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Kate Bush : "The kick inside"
Une touche de finesse dans un monde de brutes.

dimanche 1er août 2004, par Marc Lenglet

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Elevée dans une famille d’artistes, Kate Bush est une pure autodidacte. Ayant appris par elle même le piano, elle se découvrit rapidement des talents de composition insoupçonnés et à l’âge de 16 ans, elle avait déjà dans son escarcelle près de 200 chansons, à l’usage du cercle familial. Par diverses connections, Dave Gilmour finit par entendre parler d’elle et, fasciné, arrangea une entrevue avec les pontes de EMI.

Eux-mêmes très impressionnés, ces derniers, fait unique jusqu’alors, avancèrent une somme impressionnante afin que Kate puisse se consacrer exclusivement à son art, sans avoir à se préoccuper des contingences matérielles. Ayant profité de cette opportunité pour suivre des cours de danse et de mime sous la houlette de maîtres renommés, Kate sortit son premier single, le fantastique Wuthering heights, en 1978. Totalement différent de tout ce qu’on avait entendu jusqu’alors, le morceau déferla sur l’Europe, ouvrant une voie royale pour le premier album de la belle.

Totalement différent, et le mot est encore faible. Le soft-rock et le progressif lancent alors leurs derniers feux, le punk est déjà en décadence et les 10 années suivantes seront dominées en grande partie par la synth-pop et le hard rock. Kate Bush, débarquant avec son éducation classique, sa fragilité et ses idées mystiques, n’est pas au fait de toutes ces subtilités. Ses chansons sereines, sa voix d’ange, l’omniprésence de son piano et son goût pour les représentations théâtrales (danses, maquillage et déguisements font partie intégrante de ses spectacles) à la Peter Gabriel sont presque une insulte aux mœurs musicales de l’époque.

Si James and the cold gun est une pétillante chanson pop-rock à la mode de ce qui se faisait dans les années 70, et si Kite est un jouissif tressaillement aux influences funk, c’est dans les sublimes balades au piano qu’on prend la pleine mesure de l’artiste unique qu’est Kate Bush. Purement et simplement féeriques, ces perles regorgent de douceurs et de trésors enfouis. Il serait dommage de limiter l’artiste à Wuthering heights (mise en musique du célèbre roman des sœurs Brontë, ici écrin d’une des interprétations les plus saisissantes qu’il m’ait jamais été donné d’entendre) ou au fragile et étincelant The man with the child in his eyes. Des chefs-d’œuvres de pureté comme Moving ou Strange phenomena vaudraient à eux seuls une haute décoration pour services rendus à la musique.

Pour ceux qui, de prime abord, s’autoriseraient à penser que la chanteuse se complait dans de sages épanchements romantiques de et pour jeunes filles de bonne famille, un coup d’œil au textes ne serait pas superflu. Le romantisme de la musique de Kate Bush est à rapprocher du courant artistique du même nom au XIXe siècle, pas au pathétique verbiage amoureux dont on truffe tout bon slow qui se respecte. Outre leur remarquable richesse et leur haut niveau poétique, ils débordent d’une sensualité volcanique qui paraît presque en contradiction avec le personnage de Kate Bush. The kick inside, sous des dehors tout aussi rose bonbon, pose le douloureux cas d’un enfant issu d’une inceste fraternelle. Un sujet grave traité avec une maturité et un tact étonnant par une jeune femme d’à peine 18 ans. Sa voix est de celles qui vous hantent éternellement une fois entendues. Au cours d’un même verset, elle passe d’une convaincante imitation de soprano à une voix de femme-enfant à vous filer la chair de poule, et tout cela avec l’aisance de ceux chez qui le talent est inné. Et encore trouve-t-on sur cet album quelques légères erreurs de jeunesse, davantage sur la forme que sur le fond, erreurs dont Kate tirera les leçons pour composer des albums toujours plus personnels et affectés par ses états d’âme, sans jamais céder aux sirènes de la facilité.

Il n’est pas difficile de déceler l’inspiration qu’elle a pu susciter chez Sinéad O’Connor ou chez Tori Amos. Et, comme le dirait Chuck Palahniuk, auteur de Fight club et ami de longue date de l’intéressée, un monde sans Tori Amos serait un monde bien triste ! Rien que pour cela - et pour ce magnifique album qui n’a pas pris un ride en 25 ans - il faut remercier Kate Bush d’avoir pris la peine d’offrir au monde les inoubliables toiles de maîtres musicales dont regorge cet album et ses successeurs. Et il faudra la remercier encore longtemps. De cette manière, peut-être réapparaîtra-t-elle avec un album un jour ou l’autre...



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Marc Lenglet





Il y a 6 contribution(s) au forum.

Kate Bush : "The kick inside"
(1/3) 10 avril 2006, par ubik
> Kate Bush : "The kick inside"
(2/3) 4 août 2004, par André
> Kate Bush : "The kick inside"
(3/3) 1er août 2004, par Phil




Kate Bush : "The kick inside"

10 avril 2006, par ubik [retour au début des forums]

heu c est pas pour pinailler mais les hauts de hurlement elles se sont pas mis a 4 pour l ecrire,juste emilie (la plus torture peut etre)les autres se sont juste occupe de leurs propres roman.

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> Kate Bush : "The kick inside"

4 août 2004, par André [retour au début des forums]

une petite info en plus à propos du retard du nouvel album (un de ses nombreux points communs avec peter gabriel) : Michael kamen est décédé alors qu’il était occupé à travailler sur les arrangements ...

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> Kate Bush : "The kick inside"

1er août 2004, par Phil [retour au début des forums]
Le forum de l’Egrégore

Elle s’occupe de son fils maintenant, et elle semble très heureuse comme ça.

En 2002, dans un interview, elle annonçait qu’elle pourrait sortir un album fin 2002 ou début 2003... et nous sommes déjà mi-2004 !

Mais bon, si elle n’a plus trop d’inspiration, mieux vaut qu’elle ne sorte plus rien plutôt que de sortir quelque chose de décevant voire carrément nul.

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    > Kate Bush : "The kick inside"

    9 octobre 2005, par florence [retour au début des forums]


    Kate est une véritable artiste,belle et talentieuse,meme a 48 ans.
    Elle ne sort jamais un disque par année,elle préfére prendre son tant et faire des choses recherchés et qui ne sont pas du tout commerçial,comme toutes les conneries que l’on entend à longueur de journée.Tout ce qui fait son talent d’artiste.Nous l’aimons telle qu’elle est.
    Surtout ne change pas Kate.Reste la meme !nous t’aimons...
    Florence une fan acidulé.

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