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Judas Priest : "Rocka rolla"
Les débuts pas bien pétillants d’une icone

dimanche 31 octobre 2010, par Vincent Ouslati

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1970. Birmingham la moche, la noire, la boueuse l’hiver et humide l’été. Une vieille forteresse industrielle qui refoule derrière ses pubs une forte odeur de pisse alcoolisée. Besogneuse la semaine et mère de famille nombreuse le week-end. Rien qui fasse rêver dans les perspectives d’emplois, une ville où il faut soit taffer comme un esclave et mourir à 40 ans ou se flinguer à 50 avec les dettes enfoncées dans la bouche. La troisième option étant de faire de la musique, entre les parents abrutis d’incompréhension au retour des forges et les potes alcoolos à ramasser dans le caniveau chaque vendredi.

Le bassiste Ian Hill et le guitariste K.K. Downing ont heureusement choisi la troisième voie (les feignasses) et rament pour monter un groupe de rock, tentant diverses combinaisons tout en écumant les petites salles des environs de Birmingham. Un soupçon de succès finissant par poindre, la paire vire son chanteur Al Atkins et fout dans la même valise le batteur Chris Campbell. Il fallait faire place nette pour un certain Rob Halford, le batteur John Hintch et Glenn Tipton en second gratteux. Vous l’avez votre combinaison miracle...

...Mais qui tarde à s’imposer vraiment, la bande se sentant proche des songwriters de leur jeunesse rebelle, Joan Baez, Bob Dylan (le nom de "Judas Priest" est extrait de la chanson The ballad of Frankie Lee & Judas Priest de ce même Dylan), et reste encore bien timide sur le plan musical. Les débuts sont donc un mélange un poil pataud de groove, de hard en couches et de restes de psychédélisme, loin d’eux la volonté d’aller fracasser le mur du son, on commence tout pépère.

Niveau influences, Judas Priest n’a de toute manière pas encore défini un style propre alors on se retrouve avec les morceaux typés Black Sabbath (Deep freeze, Caviar and meths), les bouzins à la Deep Purple (One for the road, rocka rolla), le portnawak de gratteux dans le style Led Zeppelin en pleine montée de coke (Winter retreat) ou encore de la jolie ballade cru Uriah Heep 1970 (ou Scorpions ère Uli Jon Roth). C’est pas mal, mais c’est si clairement copié que l’intérêt s’en voit restreint. Rocka rolla serait entièrement de cette trempe, il serait bon de l’oublier complètement. Ce qui le sauve, hormis son caractère historique, ce sont ces chansons-prémices, ces indicateurs d’un glorieux parcours.

Il faut attendre Cheater pour entendre "vraiment" Judas Priest, les duels de guitares, les refrains accrocheurs, oubliez les quelques touches d’harmonica et il est évident que vous écoutez le créateur du heavy-metal dans ses œuvres seventies. Cheater ouvre un nouvel album dans l’album.
La disposition des chansons est d’ailleurs assez évocatrice de la jeunesse du combo, les pâles copies sont plantées en entrée pour rassurer et se rassurer. Avec du boudin pompé sur les anciens, on rameutera toujours les moins obtus et dans le cas où ils aillent plus loin que la cinquième plage, ils peuvent tenter un son quelque peu différent, celui qui fera de Judas Priest l’icone absolue du heavy-metal, tant musicalement que visuellement (les ceintures cloutées, le cuir repiqué à Elvis, les grosses bécanes, le folklore métallique en somme).

Dans cette seconde partie de l’album se fait donc jour la réelle essence du Priest, maniant mélodies et courtes furies, n’hésitant pas à ralentir le ton pour offrir des titres tels que Run of the mill. On est d’accord que comparé à, au hasard, Victim of changes ou Beyond the realms of death, ça vole pas haut, mais oubliez un temps le proche futur du groupe car pris à part, c’est plutôt bon. Quelques touches floydiennes accolées à de maladroites parties de guitares sur un fond jazzy vieillot, et Halford qui s’emporte sur le final en donnant une belle idée de ce dont il sera capable par la suite.
Dans le même esprit, Never satisfied pourrait exploser tout ce qui bouge si son rythme de grabataire avait été sévèrement accéléré.

Si il ne fallait en garder qu’un (facile, ce serait Cheater, ah merde), bon gardons-en deux alors car Dying to meet you est également recommandable. Rythmique lente et guitares à peine présentes, sauf pour ce merveilleux riff de western qui revient lancinant. Il y a quelque chose d’attirant derrière cette musique si bancale, une tentation sourde provoquée par les vocaux de crooner d’Halford. Diamonds and rust est du voyage, et ce titre de Joan Baez sera de nouveau repris dans une autre version sur Sin after sin, en 1977. Sans en faire un manifeste du futur du groupe, ce titre possède une aura particulière, de par l’hommage rendu a l’une de celles qui motiverent la creation de Judas Priest. Régulièrement repris en concert, allez m’écouter la version de Tim Owens sur le Meldown ’98 live, tirage de larmes assuré, diantre que c’est beau.

Soyons honnêtes, vous survivrez sans Rocka rolla, c’est un de ces albums de débutants dispensables sans être nuls, dont on se défait aisément le jour du vide grenier dominical. Sans excuser les maladresses et les errements inhérents à une première œuvre (dont le titre et la jaquette...), on peut passer un bon moment en compagnie de ces balbutiements, qui pourraient curieusement plaire aux allergiques des décharges métalliques qui suivirent.



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Vincent Ouslati





Il y a 11 contribution(s) au forum.

Judas Priest : "Rocka rolla"
(1/2) 3 novembre 2010
Judas Priest : "Rocka rolla"
(2/2) 31 octobre 2010, par Jérôme Delvaux




Judas Priest : "Rocka rolla"

3 novembre 2010 [retour au début des forums]

oui, c’est pas "Sin After Sin" ni "Stained Class" mais pour un premier essai avouons que "Rocka Rolla" est plutôt chouette dans le fond, et ça sera toujours mieux qu’un soit disant ’bon’ album des Nazes Arrêtes..... enfin, je veux dire Nazareth !

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Judas Priest : "Rocka rolla"

31 octobre 2010, par Jérôme Delvaux [retour au début des forums]

Notons que Birmingham la grise a aussi enfanté Duran Duran... ;)

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