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Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"
Comment épelez-vous « prétentieux » ?

mardi 30 décembre 2008, par Marc Lenglet

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Au début des années 70, une des plaisanteries les plus en vogue dans le milieu rock était la suivante : comment épelez-vous « prétentieux » ? La réponse était invariablement « E-L-P ». Le super groupe Emerson, Lake & Palmer eut en effet le douteux privilège de symboliser tous les travers et les excès du rock progressif, ceux qui contribuèrent à ce que le courant dans son ensemble passe rapidement du Capitole à la roche tarpéienne en l’espace de quelques années et qui, encore aujourd’hui, attachent à tout ce qui connoté « prog » une injuste réputation de pédantisme stérile.

Oui, Tarkus est une œuvre notoirement casse-bonbons, un truc à faire détester viscéralement le rock progressif à toute personne qui n’en aurait jamais écouté jusqu’alors. Une composition progressive peut être interminable, molle, maniérée. Ca, on le sait. Elle peut également être si pompière qu’elle en devient insupportable.

On peut reprocher beaucoup de choses à Close to the edge, la symphonie mystique du Yes de ces années-là, ou même au Firth of fifth notoirement plus concis du Selling England by the pound de Genesis, à commencer par les trois qualificatifs peu flatteurs évoqués plus haut. Reste que les 18 minutes du premier ont le bon goût de déployer une incroyable variété de climats différents, de la fébrilité des arpèges de guitare d’ouverture au mysticisme rêveur diffusée par la célèbre séquence à l’harmonium. Quant au second, moins démonstratif, il s’agit d’une composition à la grâce remarquable, riche en émotions et en montées en puissance. Tarkus a, il est vrai, le défaut d’être antérieur à ces deux sommets du prog. Précisons également qu’avant d’être un groupe, ELP est un Super-groupe (le premier de l’histoire du rock en fait) qui rassemble Keith Emerson de The Nice, Greg Lake de King Crimson et Carl Palmer d’Atomic Rooster. Tarkus est majoritairement l’œuvre du premier, le second ayant toujours manifesté un certain attrait pour la simplicité et le troisième n’ayant apparemment guère d’avis sur la question.

Défricheur de nouveaux territoires en matière de pièces de résistance alambiquées, il souffre d’une certaine naïveté dans son optique, d’une volonté d’en mettre plein la vue qui en devient rapidement contre-productive. Tarkus a en outre la malchance de ne pouvoir être jugé que sur la composition du même nom, monument pionnier de plus de vingt minutes qui ne parvient à générer ni l’éclectisme ni les atmosphère puissamment évocatrices requises pour que l’auditeur lambda ait une chance de tenir le coup. Nous parlions de naïveté, et Tarkus, pas encore totalement exfiltré loin d’une certaine idée des années 60, prend le pari de pas s’abandonner totalement au songe et d’y aller de son commentaire conscientisé. Outre la traditionnelle recherche d’harmonie et de grandeur mégalomaniaque, Tarkus joue aussi le rôle d’une dénonciation métaphorique et salement abstraite des conséquences de l’activité industrielle, militaire et religieuse de l’humanité, présentées sous les traits de Tarkus, l’hybride tatou/Panzer représenté sur la pochette.

Sur un monolithe de cette envergure, tout n’est évidemment pas à rejeter. Bien employés, les synthétiseurs Moog révèlent une majesté épique inattendue. Certaines lignes de chant préfigurent l’onirisme qui serait bientôt en vogue chez les plupart des formations progressives. Mais pourquoi diable faut-il se farcir ces insupportables sections d’orgue Hammond couinants qui infestent chaque recoin de Tarkus et, à de rares exceptions près, n’apportent qu’un intense sentiment d’irritation (à commencer par les trois minutes d’introduction) ? Objectivement, on peut admirer la virtuosité d’Emerson et la réflexion évidente menée pour obtenir un tel rendu dissonant. Subjectivement, on prie juste pour que ça s’arrête et qu’on passe à autre chose.

Et le reste ? Hé bien, justement, il n’y a pas à proprement parler de « reste ». La seconde face du vinyle était constitué de chansonnettes si minimalistes et insipide qu’il était humainement impossible d’y accorder le moindre intérêt une fois digéré ce léviathan de Tarkus et ce, qu’on ait apprécié ce dernier ou pas. Amusettes French cancan pour saloon (Jeremy Bender), micro symphonie baroque (The only way), médiocre rockabilly qui se voudrait drôle avec Are you ready Eddie... Mieux vaut oublier tout ça au plus vite.



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Marc Lenglet





Il y a 26 contribution(s) au forum.

Hortense
(1/9) 4 septembre 2014, par Hortense
Soupir....
(2/9) 6 juin 2012, par John Lydon
Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"
(3/9) 9 novembre 2011, par green
Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"
(4/9) 5 juin 2011
Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"
(5/9) 22 avril 2011, par Initiative Zarma
Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"
(6/9) 12 décembre 2010
Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"
(7/9) 22 août 2010, par le nostalgique 06
Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"
(8/9) 31 décembre 2008
Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"
(9/9) 30 décembre 2008, par Help !




Hortense

4 septembre 2014, par Hortense [retour au début des forums]

Encore un billet original ! Où trouvez-vous ces idées ? On désespère si souvent de voir des actualités intelligentes sur la toile. Comment faire pour vous écrire ?

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Soupir....

6 juin 2012, par John Lydon [retour au début des forums]

Bah.. la prétention de ELP, si elle existe a dû déteindre sur les propos du chroniqueur. C’est assommant de lire toujours les mêmes poncifs hérités d’une pseudo "histoire" du rock qui veut que les groupes comme Genesis, King Crimson, yes ou ELP, tous empaquetés et étiquetés "Rock prog’" (c’est tellement plus facile pour les marchands de galettes en supermarché... oui je sais, c’est un autre poncif !), seraient les dinosaures qu’on opposerait à tous les vaillants "décrasseurs" du punk. C’est bizarre qu’on accepte la naïveté, la surenchère, le second degré chez certains pour requalifier le tout de "pompeux" chez d’autres...

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Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

9 novembre 2011, par green [retour au début des forums]

Désolé de vous contredire, mais à l’instar de bon nombre de musicologues fondés en la matière, si la pretention du groupe a toujours ete évidente,la qualité et l’avant-gardisme de Tarkus n’a jamais ete mis en doute...
votre article est d’une mauvaise foi incalculable, ou alors simplement n’y connaissez vous rien ?

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Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

5 juin 2011 [retour au début des forums]

Cher chroniqueur, votre article sur ELP est bidon et très mauvais. Vous n’avez pas du tout saisi leur propos musical comme quantité de chroniqueurs rock qui n’ont jamais rien capté à leur musique et à ce qui s’en dégage. Ce que ce groupe a pondu dans la première moitié des années 70 est très riche et pertinent. Trop complexe pour vos oreilles ?

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Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

22 avril 2011, par Initiative Zarma [retour au début des forums]

Autant il est socialement plutôt malvenu d’avoir la moindre réserve à caractère musical sur le rap le plus minable, autant il est de (très) bon ton de se défouler sur tout ce qui touche à la prog et plus particulièrement ELP, groupe qui focalise à lui seuls 50% des ironies concernant la musique des 70’s.

Tellement consensuel que bien que la prog (à part Crimson) ne soit pas ma came en général et encore moins ELP en particulier, je m’abstiendrais de me joindre au concert des critiques faciles, pour les raisons précédemment évoquées.

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Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

12 décembre 2010 [retour au début des forums]

Va t’acheter des oreilles !!!!!!! C’est un des meilleur album de rock de part son inventivité, sa magie et sa technicité ; le tout pondu en seulement deux semaines ! La suite Tarkus est pour moi un pur chef d’oeuvre qui me fait toujours rêver. Doit-on également rappeler que Carl palmer fait parti des dix meilleurs batteur de tout les temps ? A l’instar de keith Emerson pour les claviers.

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Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

22 août 2010, par le nostalgique 06 [retour au début des forums]

A la place de faire un forum il faut faire des conversation pourries avec 250 alinéas ...

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Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

31 décembre 2008 [retour au début des forums]

Ce qui ne manque pas de me surprendre, c’est la nature bête et méchante de certains posts, placés biens safe anonymement derrière l’ordi.

Le top, c’est quand les tirades contiennent des mots compliqués clairement pas compris par l’utilisateur.

(Obscurantisme : le fait d’empêcher la diffusion de l’instruction, de la culture - Micro Robert, Edition 1992)

il faut avoir de la merde dans le cerveau pour prétendre que Mr Lenglet (ou pop-rock) correspondent à cette définition. Bon ou mauvais, c’est de diffusion de musique et de Passion (avec un grand P) qu’il s’agi(ssai)t.

Je n’ai pas toujours été d’accord, ni avec les articles, ni avec les arguments et les opinions propagées. N’empêche que j’ai passé d’excellents moments de lecture, et que je regretterai de ne plus pouvoir suivre certaines plumes.

J’attends la nouvelle équipe avec curiosité, même si je ne pense pas comme le futur redac’ chef que Pop-rock, c’était que de la merde. Je pense sincèrement que joindre les forces aurait été bénéfique. Mais qui suis-je pour prétendre çà ? Je ne connais aucun des acteurs et n’ai donc aucune idée des sensibilités et personnalités, j’apprécie juste certaines plumes.

Bonne chance aux pop-rockeurs, anciens et nouveaux.

...

Mathieu

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    Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

    16 août 2010, par Lucas [retour au début des forums]


    C’est d’une immaturité considérable ...
    Chacun ses gout et c’est tout, si il fallait s’envoyer des baffes dans la gueule pour des différence de gouts, on aura jamais finis et le mondre serai un ring de boxe géant, puis il restera plus que lesplus fort, la lois de la jungle, qui eux s’entretueront davantage et puis un seul survivra et se tuera parce qu’il sera tout seul.
    (qque je raconte moi ?)

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Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

30 décembre 2008, par Help ! [retour au début des forums]

Pauvre Marc Lenglet complètement aveuglé par son obscurantisme et sa méconnaissance de la chose progressive !!!
si il y a vraiment un truc prétentieux au possible, c’est bien ce pompeux "Close To The Edge" de Yes et non "Tarkus" !
la longue suite éponyme d’Emerson, Lake & Palmer est au contraire, un morceau de bravoure brut, direct, sans concessions et bourré d’énergie (là, on ne nage pas dans le mièvre et l’édulcoré comme sur la longue suite de Yes en 72, Monsieur !). si la face B est plus soft (quoique ’Bitches Crystal’ a de beaux restes !), il n’en reste pas moins que les morceaux valent le coup (à part la mauvaise plaisanterie ’Are You Ready Eddy ?’ dédiée à l’ingénieur du son Eddie Offord.... Co-producteur du futur "Close To The Edge" de qui vous savez !). qu’on ne s’y trompe pas, "Tarkus " est bien l’un des tous meilleurs albums d’ELP et du rock progressif (avec "Brain Salad Surgery" en 73).

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    Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

    30 décembre 2008 [retour au début des forums]


    Ce rédacteur n’est qu’une clette, qu’on est dit par chez moi... J’espère qu’il fera les frais de la grande lessive annonçée par Coosemans !

    [Répondre à ce message]

      Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

      30 décembre 2008 [retour au début des forums]


      ouais. vive la purge !
      à propos, comment épelez-vous « prétentieux » ?
      j’ai la réponse en 1 mot : LENGLET

      [Répondre à ce message]

        Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

        30 décembre 2008, par Marc Lenglet [retour au début des forums]


        Ca fait deux mois que je suis parti...maintenant, si le taulier continue à publier mes brouillons laissés en stock, je n’y peux pas grand chose.

        Quant à Close to the edge, c’est aussi imbuvable que Tarkus, point. Et je doute que vous entendrez beaucoup parler de progressif, en bien ou en mal, avec Coosemans.

        [Répondre à ce message]

          Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

          31 décembre 2008 [retour au début des forums]


          "Et je doute que vous entendrez beaucoup parler de progressif, en bien ou en mal, avec Coosemans."

          Goûts de chiottes et dons divinatoires, tu cumules, Lenglet.

          [Répondre à ce message]

            Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

            31 décembre 2008, par Marc Lenglet [retour au début des forums]


            Non, mais me semble pas qu’il fasse preuve d’une grande sympathie pour ce type de musique pompière.

            Quant à "Goûts des chiottes"...vous ne pouvez pas savoir, en 6 ans sur pop-rock, ce que j’ai espéré tomber sur quelqu’un qui ait dépassé le stade de l’anathème-touche-pipi-proche-du-slip en matière de goûts musicaux comparés. Ce ne sera pas encore pour aujourd’hui apparemment...

            [Répondre à ce message]

              Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

              31 décembre 2008 [retour au début des forums]


              ça n’empêche, t’as vraiment aucun bon goût !

              [Répondre à ce message]

              Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

              31 décembre 2008 [retour au début des forums]


              "musique pompière" !!! ça ne veut rien dire ton truc à la con.
              pompier toi même !

              [Répondre à ce message]

                Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

                1er janvier 2009, par Marc Lenglet [retour au début des forums]


                Open a dictionnary, dickhead.

                [Répondre à ce message]

                  Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

                  1er janvier 2009 [retour au début des forums]


                  allez... dégage ! (ah ben non, c’est vrai c’est déjà fait !)

                  [Répondre à ce message]

                    Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

                    27 août 2010, par Marc Langlet  [retour au début des forums]


                    Bah non je suis encore là XD.

                    [Répondre à ce message]

                      Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

                      27 août 2010, par Ert [retour au début des forums]


                      Je cite :

                      Au début des années 70, une des plaisanteries les plus en vogue dans le milieu rock était la suivante : comment épelez-vous « prétentieux » ? La réponse était invariablement « E-L-P ». Le super groupe Emerson, Lake & Palmer eut en effet le douteux privilège de symboliser tous les travers et les excès du rock progressif, ceux qui contribuèrent à ce que le courant dans son ensemble passe rapidement du Capitole à la roche tarpéienne en l’espace de quelques années et qui, encore aujourd’hui, attachent à tout ce qui connoté « prog » une injuste réputation de pédantisme stérile.

                      Oui, Tarkus est une œuvre notoirement casse-bonbons, un truc à faire détester viscéralement le rock progressif à toute personne qui n’en aurait jamais écouté jusqu’alors. Une composition progressive peut être interminable, molle, maniérée. Ca, on le sait. Elle peut également être si pompière qu’elle en devient insupportable.

                      On peut reprocher beaucoup de choses à Close to the edge, la symphonie mystique du Yes de ces années-là, ou même au Firth of fifth notoirement plus concis du Selling England by the pound de Genesis, à commencer par les trois qualificatifs peu flatteurs évoqués plus haut. Reste que les 18 minutes du premier ont le bon goût de déployer une incroyable variété de climats différents, de la fébrilité des arpèges de guitare d’ouverture au mysticisme rêveur diffusée par la célèbre séquence à l’harmonium. Quant au second, moins démonstratif, il s’agit d’une composition à la grâce remarquable, riche en émotions et en montées en puissance. Tarkus a, il est vrai, le défaut d’être antérieur à ces deux sommets du prog. Précisons également qu’avant d’être un groupe, ELP est un Super-groupe (le premier de l’histoire du rock en fait) qui rassemble Keith Emerson de The Nice, Greg Lake de King Crimson et Carl Palmer d’Atomic Rooster. Tarkus est majoritairement l’œuvre du premier, le second ayant toujours manifesté un certain attrait pour la simplicité et le troisième n’ayant apparemment guère d’avis sur la question.

                      Défricheur de nouveaux territoires en matière de pièces de résistance alambiquées, il souffre d’une certaine naïveté dans son optique, d’une volonté d’en mettre plein la vue qui en devient rapidement contre-productive. Tarkus a en outre la malchance de ne pouvoir être jugé que sur la composition du même nom, monument pionnier de plus de vingt minutes qui ne parvient à générer ni l’éclectisme ni les atmosphère puissamment évocatrices requises pour que l’auditeur lambda ait une chance de tenir le coup. Nous parlions de naïveté, et Tarkus, pas encore totalement exfiltré loin d’une certaine idée des années 60, prend le pari de pas s’abandonner totalement au songe et d’y aller de son commentaire conscientisé. Outre la traditionnelle recherche d’harmonie et de grandeur mégalomaniaque, Tarkus joue aussi le rôle d’une dénonciation métaphorique et salement abstraite des conséquences de l’activité industrielle, militaire et religieuse de l’humanité, présentées sous les traits de Tarkus, l’hybride tatou/Panzer représenté sur la pochette.

                      Sur un monolithe de cette envergure, tout n’est évidemment pas à rejeter. Bien employés, les synthétiseurs Moog révèlent une majesté épique inattendue. Certaines lignes de chant préfigurent l’onirisme qui serait bientôt en vogue chez les plupart des formations progressives. Mais pourquoi diable faut-il se farcir ces insupportables sections d’orgue Hammond couinants qui infestent chaque recoin de Tarkus et, à de rares exceptions près, n’apportent qu’un intense sentiment d’irritation (à commencer par les trois minutes d’introduction) ? Objectivement, on peut admirer la virtuosité d’Emerson et la réflexion évidente menée pour obtenir un tel rendu dissonant. Subjectivement, on prie juste pour que ça s’arrête et qu’on passe à autre chose.

                      Et le reste ? Hé bien, justement, il n’y a pas à proprement parler de « reste ». La seconde face du vinyle était constitué de chansonnettes si minimalistes et insipide qu’il était humainement impossible d’y accorder le moindre intérêt une fois digéré ce léviathan de Tarkus et ce, qu’on ait apprécié ce dernier ou pas. Amusettes French cancan pour saloon (Jeremy Bender), micro symphonie baroque (The only way), médiocre rockabilly qui se voudrait drôle avec Are you ready Eddie... Mieux vaut oublier tout ça au plus vite.

                      Oui, c’est sur, mais voilà quoi c’est comme ça ...

                      [Répondre à ce message]

                        Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

                        27 août 2010, par boulay professionnel  [retour au début des forums]


                        Tu penses ? Moi quand je prends cet extrait là de l’article

                        Au début des années 70, une des plaisanteries les plus en vogue dans le milieu rock était la suivante : comment épelez-vous « prétentieux » ? La réponse était invariablement « E-L-P ». Le super groupe Emerson, Lake & Palmer eut en effet le douteux privilège de symboliser tous les travers et les excès du rock progressif, ceux qui contribuèrent à ce que le courant dans son ensemble passe rapidement du Capitole à la roche tarpéienne en l’espace de quelques années et qui, encore aujourd’hui, attachent à tout ce qui connoté « prog » une injuste réputation de pédantisme stérile.
                        Oui, Tarkus est une œuvre notoirement casse-bonbons, un truc à faire détester viscéralement le rock progressif à toute personne qui n’en aurait jamais écouté jusqu’alors. Une composition progressive peut être interminable, molle, maniérée. Ca, on le sait. Elle peut également être si pompière qu’elle en devient insupportable.
                        On peut reprocher beaucoup de choses à Close to the edge, la symphonie mystique du Yes de ces années-là, ou même au Firth of fifth notoirement plus concis du Selling England by the pound de Genesis, à commencer par les trois qualificatifs peu flatteurs évoqués plus haut. Reste que les 18 minutes du premier ont le bon goût de déployer une incroyable variété de climats différents, de la fébrilité des arpèges de guitare d’ouverture au mysticisme rêveur diffusée par la célèbre séquence à l’harmonium. Quant au second, moins démonstratif, il s’agit d’une composition à la grâce remarquable, riche en émotions et en montées en puissance. Tarkus a, il est vrai, le défaut d’être antérieur à ces deux sommets du prog. Précisons également qu’avant d’être un groupe, ELP est un Super-groupe (le premier de l’histoire du rock en fait) qui rassemble Keith Emerson de The Nice, Greg Lake de King Crimson et Carl Palmer d’Atomic Rooster. Tarkus est majoritairement l’œuvre du premier, le second ayant toujours manifesté un certain attrait pour la simplicité et le troisième n’ayant apparemment guère d’avis sur la question.
                        Défricheur de nouveaux territoires en matière de pièces de résistance alambiquées, il souffre d’une certaine naïveté dans son optique, d’une volonté d’en mettre plein la vue qui en devient rapidement contre-productive. Tarkus a en outre la malchance de ne pouvoir être jugé que sur la composition du même nom, monument pionnier de plus de vingt minutes qui ne parvient à générer ni l’éclectisme ni les atmosphère puissamment évocatrices requises pour que l’auditeur lambda ait une chance de tenir le coup. Nous parlions de naïveté, et Tarkus, pas encore totalement exfiltré loin d’une certaine idée des années 60, prend le pari de pas s’abandonner totalement au songe et d’y aller de son commentaire conscientisé. Outre la traditionnelle recherche d’harmonie et de grandeur mégalomaniaque, Tarkus joue aussi le rôle d’une dénonciation métaphorique et salement abstraite des conséquences de l’activité industrielle, militaire et religieuse de l’humanité, présentées sous les traits de Tarkus, l’hybride tatou/Panzer représenté sur la pochette.
                        Sur un monolithe de cette envergure, tout n’est évidemment pas à rejeter. Bien employés, les synthétiseurs Moog révèlent une majesté épique inattendue. Certaines lignes de chant préfigurent l’onirisme qui serait bientôt en vogue chez les plupart des formations progressives. Mais pourquoi diable faut-il se farcir ces insupportables sections d’orgue Hammond couinants qui infestent chaque recoin de Tarkus et, à de rares exceptions près, n’apportent qu’un intense sentiment d’irritation (à commencer par les trois minutes d’introduction) ? Objectivement, on peut admirer la virtuosité d’Emerson et la réflexion évidente menée pour obtenir un tel rendu dissonant. Subjectivement, on prie juste pour que ça s’arrête et qu’on passe à autre chose.
                        Et le reste ? Hé bien, justement, il n’y a pas à proprement parler de « reste ». La seconde face du vinyle était constitué de chansonnettes si minimalistes et insipide qu’il était humainement impossible d’y accorder le moindre intérêt une fois digéré ce léviathan de Tarkus et ce, qu’on ait apprécié ce dernier ou pas. Amusettes French cancan pour saloon (Jeremy Bender), micro symphonie baroque (The only way), médiocre rockabilly qui se voudrait drôle avec Are you ready Eddie... Mieux vaut oublier tout ça au plus vite.

                        J’ai envie de dire que je suis de ton avis.

                        [Répondre à ce message]

                          Emerson, Lake & Palmer : "Tarkus"

                          27 août 2010, par boulay professionnel 2 [retour au début des forums]


                          Détrompettez vous, j’ai envie de dire moi plutôt que :

                          Qu’est ce que le Tarkus ? Oh, eh bien c’est une grosse bêbête, mi-tank mi-tatou, assez étrange et qui fait vraiment peur.
                          En plus d’être le titre de l’album, c’est en effet une pièce d’une durée approximative de 20 minutes, qui occupe entièrement la face A du vinyle (même si on a des CD maintenant, je tenais à le préciser quand même).
                          La première fois qu’on tombe sur cet animal, on a tendance à partir en courant. Mais étant donné que partout, on ne tarit pas d’éloges à son propos, on décide tout de même de persévérer, pour peut-être, revoir notre jugement hâtif.
                          On commence par essayer d’obtenir de plus amples informations concernant la naissance de la bête.
                          Elle est née dans l’imagination fertile de Keith Emerson, qui crée alors une pièce dans laquelle pourra s’exprimer toute sa virtuosité pianistique, et qui s’articule autour d’un concept : l’histoire du Tarkus, dont chaque épisode est relaté dans une des sept parties que compte l’oeuvre.
                          Rapide résumé de ses aventures : Un oeuf éclot lors d’une éruption volcanique (Eruption), le Tarkus sort de cet oeuf. A partir de là, si l’on se réfère aux illustrations (vraiment moches, on dirait les dessins d’un gamin de 2 ans) contenues à l’intérieur du livret, on en conclut qu’il se bat avec diverses créatures toutes plus alambiquées les unes que les autres. Comme il est super fort, il les surpasse toutes... jusqu’à ce que se pointe une manticore (Manticore), c’est à dire un genre de sphinx, qui réussit à faire tomber le redoutable tank-tatou. Celui-ci devient alors un Tarkus aquatique (Aquatarkus), un peu comme s’il suivait la Théorie de l’Evolution en sens inverse...
                          Toute cette histoire a peut-être une signification plus profonde, mais les textes et les titres des différentes parties ne nous aident pas à la trouver, on va donc passer rapidement là dessus et s’intéresser à la musique en elle-même.
                          C’est incontestablement une grande pièce progressive, dans le plein sens du terme, c’est à dire qu’elle possède les qualités mais aussi les défauts caractéristiques du genre.
                          Virtuosité des musiciens, richesse des sons, complexité des arrangements et développements épiques peuvent rapidement se muer en démonstrations inutiles et orgueil mal placé, manque de spontanéité, longueurs, et inaccessibilité de l’oeuvre si on tombe dans l’exagération... et la limite entre le génial et le grotesque est souvent ténue, comme on peut le constater en écoutant certains passages d’Iconoclast, mais surtout de Mass et de Manticore qui tombent dans les travers sus-cités.
                          Mais heureusement, Greg Lake est là pour apporter sa cohérence au morceau. Et pourtant, au départ, il n’est pas du tout convaincu par ce monstre que propose Emerson. Il finira par participer, pour le plaisir de nos oreilles !
                          Ses lignes de chant, merveilleusement placées, et sa magnifique et mélodique partie The Battlefield, contenant un de ses rares solos à la guitare électrique, très aérien, participent grandement à faire de Tarkus un incontournable d’ELP, et même du rock progressif en général. Et la fin grandiose Aquatarkus, avec en prime un rappel du « thème », permet d’oublier rapidement les errements de la bête à mi-chemin.
                          On me souffle dans l’oreillette que Tarkus n’est pas l’unique pièce de cet album, et qu’il faudrait peut-être que je passe à la suite. Mais quelle suite ? La Face B est un peu terne par rapport au morceau titre, mais néanmoins recèle quelques bijoux pour qui prend le temps de l’écouter sans lorgner sans cesse de manière nostalgique du côté de l’étrange et épique Tarkus.
                          Jeremy Bender est un petit western assez insignifiant, version « je danse le country et je tape dans mes mains ». On passe...
                          Bitches Crystal est un peu plus intéressante, ne serait-ce que pour le solo d’Emerson et la voix de Lake, énergique et entraînante. Mais là non plus, on ne crie pas au génie.
                          The Only Way, qui oscille souvent entre le mélancolique et le sombre, est en réalité une sorte de compilation d’oeuvres classiques, qui comprend des extraits de « Toccata in F » et « Prelude VI » de Jean Sebastien Bach. Mais le tout est très bien agencé, inclut encore de magnifiques passages vocaux de Lake, et peut amener des novices en matière de musique classique comme moi à s’intéresser à certaines oeuvres de grands compositeurs. On dit merci ELP !!!
                          Cet « hymne » possède une suite, Infinite Space, qui n’est pas malheureusement pas d’aussi bonne facture que lui, elle est répétitive et traîne en longueur comme son nom nous l’indique en guise de mise en garde... Même les habituelles fioritures pianistiques d’Emerson paraissent fades, c’est dire !
                          Heureusement, A Time And A Place nous fait rapidement oublier ce titre moyen, grâce encore une fois à Lake qui s’énerve et nous surprend par la pureté et l’impact de ses mélodies.
                          Mélodies qui sont très bien portées par un instrumental de grande beauté, de grande variété, et qui ne se perd pas dans des divagations inutiles et pompeuses pour aller droit à l’essentiel. La batterie de Palmer est variée, précise et vraiment adaptée aux différents développements du morceau, en particulier à la montée en puissance progressive du chant dans la première partie. Quant à Emerson, il sait rester sobre et efficace dans son jeu, et même ses solos sont moins emphatiques que d’habitude, ce qui prouve qu’il sait s’adapter quand il le faut.
                          Enfin, l’album se clôt sur un rock classique et pour le moins anecdotique,« Are You Ready Eddy » qui a été apparemment écrit à l’intention de leur ingénieur du son du moment, qui se prénomme Eddie. Certains voient dans la conclusion de cet album un trait d’humour, un clin d’oeil second degré. Soit. Il n’en reste pas moins que cet opus se ferme sur un coup de moins bien.
                          Ce Tarkus est donc, à l’image de son morceau titre, une chose étrange, un peu hétérogène dans la qualité, parfois bancale, parfois géniale.
                          Il faudra attendre Trilogy pour ne plus trouver ces défauts qui alourdissent quelque peu les compositions.
                          L’album est un « must-have » dans toute bonne discographie prog, mais je ne le conseillerais pas en premier lieu, pour découvrir le groupe.

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