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Bryan Ferry : "The bride stripped bare"
Runaway bride

mercredi 4 juin 2008, par Jérôme Delvaux

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Abandonné par sa muse, la top-modèle Jerry Hall qui a fini par lui préférer Mick Jagger (!), Bryan Ferry retourne au seul amour qui ne l’a jamais déçu : la musique. Sa réponse est un cinquième disque solo plein d’amertume qui intervient pendant un long break de son groupe, Roxy Music. The bride stripped bare est un album mixte de Ferry, dans le sens où ses propres compositions y côtoient une série de reprises de classiques d’artistes allant d’Isaac Hayes au Velvet Underground.

Aussi étonnant que cela puisse être lorsqu’on le réécoute aujourd’hui, The bride stripped bare n’a pas connu un grand succès à sa sortie. Pour essayer de comprendre pourquoi, plutôt que de parler de l’album de manière non exhaustive et superficielle, analysons-le donc plage par plage. Une fois n’est pas coutume.

- Sign of times : L’album s’ouvre sur une note énergique avec ce morceau court mais efficace, marqué par le duel que semblent s’y livrer les deux guitaristes, Waddy Wachtel et Neil Hubbard, et par la production moins sophistiquée que sur les albums précédents. Au niveau vocal, par contre, Bryan Ferry est fidèle à lui-même : son chant est toujours aussi suave et stylé.

- Can’t let go : L’atmosphère devient plus mélancolique avec cette chanson plus personnelle qui semble contenir plusieurs allusions à la récente séparation du chanteur avec sa compagne texane. « Bel Air’s okay if you dig the grave, but I want to live again » chante-il d’un ton triste (il possédait à l’époque une villa dans le quartier très chic de Bel Air, à Los Angeles). Et de poursuivre : « a hundred sleepless nights have left me, wasted and so cold », tandis que les violons soulignent le tragique du récit. Très attaché à cette chanson, comme on peut l’imaginer, Ferry ira jusqu’à l’inclure à la set-list des concerts de Roxy Music, dans les années 80.

- Hold on (I’m coming) : Première reprise d’Isaac Hayes, ce chanteur soul américain dont Ferry est grand fan (rappelons qu’il a été jusqu’à prénommer un de ses fils Isaac). Ecrite à l’origine pour le duo Sam & Dave, qui en a fait un hit en 1966, cette chanson a été reprise une multitude de fois, pour le meilleur (The Righteous Brothers) et pour le pire (Boney M). Avec ses saxophones, trompettes et choristes, la version de Bryan Ferry est en fait assez proche de l’esprit de ses reprises du temps de These foolish things : moins soul mais plus glamour que l’originale. Détail amusant : les paroles (qui font à nouveau référence à une histoire sentimentale) comprennent la phrase « reach out to me for satisfaction ». Et vous savez que Mick Jagger, la satisfaction, he can’t get no.

- The same old blues : Seconde reprise d’un chanteur américain avec ce titre du bluesman J.J. Cale (à ne pas confondre avec John Cale, comme trop de disquaires ont l’outrecuidance de le faire). Bryan Ferry en présente une version modernisée mais pas complètement à la hauteur des attentes. Le chant est parfait mais les guitaristes manquent un peu d’imagination. Pour la première fois de l’album, on se dit qu’un Phil Manzanera n’aurait pas été de trop à la gratte.

- When she walks in the room : Retour aux compositions originales de Ferry avec cette ballade délicate probablement inspirée, elle aussi, par Jerry Hall. Une section de cordes et Herbie Flowers, l’ancien bassiste de David Bowie et Lou Reed, ont été appelés en renfort. Installé au piano, Ferry se fait plus crooner que jamais, mais sans jamais virer dans le maniérisme pédant.

- Take me to the river : Et encore une reprise d’un chanteur soul américain, puisqu’il s’agit d’une chanson écrite en 1974 par Al Green ! Impeccablement chantée et mise en musique, elle n’égale toutefois pas en originalité la version sortie six mois plus tôt par les Talking Heads sur More songs about buildings and food. C’est même triste de voir le maître ainsi dépassé par ses élèves, puisqu’on sait que Roxy Music fut une des principales influences (si pas la plus importante) de la bande de David Byrne... Une fois encore, on se dit que Ferry aurait eu ici bien besoin des qualités d’un Phil Manzanera ou d’un Paul Thompson à ses côtés en studio.

- What goes on : Ecrite par Lou Reed en 1969 pour le troisième album du Velvet Underground, What goes on, chanson pleine d’ironie où il est question de désillusion et de trahison, n’a sans doute pas été choisie par hasard. « How does it feel to be loved ? » questionne Ferry avant de conclure par les paroles « Another time, another place ». Quel hasard, comme vous ne l’ignorez certainement pas, Another time, another place est le titre d’un de ses précédents albums de reprises...

- Carrickfergus : On atteint l’un des sommets de l’album avec cette chanson traditionnelle ayant pour titre le nom d’une ville irlandaise. Seulement accompagné de Waddy Watchel à la guitare acoustique et de Herbie Flowers à la contrebasse, Bryan Ferry livre un apaisant moment de délicatesse et de recueillement.

- That’s how strong my love is : Ecrite par un certain Roosevelt Jamison mais popularisée par Otis Redding, une autre idole de Ferry (qui a d’ailleurs appelé un de ses fils Otis), cette très belle chanson a, elle aussi, vraisemblablement été choisie pour Jerry Hall. C’est plus que probablement à elle qu’il pense en la chantant de façon si lascive... Et si en plus on vous dit qu’elle a également été jouée précédemment par les Rolling Stones, le message est encore plus clair.

- This island earth : Le meilleur morceau de l’album ! Une composition originale du sieur Ferry, dotée de mélodies irrésistibles et qui n’aurait pas le moins du monde dénoté sur un disque de Roxy Music comme Manifesto. Mieux encore : This island earth annonce les trésors d’élégance et de romantisme qu’il sortira dans les années 80, que ce soit avec Roxy (Avalon) ou en solo (Boys & girls). Avis aux téléchargeurs fous : si vous devez en voler une, c’est celle-la.

Conclusion : avec son mélange de nouvelles compositions et de reprises soigneusement sélectionnées, The bride stripped bare demeure sans doute l’album le plus personnel de Bryan Ferry. Plaire à tout prix à ses fans ou à sa maison de disques ne faisait manifestement pas partie du programme cette fois-ci. Il en résulte un album plus sombre et moins simple d’accès que ses prédécesseurs. Certaines reprises pèchent un peu par manque d’ambition ou d’originalité, mais le niveau d’ensemble reste plus que convenable. Même si Ferry n’était plus aussi innovant que ses confrères Bowie et Byrne à la même époque, son élégance innée continuait de faire la différence à elle seule. D’ailleurs, ne fut-ce que pour l’insondable beauté de This island earth ou la touchante adaptation de Carrickfergus, l’album vaut assurément qu’on lui consacre une oreille attentive.


Mon très cher et estimé Rédac’ chef,

J’ai ressenti à la lecture de cet article une grande stupéfaction. En effet, dès le début de cette chronique, tu te fends d’un Abandonné par sa muse, la top-modèle Jerry Hall qui a fini par lui préférer Mick Jagger (!). Ce point d’exclamation final semble exprimer cet étonnement de voir une jolie fille préférer une aventure avec mister Big Lips plutôt qu’avec mister Brushing. Cette attitude me paraît plutôt la plus raisonnable. Avec un bon vieil homme des cavernes comme Mick Jagger, une dame sait toujours à quoi s’attendre : un bon vieil obsédé sexuel facile à flatter une fois qu’on lui fait croire qu’il est toujours aussi fougueux qu’il y a dix ans. Mais un dandy comme Bryan Ferry, voilà qui est dangereux. Sous ses airs de gendre idéal, d’amant passioné et romantique, qui sait ce qui peut bien se cacher. Aussi sûrement que derrière chaque Flamand calotin bien-pensant se terre un néonazi pédérastre, j’imagine très bien que derrière chaque crooner qui susurre des histoires de champagne au creux de l’oreille des mannequins se cache un mec qui n’attend que de recevoir une fessée par une femme déguisée en soubrette.

Un rédacteur qui souhaite conserver l’anonymat.



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Jérôme Delvaux