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Japan : "Adolescent sex"
Sex in the City

mercredi 9 juin 2010, par Jérôme Delvaux

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On nous reproche parfois de ne plus réaliser beaucoup de chroniques plage par plage des albums que nous présentons. Pour tuer le temps, et parce que je réécoute l’intégrale de Japan en boucle depuis les tristes annonces concernant la santé de Mick Karn, allons-y, cassons la monotonie de la critique gonzo désormais chère à Pop-Rock avec un « track-by-track » d’Adolescent sex, le premier album des cinq fringants new-wavers londoniens.

- Transmission : Le voilà qui arrive, dans un souffle glacial : David Sylvian, le Ziggy Stardust millésimé 1978. Androgyne. Racé. Elégant. Il a 19 ans à peine mais déjà autant de make-up et d’assurance que son modèle. Sa voix transpire le charisme et la sensualité. Soutenu par une guitare glam-rock, des effets électroniques futuristes et des chœurs sci-fi, il est le nouvel héros flamboyant de la nightlife. ‘Your body falls, too unpredictable, but I’m dancing…’ L’imitation de Bowie peut paraître surjouée mais l’ensemble tient la route.

- The unconventional : Soul, disco, funk. ‘Because I’m dancing, dancing to your heart…’ C’est facile, certes, mais bien troussé et bigrement dansant. Un single évident.

- Wish you were black : Sylvian croone sur une pure perle de funk blanc qui va crescendo, avec tout ce qu’il faut de mélodies accrocheuses, d’articulations sensuelles, une guitare qui sonne comme un synthé, et une ligne de basse imparable de Mick Karn (19 ans, lui aussi !). ‘Satisfaction unrequited, a ghetto in your heart’. C’est le moment fort de la première face du disque, quelque part entre Young Americans et le meilleur de Chic.

- Performance : De la pop/soul urbaine saupoudrée d’une légère couche d’électronique. Et ce phrasé toujours aussi sexy, arrogant, habité d’un sens du groove peu commun. ‘Your hands are not clean from your fascist graffitti.’ Spandau Ballet passera deux albums à essayer - en vain - de reproduire des titres comme celui-ci.

- Lovers on Main Street : Les riffs de guitare musclés de Rob Dean contrastent avec l’apparente légèreté des séquences de claviers. Sur le pont, les percussions africanisantes de Steve Jansen (tout juste 18 ans !) annoncent les expérimentations à venir.

- Don’t rain on my parade : La bonne blague de cet album puisqu’il s’agit d’une reprise de Barbra Streisand (oui, de cette merde) tirée d’une comédie musicale bidon des années 60. Sylvian réussit l’exploit d’en faire un single vraiment intéressant, dansant, et surtout très fun, qui ne dénote pas avec l’ensemble.

- Suburban love : Gros délire glamour/funky de nuits arrosées… Fermez les yeux, vous y êtes : rails de coke en veux-tu en voilà, le mascara de ces dames coule sur des draps de soie, la musique, élégante, fend la nuit. Avec en point de mire, ce refrain, obsédant : ‘Earth, wind and fire cannot take me much more higher’. L’on ne sait trop s’il parle des éléments ou du groupe disco américain Earth, Wind & Fire, mais on prend un pied magistral.

- Adolescent sex : Ce véritable tube alternatif s’inscrit dans la continuité directe de la première période américaine de Bowie. Doté d’une irrésistible ligne de basse "plus nigger, t’es James Brown" et de synthés brumeux, il nous donne en fait une idée assez précise du genre de disque qu’aurait pu sortir le Thin White Duke après Station to station s’il n’avait pas tout plaqué pour filer à Berlin enregistrer sa sombre trilogie avec Brian Eno. ‘We’re just an other hype’ lâche, ironique, Sylvian, en guise d’introduction de ce qui sera le premier succès (mineur) du groupe. Pour le reste, c’est peu dire qu’il reproduit le timbre de voix et les intonations du Bowie du milieu des seventies avec une maestria saisissante. ‘Whatever gets you through the night, just keep on dancing’. Message reçu cinq sur cinq.  [1]

- Communist China : Des chœurs étrangement sixties cohabitent en toute harmonie avec des cascades de synthés eno-esques et un tout premier texte politique. ‘The conversation’s getting far too vicious’. Un vrai classique !

- Television : Sylvian crache pendant près de dix minutes son dégoût de la télé sur un ton de plus en plus vindicatif. ‘They throw shit in your face and you smile’. C’est un final de toute beauté durant lequel le guitariste improvise même l’un ou l’autre solo (chose rarissime chez Japan !).

Les membres du groupe ont beau le renier sous le prétexte qu’ils ont fait beaucoup mieux par la suite, Adolescent sex est un album envoûtant qui séduit tant par la qualité des chansons qu’il renferme que par la naïveté qui s’en dégage. Japan n’a certes pas encore, en 1978, toute la finesse et la profondeur qui ne tarderont plus à caractériser ses productions, mais on peut déjà percevoir que ses membres disposent d’un potentiel exceptionnel pour des musiciens de cet âge. L’album s’écoute comme un tout indivisible et, pour autant qu’on ne soit pas allergique à la sophistication arty des arrangements et à l’arrogance à peine forcée du chant, il offre à chaque écoute l’impression d’un plaisir renouvelé.


[1] Japan a sorti par la suite en single une version nettement plus aboutie de ce morceau (voir la compilation Assemblage, Hansa Records, 1981).



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Jérôme Delvaux





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Japan : "Adolescent sex"
(1/1) 10 juin 2010




Japan : "Adolescent sex"

10 juin 2010 [retour au début des forums]

sur ce 1er disque de Japan la voix de David Sylvian est si forçée et maniérée que ça frise le ridicule ! je préfère encore leur deuxième album ("Obscure Alternatives"), qui bien que dans la même lignée et pas totalement exempt de défauts (toujours la voix désagréable de Sylvian principalement), se détache un peu musicalement de ce côté glam poussif et incorpore à leur rock arty (je ne vois pas d’autre qualificatif) les influences du reggae (sur "Rhodesia") et de la musique ambient façon Eno (sur l’instrumental "The Tenant"). il faudra tout de même attendre 1979 et l’album "Quiet Life", pour que le groupe trouve sa voie (et Sylvian, sa voix !!!!). question look, ils en ont souvent changé mais ça toujours été catastrophique et du plus haut ridicule ! (ça n’a pas empêché Duran/Duran de récidiver dans ce domaine là ! ....car en ce qui concerne le ridicule, ces derniers sont passés maîtres en la matière !!!). quoiqu’il en soit, l’art de Japan fut impérial sur "Quiet Life", "Gentlemen Take Polaroids" et "Tin Drum" !!!

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