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Dennis Wilson : "Pacific Ocean blue" The Beach Boy samedi 23 octobre 2010, par |
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Ils eurent beau jeu de s’appeler les Beach Boys, aucun de nos garcons n’etait capable de manier correctement une planche de surf. De la fratrie Wilson, un seul pourra se prétendre réel fils de Poséidon et des rouleaux mousseux, et c’est ce beau gosse de Dennis. La carrure athlétique, le tempérament d’un baiseur frénétique, et des tendances à l’autodestruction qui contrainrent maman Wilson à le coller dans le groupe de ses frangins, histoire de contrôler son caractère, elle en avait de ces idées...
Leur père Murry, obsédé par tout ce qui compte des notes aura tôt fait de lobotomiser ses gosses à chaque déception que ses derniers lui procurent. Drame classique des géniteurs ratés faisant porter sur leurs pauvres enfants toute leur nullité. De papa Jackson à maman Jordy, le monde n’a cessé de tourner en ce sens. Brian, Carl et Dennis ne le surent que trop bien. Mais autant les deux premiers semblaient avoir des prédispositions pour pallier la crasse médiocrité de leur paternel, autant ce sacripant de Dennis semblait irrécupérable pour la cause familiale. C’est donc maman qui impose le trublion dans le joujou de ses frangins, tâchant de lui trouver une place plus valorisante que celle de videur. On lui colle des baguettes dans les mains et une batterie devant la gueule, la position assise supposant la tranquillité, Keith Moon n’aurait pas désapprouvé cette lubie maternelle. Il n’était en rien un grand batteur, juste bon, dirons-nous. Mais ce passage derrière les fûts lui permet de faire montre de ses capacités vocales, franchement plus convaincantes. Mieux encore, il s’avère un compositeur doué, utile qualité lorsque Brian, à bout de souffle et d’idée pète finalement un plomb d’après un ambitieux Smile (reporté pour 40 ans) et sa guerre créative d’avec les Beatles. Dennis, lui, est prêt à faire montre de son talent, même si différent de ses frères, même si symbolisant la souillure dans un trio aux apparences proprettes. Il s’essaie déjà aux lancées en solitaire, de par ce single Sound of free de 1969 qui n’en finit par de marquer son frangin Brian. Obsédé par le talent de Dennis, il s’approprie la face B de son single (Lady) et la remanie sous le nom de Fallin’ in love pour l’offrir à sa femme, alors au sein du groupe American Spring. En 1977, nous en sommes au punk, et Dennis fait publier Pacific Ocean blue, loin de ses frères. Contre-pied encore une fois d’un surfeur qui va à l’encontre des vagues, abat le travail qui lui plait et rechigne à suivre quoi que ce soit. Il a vécu, et son personnage de surfeur musculeux prompt à la saillie de groupies le quitte peu à peu. La barbe se fait fournie et peu soignée, les yeux perdus dans la prochaine biture, il perd de sa superbe arrogance, mais y gagne en fragilité. Si le soleil et quelques grains de sable restent collés à ses tongs, on y perçoit d’autres éléments bien plus inquiétants. Le héros de ces dames un brin couillon fricotera avec la secte Manson en plus de ses excès d’alcool, de drogues et de femmes. Il ira jusqu’à partager quelques temps un appartement avec Charles Manson avant de le laisser stagner dans ses délires. Dennis aime prendre des risques et s’attirer les ennuis, adore se mettre en danger, tenter tout et n’importe quoi, c’est ce qui le fait survivre. Mais aucune de ses expériences ne le contente. Pire, elles l’enfoncent. Il use du studio comme d’une énorme terrain de jeu, délaissant le travail instrumental précis de ses frères pour plus d’aspérités. Le bleu de l’océan pacifique est aussi calme que tourmenté, les mouvements variant au gré de l’instant, de la Lune et de la créativité d’un Wilson toujours rebelle, et fragile finalement. Dans son travail, on perçoit une volonté de bien faire et une grasse couche de sincérité. Il assume ce qu’il fait de sa vie, n’en doute pas un instant. Il conserve sa batterie comme un ornement, et met en avant le touché du piano, une profusion de notes qui ne s’accordent entre elles qu’avec douleur. Il s’amuse à remplir les pistes, les enjoliver encore et encore, perfectionnant, n’allant cependant que rarement jusqu’à l’overdose de détails. Le cocaïnomane reste aussi fin que sobre lorsqu’il s’agit de musique, respectable maîtrise de soi. Il y aurait un peu de cette crasse grunge avant l’heure dans ses complaintes, un peu de cette misère sentimentale que ne cherche même plus à illuminer le soleil. On a tendance à croire à l’image un brin niaise de cette bande de neuneus en short avec décor de plage californienne. Mais si vous écoutez Pacific Ocean blue, vous constatez que la plage chie plus de galet que de sable blanc, que le soleil se pare de quelques gras cumulonimbus en son fronton, que cette vieille rengaine de chaleur, de sexe innocent et de beach volley a vécu. A la chaleur étouffante des après-midis de glande, Dennis privilégie les crépuscules, n’hésitant pas à puiser son inspiration chez Pink Floyd comme sur la paire Moonshine / Friday night, où le travail instrumental ressemble beaucoup à ce que le Floyd proposait sur Wish you were here, sorti deux ans plus tôt.
Dennis n’atteint certes pas la finesse sépulcrale d’un Shine on your crazy diamond, mais sa voix éraillée qui troue le vide d’air émeut, intrigue. En alimentant son album de partitions funk (Dreamer), il impose sa vision multiple de la musique, son gout pour les métissages. Ces trompettes qui fusent sur un refrain sont vides de gloriole, préfèrent émettre des notes á peine justes et laissent à Dennis le soin d’agrémenter un morceau aux apparences enlevées d’une complainte presque funéraire. Les ballades provoquent un changement brutal, l’acceptation á contrecœur de cet âge adulte si navrant. Thoughts of you se teinte d’une ambiance si triste et lourde que les vagues elles-mêmes se teignent de gris, que le ciel meurt sous les nuages qui l’écrasent. Plus l’on s’enfonce dans les tourments du troisième Wilson, plus on comprend sa vision particulière de la vie et de la mort. Ce constat se fait plus amer encore lors d’un Time en forme d’aveu. Une vie de baiseur invétéré dont le beau gars n’en conserve aucune fierté, ni gloire : "I’m the kind of guy, La fin des temps, et la fin du show. La conclusion est un testament adressé à tous ceux qui l’ont supporté. On y verrait un ultime hommage avant la chute mais ce serait sans compter sur les soubresauts d’énergie du sieur. Il a beau jeu de chanter "Here we are, with our dreams in the sky, we all have our dreams, it’s wonderful to know we’re alive, at the end, it’s over" alors qu’il songe déjà à un album plus ambitieux encore. Les "Beach Brothers" finiront entre-temps par virer cet impertinent frangin, de plus en plus incontrôlable, désespérément indépendant. Il entamera ses "Caribu sessions" qui devaient donner naissance à Bambu. Personne ne verra le résultat de ce travail, ni même Dennis qui finira par se perdre dans l’horizon un 28 décembre 1983. Les sessions seront réarrangées par Gregg Jakobson, complice éternel de Dennis et incluses dans la réédition de Pacific Ocean blue sous le label Legacy. |
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Il y a 3 contribution(s) au forum. Dennis Wilson : "Pacific Ocean blue"
(1/3) 24 octobre 2012, par icetears Dennis Wilson : "Pacific Ocean blue"
(2/3) 23 octobre 2010 Dennis Wilson : "Pacific Ocean blue"
(3/3) 23 octobre 2010, par Jé |
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