Pop-Rock.com



Deep Purple : "In Rock"
La pierre angulaire du hard

samedi 22 novembre 2008, par Vincent Ouslati

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Pink Floyd : "Atom heart mother"
Neil Young : "On the beach"
Judas Priest : "Rocka rolla"
David Bowie : "Heroes"
Kiss : "Destroyer"
Nina Hagen : "Nina Hagen Band"
T.Rex : "Electric warrior"
Joni Mitchell : "The hissing of summer lawns"
Blondie : "Parallel lines"
Japan : "Obscure alternatives"


Il vous est peut-être déjà arrivé d’extraire d’une vieille malle une pile de vinyles, les effluves de renfermé qui vous sautent alors aux naseaux, une essence faite d’humidité et de pourriture, qui imprègne le carton. La nostalgie, cette amante coquine, vous amène à poser ces reliques au centre de la platine, le diamant effleure la surface sillonnée, tout votre être tremble devant ce paquet de notes qui emplit la pièce, votre œil s’humidifie. L’effet est similaire aux retrouvailles avec la photographie jaunie d’un premier amour, les souvenirs ne vous paraissent plus si lointain finalement. Car cette innocente rencontre vous sort parfois de la tête mais ne s’en absente jamais longtemps, le premier amour reste inoubliable, qu’il fut heureux ou dramatique. In Rock, c’est un peu cela pour moi, l’un de ces premiers amours que je ne pourrai jamais oublier.

Deep Purple est membre honoraire de cette fameuse triplette anglaise qui a, en l’espace de dix ans, tout inventé en matière de hard-rock. En 1969-70, Led Zeppelin a sévèrement burné le blues de Leadbelly et consorts pour en extraire les météorites ultimes que l’on connait, et Black Sabbath pose les bases du heavy metal (voire du doom, ou encore du stoner (!), grand débat d’initiés en perspective) grâce aux neufs doigts experts de Tony Iommi. La relative mauvaise troisième place sur le podium de Deep Purple peut s’expliquer par une gestation un peu plus longue que les deux autres compétiteurs, la bande à Ritchie s’est cherché avant d’atteindre la célébrité désirée, une gestation difficile, s’achevant avec les années 60. Le groupe anglais joue alors un rock très imprégné de musique classique, inspiré des Beatles ou de Cream, quelques ingrédients de blues, des tentatives psychédéliques peu concluantes pour être dans le coup, on reste dans des compositions moyennes pour un groupe doué mais sans relief particulier. Les premiers essais discographiques sont d’ailleurs peu passionnants, à peine pourra-t-on noter Hush, qui n’est pourtant qu’une reprise de Joe South et un remix qui sent la poudre plein les narines de Help des petits gars de Liverpool... Dans les compositions personnelles, je ne retiens pour ma part que Wring that neck sur le Book of Talyesin de 1968. Un titre virtuose qui démontre les compétences stratosphériques des musiciens. Le chant de Rod Evans est par contre d’une navrante platitude, le plus gros écueil de ce Mark I.

Ritchie Blackmore, guitariste devenu au fil des années le joyeux ménestrel égocentrique que l’on connait aujourd’hui, (voir sa belle ouvrage actuelle ici ou ) décide de remiser les champignons au placard et de passer aux choses sérieuses. Il se débarrasse du chanteur Rod Evans et du bassiste Nick Simper, qu’il juge trop mous, et embauche la grande gueule, au sens noble du terme je le précise, Ian Gillan et son compère bassiste Roger Glover. De ce bienheureux changement de line up, va naître le Deep Purple Mark II. Blackmore veut enfin faire son trou dans le monde naissant du hard et cet album sera la bombe dont il avait besoin. In Rock, c’est avant même la première écoute, cet artwork, cette parodie du Mont Rushmore, avec les effigies de pierre de nos cinq hardeux tout jeunots. L’idée, si elle peut paraître un peu désuète aujourd’hui, était un coup de génie en cette année 1970. Ce monument de pierre n’est rien de moins que l’un des albums fondateurs de ce que sera le hard durant les vingt prochaines années, un son violent, sauvage, à la production puissante, affolant le bon bourgeois d’alors. Cet album est au-delà d’un disque de hard-rock, il EST le hard-rock, il en est le son, la voix, la folie, servi par des musiciens insolents de génie, et un chanteur extraordinaire.

Tout était réuni pour que Deep Purple mette les deux pieds sur le podium. In Rock est l’album ultime du hard, et Speed king en est un parfait concentré de presque six minutes. Ce brûlot qui naît d’un magma confus de guitares saturées, ce solo d’orgue classique qui meurt dans un souffle, Ian Paice qui se déchaîne sur ses fûts, le chant hallucinant de puissance de Gillan. Ça brûle, ça bout, c’est dévastateur. Qu’a t’on fait de notre petit groupe de rock à papa des sixties, les gentils garçons fumeurs de cochonneries sont devenus de vrais durs, incroyable métamorphose.

Si l’orgue de Jon Lord, (récemment retraité du Pourpre Profond, remplacé par Don Airey) fait beaucoup dans le son du groupe, c’est surtout par son utilisation très particulière. Indifféremment manœuvré comme un élément rythmique ou comme soliste, il amène à des duels d’anthologie avec la guitare virtuose du troubadour. In Rock ne se résume bien entendu pas à Speed king, les sept pièces qui le composent sont toutes fabuleuses. Il serait par exemple bien maladroit de ne pas parler de Child in time, ce maître-étalon de la power-ballade, morceau progressif spectaculaire de dix minutes, avec un Ian Gillan qui prouvera ici qu’il n’a rien à envier à Robert Plant. A chaque nouveau roulement de batterie, Gillan chante encore un peu plus haut, un peu plus fort, l’orgue en fond sonore, le rythme qui s’accélère, vient ce solo de Ritchie somptueux. Puis l’ensemble se conclut par une cacophonie apocalyptique où Paice massacre sa batterie comme un damné.

Flight of the rat, la plus rock’n’roll du lot, avec ses partitions d’orgue superbes. Le creux bourré de soli en plein milieu (typique du rock anglais de ces années-là, cf. Whole lotta love de Led Zeppelin) et le long martelage de fûts en conclusion pourra néanmoins faire fuir les moins ouverts à ce genre de prouesses. C’est ce que l’on reprochera d’ailleurs par la suite au groupe, de lourdes démonstrations techniques masturbatoires qui ne peuvent intéresser que les professionnels de la profession musicale ; le simple auditeur se sentant soit ignoré soit pris pour un con. De titres en titres, ce qui reste de cet opus, c’est la compétence sidérante des musiciens et surtout la performance de Ian Gillan. Il dégage une telle rage, la voix est si puissante, et l’association avec Blackmore si évidente, jamais cet album n’aurait eu le même impact sans lui, et surtout pas avec son pâle prédécesseur, Rod Evans. La variété d’influences que l’on retrouve ici, du classique au blues, du rock au psychédélique, aurait pu faire craindre un patchwork bouffi, mais il n’en est rien. De par la maîtrise du groupe, toutes ces influences sont totalement digérées, assemblées, et donnent de fait de pures merveilles.

Voilà donc ce qu’est In Rock, une œuvre intemporelle, une consécration, une encyclopédie à lui tout seul, un bouillon d’émotions qui vous donne irrémédiablement des frissons pas loin de quarante ans après sa naissance. Si Machine head est sans conteste le sommet commercial de Deep Purple, In Rock sera à la fois le baptême et le sommet artistique du groupe. Il ne faudrait jamais hésiter à réouvrir la vieille malle du grenier, et nous remettre à l’oreille de tels souvenirs, la nostalgie a parfois du bon.



Répondre à cet article

Vincent Ouslati





Il y a 13 contribution(s) au forum.

Deep Purple : "In Rock"
(1/6) 30 août 2010
Deep Purple : "In Rock"
(2/6) 27 août 2010, par Monsieur Gentil
Deep Purple : "In Rock"
(3/6) 17 août 2010, par Jean Guy
Deep Purple : "In Rock"
(4/6) 24 novembre 2008, par SIM
Deep Purple : "In Rock"
(5/6) 23 novembre 2008, par lolito de palermo
Deep Purple : "In Rock"
(6/6) 23 novembre 2008




Deep Purple : "In Rock"

30 août 2010 [retour au début des forums]


Ceci est une phrase avec un hyperlien.


Ceci est un paragraphe où il n’y a pas d’hyperlien.

[Répondre à ce message]

Deep Purple : "In Rock"

27 août 2010, par Monsieur Gentil  [retour au début des forums]

Quand on regarde la rythmique et les riffs de Flight Of The Rat, ça a été inspiré voire repris par je ne sais combien de groupe metal (et non hard rock).
Cet album pour Speed King, Flight Of The Rat et Hard Lovin Man est pour moi l’album qui a créé le metal, alors qu’on était aux débuts du hard rock.
Arrêtons de sous-estimer Deep Purple par rapports aux 2 autres grand groupe des début du hard rock (Led Zep et Black Sab.), ils ont innové même si ça n’était qu’à l’espace d’un album.
Ceci dit ils n’avaient pas les même talents de musicalité de Led Zep, mais bon chaque groupe avait leur particularité

[Répondre à ce message]

Deep Purple : "In Rock"

17 août 2010, par Jean Guy  [retour au début des forums]

Je connais pas mal cette période là dans le rock mais quand j’y pense il n’y avait qu’eux qui faisaient un rock hard de cette façon là. C’est eux avec cet album qu’ils ont lançé le bazard.
Quan ton vois les cotemporains :
- Led Zep était hard aussi mais avec beacoup d’influence blues
- Black Sabbath n’était pas hard comme Deep Purple
- Grand Funk Railroad, Cactus étaient hard mais plutôt bourrain que musiciens.
- Peut être Wishbone Ash, Uriah Heep (avant leur conversion rock prog)

[Répondre à ce message]

Deep Purple : "In Rock"

24 novembre 2008, par SIM [retour au début des forums]

Le sentiment autour du vieux vinyl est quelque chose que je partage aussi. C’est bien décrit et c’est juste...
In rock est effectivement vraiment super, beaucoup mieux que Machine Head, c’est clair. Toutefois, je trouve que vous jetez au placard assez vite la période avant 1970. Il y a d’autres morceaux que Hush et Wring that neck. Je pense notamment à "The Shield", "Bird Has Flown" ou "Mandrake root". Mandrake root interprété d’ailleurs magistralement par Ian Gillan, sur la tournée 1970, que l’on peur écouter sur le double Live "In concert"...

[Répondre à ce message]

    Deep Purple : "In Rock"

    24 novembre 2008, par Vincent Ouslati [retour au début des forums]


    C’est vrai, Mandrake Root vaut aussi le détour, mais plus en live qu’en version studio pour mon cas. D’ailleurs, il ne fait aucun doute que Deep Purple n’a jamais été aussi bon qu’en live, c’est là que des morceaux même moyens de leurs premières périodes prennent un incroyable coup de fouet.
    Wring That Neck en concert est une tuerie interplanétaire.

    [Répondre à ce message]

Deep Purple : "In Rock"

23 novembre 2008, par lolito de palermo [retour au début des forums]

mon premier lp !!!!
j’avais 9 ou 10 ans...et ma premiere claque !
en 2008, les vieux sont encore la et ils n’ont de lecon a recevoir de personne !

[Répondre à ce message]

Deep Purple : "In Rock"

23 novembre 2008 [retour au début des forums]

Désolé Vincent, mais ça n’est pas Ian GILLIAN comme tu n’arrêtes pas de le marteler à tout bout de champs dans ta chronique, mais GILLAN !!!!!!!!!! tu as pigé !!!!!! GILLAN !!!!!
bon, sinon pour le reste oui IN ROCK EST LE HARD ROCK À LUI TOUT SEUL !!!! (bien plus que les discographies de Led Zep et Black Sabbath réunis !). ce seul disque de Purple est plus important que tout autre 33t paru à la même époque ! il y a une telle violence, une telle urgence à se faire entendre que cet album symbole le courant metal à venir ! IN ROCK est un cyclone dévastateur. d’ailleurs avec le recul, Roger Glover quand il se rappelera les sessions de cet album, dira que l’image qui reflète le mieux IN ROCK, c’est les aiguilles en permanence dans le rouge dans les vu-mètres de la console d’enregistrement ! parlant, non ? oui, IN ROCK EST TOUJOURS UNE BOMBE PRESQUE 40 ANS PLUS TARD !

[Répondre à ce message]