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David Bowie : "Low"
Le jeune homme était là.

mercredi 2 juin 2010, par Yû Voskoboinikov

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Tout autour de moi, le monde semblait imploser dans un tourbillon cyclique où Christiane F. était devenue la cousine de To-y dans un film nommé Baal vomit par Bertold Brecht et hurlé par Uwe Janson. J’en arrivais au point de non-retour, celui où la paranoîa devenait maîtresse du je(u), où le coeur s’emballait alors que la bite bandait mou, où les poumons s’étaient déplacés dans la gorge pour mieux la boucher, où je donnais mon âme à l’actrice et me faisait souffler le premier rôle masculin. L’on regarde toujours la femme que l’on aime en embrasser un autre.

Clefs de voiture, passeport, l’homme sage voyage léger, même s’il n’oublie pas d’emporter avec lui la discographie de The Ark pour la conduite de jour et le Pornography des Cure pour celle de nuit. Et il prend la route, celle du nord parce qu’il n’aime pas le sud.

J’aime conduire. Seul dans la voiture, j’aime rouler sur autoroute, me laisser mécaniquement porter par le mouvement, bouffer du kilomètre sans y prêter attention, parce qu’à se moment là, je fais plus que conduire, je me parle à moi-même. Le regard vide parce que tourné sur mon intérieur, quelques mots, et puis je me jette sur mon moi et tente de l’étrangler (Sale petit con impertinent !), pour finalement me rendre compte qu’il n’y a pas de moi. La vérité est que l’homme n’a pas besoin de se nier, puisque son âme n’existe pas. Et ainsi défile la route. Je crois que si quelqu’un me parlait à ce moment là, plus encore que lors des descentes matinales, il arriverait peut-être à rencontrer celui que je suis réellement.

Le projet initial — conçu en passant la frontière belge — était d’aller à Berlin, mais la pancarte Köln m’a interpellé. Le nom, d’abord, puis la perspective d’un gag lié à l’une des fortes impressions de mon enfance. Je repense au coup de poing sur la tête de Laîs, à cette photo d’une Deux Chevaux garée devant un moulin hollandais, je repense à toutes ces choses en apparence futiles qui ont bien plus d’importance dans la construction d’une vie que les "grandes étapes". Köln, ce nom me plait, Cologne, peignoir — ne me demandez pas quel est le lien — et puis l’envie de pisser ; je me suis arrêté là.

Chambre prise, premier contact avec le dehors parce que je suis encore trop nerveux pour dormir ; la télévision allemande n’a rien à envier à la télévision française mais elle reste un excellent indicateur quant à la température humaine du pays. Je rêve en Allemand.

Et que faire un samedi dans une ville que l’on ne connaît pas, dans un pays où l’on met les pieds pour la première fois ? Les boutiques ! Même si un instant durant, j’ai l’impression que l’implosion du monde m’a poursuivi jusqu’ici, parce que Cologne ressemble diablement à Toulouse vue du dessus, mais sans doute est-ce un rapprochement que l’on peut faire avec beaucoup de grandes villes. Je repère ce qui me semble être le quartier commerçant, et j’y vais tant bien que mal.

Car la communication n’est pas aisée. Quand les gens parlent, j’ai l’impression qu’ils répètent tout le temps la même chose : Bär-Bär, Bär-Bär. English or French, Anglais ou Français, je réponds inlassablement, choisissez votre calvaire ! Et ainsi, j’arrive à me débrouiller. Indéniablement, les Allemands me semblent plus cultivés que les Français, et le fait que Cologne soit une grande ville universitaire en plus d’être la capitale allemande des crypto-pédérastes ne doit pas être étranger à ce fait. Quoiqu’il en soit, je voulais trouver le DVD du Baal de Janson mais je suis rentré bredouille, ce qui m’attriste beaucoup...

...et m’amène à décider de noyer ma peine dans l’alcool en profitant de la vie nocturne du coin. Avec sa population étudiante, nul doute que j’arriverai à trouver une gargote musicalement buvable, et je ne suis pas déçu. Pour une raison inconnue, je décide de me poser dans un coin, avec une bonne bière — je me suis laissé refiler une "Kölsch" par le serveur : Bär-Bär Kölsch Bär-Bär — et de faire la gueule, histoire de bien plomber l’ambiance. Qu’ils apprennent le crôa-crôa ces Bär-Bär ! Sauf que, justement, ce ne sont pas des Français, et je me retrouve accosté par un petit blond gringalet aux yeux bleus que j’aurai volontiers pris pour un Polonais (Choucroute ?). Il me présente à sa troupe, et l’on discute Deine Lakaien et Émilie Simon, puis de tout et de rien, de la France, de l’Allemagne, et du monde, dans un sabir franco-anglo-germano-Bär-Bär éthylique. L’ambiance est hors de tout, et enfin j’ai le sentiment d’avoir échappé à l’implosion du monde ; je me lâche et prends une bouteille de bière, enlève ma chemise, et, le torse bombé, m’éclabousse en hurlant : Je m’asperge d’Eau de Cologne à Cologne ! Je m’asperge d’Eau de Cologne à Cologne ! Et tout le monde rit, moi le premier, bondissant sur place, replié sur moi-même tel un discobole, et j’aimerai lancer ce putain de disque, laisser glisser le mouvement parfait, beau et bon, mais je n’ai rien à lancer, et je retombe las sur le sol, écrasé par toute la pesanteur de la vie. Il n’y a pas de réponse, il n’y a qu’une fin, et pourrai-je aller sur Pluton la mal-aimée que j’aime tant, je resterai accroché misérablement à mon système philosophique, parce que c’est finalement tout ce que j’ai, et que je vais crever avant d’avoir pu le coucher sur le papier. Je suis parti, comme ça, vaincu à la tête baissée, seule ma main droite mollement levée en guise d’adieu, parce que je n’aime pas cela, le temps passé à regarder les gens que nous ne reverrons pas.

Hegel encule le cadavre de Kant, et je regarde, et je ricane, et Heidegger pose sa main sur mon épaule. Il sourit. Je me réveille en sursaut.

Je rends les clefs de la chambre. D’une manière ou d’une autre, je sais que je ne dormirai pas là ce soir, mais je n’ai pas encore décidé si je continue jusqu’à Berlin ou si je rentre à Paris. Les deux sont à peu près à distance égale, aussi je décide de remettre la décision à plus tard, et d’aller visiter la cathédrale, qui se révèlera à la fois magnifique et kafkaîenne. Magnifique parce que majestueuse et écrasante au point d’en devenir irréelle, et donc sublime ; kafkaîenne parce qu’entre les messes du dimanche et le règlement intérieur inextricable, la visiter intégralement relève du sacerdoce. Mais je m’en moque, parce que j’ai le temps et que j’ai vu Chelovek S Kino-apparatom. Je flâne, m’expose au soleil, et écume les terrasses de café, qui restent les meilleurs points d’observation des gens au quotidien. En tant que voyeur, je jubile, et crée mes propres images, que je laisserai ensuite s’épanouir au fil du l’embellissement du temps. Clic, clac. Je suis bien.

Finalement, le soir arrive. C’est assez, aurait dit Kant, et c’est sans regret que je reprends la route. Les meilleures blagues sont les plus courtes, paraît-il, alors je renonce — temporairement — à Berlin et reprends la direction de Paris. Péages ! m’annonce la voix du TomTom. J’acquiesce, et range le disque de Pornography. La nuit tombe, mais c’est The Ark que j’ai envie d’écouter.

Et quand je serai rentré, ce sera le Low de Bowie.



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Yû Voskoboinikov





Il y a 46 contribution(s) au forum.

David Bowie : "Low"
(1/10) 31 mai 2013, par Punk20-1
David Bowie : "Low"
(2/10) 14 mai 2013, par Swager
David Bowie : "Low"
(3/10) 14 mai 2013, par Swager
David Bowie : "Low"
(4/10) 14 mai 2013, par Swager
David Bowie : "Low"
(5/10) 5 juin 2010, par Carla Blondie
David Bowie : "Low"
(6/10) 3 juin 2010
David Bowie : "Low"
(7/10) 2 juin 2010
David Bowie : "Low"
(8/10) 2 juin 2010, par Walter B.
David Bowie : "Low"
(9/10) 2 juin 2010
David Bowie : "Low"
(10/10) 2 juin 2010




David Bowie : "Low"

31 mai 2013, par Punk20-1 [retour au début des forums]

s courtes, paraît-il, alors je renonce — temporairement — à Berlin et reprends la direction de Paris. Péages ! m’annonce la voix du TomTom. J’acquiesce, et range le disque de Pornograph.

642-998 study guide pdf || 644-066 study guide pdf || 644-068 study guide pdf

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David Bowie : "Low"

14 mai 2013, par Swager [retour au début des forums]

Consider this revision (and note the additional details in bold) :
Real Tests
Self Test Engine
Study Guide

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David Bowie : "Low"

14 mai 2013, par Swager [retour au début des forums]

For example, we could add a sentence or two about Wheaton river concerning HOW wide it is or WHY it is beautiful.
Pass For Sure
Pass Guaranteed
Pass Guide

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David Bowie : "Low"

14 mai 2013, par Swager [retour au début des forums]

In the paragraph about Wheaton, three natural landmarks are mentioned, but we do not know very much about them.
Pass Cert
Pass Certification
Pass Fine

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David Bowie : "Low"

5 juin 2010, par Carla Blondie [retour au début des forums]

Il est vraiment navrant de ne pas trouver une seule ligne sur l’aspect le plus interessant de cet album : Sa pochette.

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David Bowie : "Low"

3 juin 2010 [retour au début des forums]

Ca sent la vieille récup de madrigal ça tiens.

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David Bowie : "Low"

2 juin 2010 [retour au début des forums]

"Hegel encule le cadavre de Kant, et je regarde, et je ricane, et Heidegger pose sa main sur mon épaule. Il sourit. Je me réveille en sursaut."

HAHAHAHAHA !

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David Bowie : "Low"

2 juin 2010, par Walter B. [retour au début des forums]

Pour le coup je la trouve réussie, celle-ci.

Je le ressors, tiens.

Warszawa...

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David Bowie : "Low"

2 juin 2010 [retour au début des forums]

cette chronique chiante ne donne pas envie d’écouter Low ! (qui pourtant le mérite !).

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David Bowie : "Low"

2 juin 2010 [retour au début des forums]

Autobahn de Kraftwerk est aussi idéale à écouter sur les autoroutes allemandes.

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