doigts sur les touches de son piano électrique, prenant le contrôle. Le maitre se déchaine soudainement, le rythme s’accélère, effluves de funk qui font suffoquer les premiers rangs du Cellar Door. Mais ce sont les tambours qui soutiennent réellement le morceau, la joute rythmique finale étant aussi grandiloquente que maitrisée.

Nem um talvez nous renvoie en studio, avec un morceau similaire à Little church, relativement court et manœuvré par l’orgue de Keith Jarret. Hermeto Pascoal revient à ses quelques vocalises fantomatiques, les percussions de Moreira, subtiles, rappellent de lointains voyages asiatiques. Étrangement, Selim qui suit semble en être le prolongement, tant la ressemblance est frappante, mais nous venons bel et bien de passer au second disque. Funky tonk, furieux, s’avance et la fièvre se fait plus agressive de par cette guitare insolente, de par ce piano espiègle. Ce "jazz" fait parler les instruments qui communiquent autant entre eux qu’avec le public, tout aussi heureux de converser avec ces maitres du son. Inamorata ne parvient pas à faire baisser cette tension constante et conclut brillamment cette petite affaire. McLaughlin est encore aux avant-postes, faisant jouer sa pédale comme jamais. A tel point qu’il parvient à faire sonner ses cordes comme une trompette, la nuance est parfois étrangement ténue.

Live evil, deux faces mêlées, deux façons d’aborder cette époque faste d’un Miles Davis en pleine fièvre créative, entourée des futurs plus grands hérauts de la fusion. Le contraste voulu par Macero, il n’en résulte qu’un pari à moitié gagné, tant ces longues improvisations enragées au Cellar Door enterrent de leur puissance les morceaux studio, plus humbles, moins fous. Il n’est d’ailleurs pas interdit de retravailler à votre manière l’ordre des plages et vous serez surpris de découvrir un nouvel album, certainement plus cohérent, mais perdant aussi un peu de cette essence si (positivement) dérangeante. A vous d’apprécier ces deux faces qui à l’image de la superbe pochette d’Abdul Mati (aussi responsable de celle de Bitches brew), dévoilent des aspects si ambivalents mais bien constitutifs de cet âge d’or.



Répondre à cet article

Vincent Ouslati





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Miles Davis : "Live evil"
(1/1) 24 octobre 2012, par icetears




Miles Davis : "Live evil"

24 octobre 2012, par icetears [retour au début des forums]

EletriKa sounds absolutely altered from any Metal bandage you accept anytime heard. The Brazilian rhythms and the Portuguese accent added to the songs accomplish its appearance unique, giving bearing to a new affectionate of Metal. If you are absolutely searching for something new about Metal, you should analysis EletriKa out ! Thanks a lot for the absorption and support. Keep in touch.
desenhos para colorir biblicos
jogos de culinaria da polly

[Répondre à ce message]